Quatre-vingts ans de philatélie à Angers

Chronique historique

par Sylvain Bertoldi, conservateur en chef des Archives d'Angers

Vivre à Angers n° 304, septembre 2006

Le Club philatélique et numismatique de l’Anjou, naguère Société philatélique de l’Anjou, fête à l’automne ses quatre-vingts ans.

Après l’Angleterre en 1840, puis le Brésil et les États-Unis, la France adopte le timbre-poste au 1er janvier 1849. Le tarif sera unique quelle que soit la distance. Le profil de la déesse des moissons Cérès symbolisera la République. Ainsi naissent le 20 centimes noir et le fameux 1 franc vermillon.

La passion de la « timbrophilie » se développe rapidement. Le Français Alfred Potiquet fait paraître le premier catalogue de timbres au monde en 1861 et le célèbre collectionneur Arthur Maury inaugure la presse timbrophilique le 15 septembre 1864 avec le journal mensuel « Le Collectionneur de timbres-poste ». Deux mois plus tard, le collectionneur Georges Herpin forge le terme de « philatélie »…

Les philatélistes angevins

L’après-guerre voit la fondation d’une Fédération des sociétés philatéliques françaises en 1922. L’Anjou ne reste pas en dehors de ce mouvement. Les philatélistes se réunissent pour la première fois le 31 janvier 1926 au café du Progrès – café intégré en 1930 au Welcome - rue Saint-Martin, à l’appel de Bernon, commis principal des PTT. Il indique aux vingt-huit personnes présentes qu’il a reçu « mission du groupement philatélique de France » pour la création d’une section à Angers.

Vignettes éditées en l’honneur d’Eugène Proust, président fondateur de la Société philatélique de l’Anjou, à l’occasion de la Journée du Timbre de 1943. Arch. mun. Angers, 1 J 1012 et 32 Num 1.

La Société philatélique de l’Anjou est constituée le 9 mars suivant. Un président est élu, Eugène Proust, conseiller municipal, qui sera maire d’Angers de 1929 à 1935. La troisième réunion a lieu au Syndicat d’initiative de l’Anjou, à l’ancien hôtel de la Godeline, rue Plantagenêt, qui devient pour quarante-deux ans le siège social de la société. Bizarrement, ce n’est qu’au lendemain du décès d’Eugène Proust, le 30 mars 1943, qu’elle est déclarée en préfecture, déclaration publiée au « Journal officiel » du 7 mai.

« Le Pays d’Anjou », journal du Syndicat d’initiative, présente la société et ses buts en octobre 1929. Elle compte déjà plus de cent membres, « dont un grand nombre de dames ». Il y aura jusqu’à 1 142 adhérents en 1964. Les mineurs sont admis sous la responsabilité de leurs parents. L’avantage principal des sociétaires réside dans les échanges mutuels. Les réunions mensuelles, le dimanche, donnent lieu à l’attribution de jetons de présence qui permettent de participer au tirage annuel d’une tombola entre les membres.

Première Journée du Timbre à Angers

L’activité philatélique, compensation à la dureté des temps, est importante pendant la seconde guerre mondiale. La société participe à sa première Journée du Timbre le 19 avril 1942. Cette manifestation, créée en 1937, permet d’éditer des souvenirs philatéliques particuliers. Un bureau temporaire des PTT oblitère les documents émis par la société. 7 000 francs de bénéfice sont recueillis lors de la première journée angevine du Timbre, reversés au profit des prisonniers de guerre.

Pour la Journée du Timbre de 1943, un bloc-souvenir est édité à l’effigie du président Proust, récemment décédé, mais sortent également une série de feuillets sur les monuments d’Angers, des vignettes, des enveloppes commémoratives, une carte-lettre illustrée d’une gravure de Gobô, celle-ci prise en charge par la Fédération philatélique. 10 000 francs de bénéfice sont collectés pour les prisonniers.

Expositions variées

Premier timbre consacré à Angers et à l’Anjou, émis le 17 mai 1941.

Après la guerre, les présidents successifs mènent une politique dynamique. Angers reçoit en mai 1956 le XXIXe congrès national de la Fédération des sociétés philatéliques. Deux expositions sont présentées, au théâtre et au Crédit de l’Ouest. Dans son développement, la société connaît des problèmes de locaux et doit quitter la rue Plantagenêt pour tenir ses réunions au Cours Freppel, rue Daillière, de 1967 à 1969, puis au centre social Janot de la Caisse d’Allocations familiales, 11 montée Saint-Maurice. Elle connaît aussi ses « événements de 1968 » qui aboutissent à la scission d’une fraction de la « SPA » en Amicale des philatélistes angevins.

Enveloppe-souvenir éditée à l’occasion de la Semaine d’aviation de 1945. Coll. Club philatélique et numismatique de l'Anjou. Arch. mun. Angers, 32 Num 5.

Les années soixante-dix sont fastes. La « SPA » compte jusqu’à 580 membres en 1980. Elle participe chaque année à de nombreux événements. Pour la saison 1971-1972, on la retrouve dans huit manifestations : exposition à Doué-la-Fontaine, France-Hongrie, à l’école normale de filles, régionale à Tours, mycologique à la faculté des sciences… 1971 voit la création d’une section numismatique, sous l’égide de MM. Gabilly et Collin. Les jumelages avec Osnabrück et Haarlem donnent lieu à de fructueux échanges entre sociétés philatéliques dès 1973 avec l’exposition de 7 200 timbres à l’hôtel de ville d’Angers.

« Le Postillon », bulletin de liaison de la Société philatélique de l’Anjou, janvier 1967. Coll. Club philatélique et numismatique de l'Anjou. Arch. mun. Angers, 32 Num 17.

Ce ne sont pas les émissions de timbres-poste consacrés à l’Anjou qui alimentent beaucoup les échanges, puisque seulement seize timbres lui sont dédiés, depuis le premier, « Angers », émis le 17 mai 1941. La société est pourtant active de ce côté également, cependant la « naissance » d’un timbre est oeuvre longue et difficile… Rebaptisée Club philatélique et numismatique de l’Anjou en 2004, elle ne compte aujourd’hui qu’environ deux cents membres. De nombreux autres loisirs font une concurrence redoutable à la philatélie, mais les collectionneurs de l’an 2000 sont aussi passionnés que ceux du premier jour.

 Je remercie vivement le Club philatélique et numismatique de l’Anjou de m’avoir donné entière facilité d’accès à ses archives.