Valentin Huault-Dupuy, graveur virtuose et sensible

Chronique historique

par Sylvain Bertoldi, conservateur en chef des Archives d'Angers

Vivre à Angers n° 287, février 2005

L’exposition présentée au théâtre du 20 janvier au 27 février 2005 a remis en lumière tout le talent d’un de nos meilleurs artistes angevins, dans le domaine de la peinture et surtout de la gravure : Valentin-René Huault-Dupuy.

Jusqu’aux années 1880, la famille Huault-Dupuy, originaire de l’Anjou depuis plusieurs siècles, fixée à Bauné, puis à Angers, exerce des professions juridiques - notaire royal, avocat – en même temps qu’elle met en valeur ses terres . Charles-René, père de Valentin, participe à l’amélioration du cheptel angevin au moment de l’introduction de la race Durham, aux côtés d’autres grandes familles angevines comme les Parage-Farran, Boutton-Levêque, Falloux et Soland. Il possède une propriété à Auverse et une demeure à Angers, rue Donadieu-de-Puycharic, où son fils Valentin-René vient au monde le 31 octobre 1844. Valentin connaît des moments douloureux dans son enfance : alors qu’il a seulement neuf ans, son père se noie, sous ses yeux, dans l’étang de Gravouillère.

Maire infatigable

Après le collège de Combrée et le lycée de Saumur, ses études le mènent à Paris. Il soutient sa licence le 13 juillet 1870, pour devenir avocat. À son retour de la guerre de 1870 - il s’était engagé dans les mobiles de Maine-et-Loire - il épouse à Angers, le 18 avril 1871, Marie Bouvier, dont les parents possèdent la propriété de la Mornais, au Louroux-Béconnais. Valentin sera très attaché à ce bourg, dont il reste maire de 1884 à sa mort en 1912 : « travailleur infatigable, d’une intelligence vive, il s’appropriait aussitôt une question à laquelle il faisait donner la solution qu’elle méritait ». « Avec quel soin, note le comte de Castries, conseiller général du Louroux, dans son discours lors des obsèques de Valentin Huault-Dupuy, il préparait nos délibérations, exposant tous les côtés d’une question, puis s’effaçant pour vous laisser une liberté plus entière dans la discussion ». En même temps propriétaire exploitant au clos de Chanzé à Faye-d’Anjou, il produit un coteaux-du-Layon qui reçoit une médaille de bronze à l’Exposition universelle de Paris en 1889.

Angers, vue de Reculée, huile sur toile. Coll. part.

Mais Valentin a une autre passion, encore plus vive s’il est possible : celle des arts. La peinture l’attire tout d’abord. Il l’étudie à Paris avec le paysagiste Charles-Théodore Sauvageot (1826-1883), qui lui-même a été élève d’Isabey, et avec Henri Toussaint (1849-1911). En 1877, première exposition : le salon des Artistes français, à Paris, accueille une de ses toiles, « Landes au Louroux-Béconnais », dans l’esprit de l’école de Barbizon. En 1880, ce sont deux peintures : « La Maine en Reculée » et « Chemin en Anjou ». En même temps, il participe à la section « eaux-fortes », et dès lors, ne cesse plus ses participations au salon, dans cette section, jusqu’à sa mort. Une médaille de 3e classe lui est décernée en 1908.

Eaux-fortes

C’est Henri Toussaint qui lui communique sa passion pour la gravure, et pour l’eau-forte spécialement : elle permet une gravure originale et libre comme un croquis. L’artiste dessine sur une planche de cuivre recouverte d’un vernis, mettant le cuivre à nu à l’aide d’une pointe d’acier. La plaque est ensuite plongée dans un bain d’acide qui creuse les traits découverts. Valentin avait beaucoup d’admiration pour Toussaint. La veuve de ce dernier lui adresse en 1911 les outils de graveur de son mari : « Je suis heureuse de penser qu’ils seront maniés par vos doigts habiles et pieux. Henri avait pour vous une solide amitié ».

Des rues anciennes d’Angers à la Côte d’Azur, San Remo, Bordighera, l’île d’Yeu, le Mont-Saint-Michel, Étretat, l’Écosse, Venise, la Belgique et la Hollande, Constantinople et la Turquie… : partout Valentin voyage avec ses carnets de croquis. Revenu dans son atelier, il les transpose sur le cuivre, les travaille et retravaille, rarement satisfait du résultat, et remet vingt fois son ouvrage sur le métier. Il nous a ainsi livré de petits chefs-d’œuvre de précision. Pour l’historien d’Angers, l’archéologue, pas une gravure qui ne soit un irremplaçable témoignage. Mais ses eaux-fortes raffinées ont aussi une âme et conservent « le piquant de la notation spontanée » comme l’a observé Jocelyn Mercier, autre grand graveur angevin, contemporain. Le peintre Fernand Lutscher (1843-1923) disait quant à lui : « Il s’étonne toujours devant la nature, rare condition de la faculté artistique ».

L’artiste à sa table de travail, photographie. Coll. part.

Ému par le passé, bibliophile, Valentin Huault-Dupuy fait partie dès 1881 des commissions de contrôle et de surveillance du musée d’archéologie. Membre fondateur de la société des Amis des Arts en 1889, il la préside de 1896 à 1898, succédant au sénateur Guillaume Bodinier. Un mariage lie les deux familles, déjà unies dans le même amour des arts, en 1902 : Léon-Robert Huault-Dupuy épouse Geneviève Bodinier.

Modeste, Valentin ne cherchait pas à se faire valoir, mais mettait au contraire volontiers tout son savoir à la disposition des artistes qui le consultaient. « Un procédé, un de ces mille petits moyens qui sont souvent le résultat d’années de recherche, il le livre en deux mots, simplement ». L’histoire a surtout retenu le nom du parisien Félix Bracquemond, son rival en gravure (1833-1914), mais Valentin l’égale par la délicatesse de son art.