Quand les Angevins "guinchaient" au Welcome...

Chronique historique

par Sylvain Bertoldi, conservateur en chef des Archives d'Angers

Vivre à Angers n° 248, juillet-août 2001

Après avoir présenté les cafés Serin et du Progrès, ancêtres du Welcome, dans le Vivre à Angers n° 247, voici maintenant l’histoire du Welcome lui-même, plaqué en 1930 devant les anciens cafés, et dont il réutilise une partie des salles.

Le Welcome est une création du restaurateur Armand Bouzy, fondateur de l’Association culinaire de l’Anjou et ami de Curnonsky. Né en 1887, il a fait ses « classes » internationales, dans les grandes maisons comme dans les grands hôtels, en Angleterre, à Berlin, au Danemark, puis à Paris, au Majestic, où officient quatre-vingts cuisiniers, la plus forte brigade de la capitale. Il est chef de partie. De retour à Angers, il prend la suite de Monicatty, qui avait un restaurant renommé rue des Deux-Haies. Le succès aidant, Bouzy passe commande d’un vaste bâtiment sobre et lumineux à l’architecte André Mornet et s’y installe en 1931. Le Welcome est né. Les grands salons du premier étage ont annexé les salles de l’ancien café Serin. Si bien situés au centre de la ville, au-dessus du restaurant réputé d’Armand Bouzy, ils attirent immédiatement sous leurs grandes verrières soirées officielles ou privées du « Tout Angers ».

« Guincher »…

Bals, conférences, concerts, réunions se succèdent. Outre les grands bals nocturnes, bals des étudiants, de l’Intendance militaire…, on danse tous les dimanches au Welcome, de 17 à 21 heures. Le propriétaire des lieux, président de la Fédération régionale des cuisiniers et pâtissiers, ainsi que de l’Union départementale des hôteliers et restaurateurs, organise des manifestations gastronomiques. Les conférences se poursuivent pendant la guerre, comme celle donnée en février 1944 sur la musique allemande moderne, alors qu’en sous main, le Welcome servait de boîte aux lettres pour la France libre. Les fêtes reprennent en flèche après la Libération. Le grand bal de la Victoire, puis le dîner officiel en l’honneur du général Patton, libérateur de la ville (et en sa présence, arrachée de haute lutte par Germaine Canonne), s’y déroulent en 1945. Dans l’après-guerre, les « manifestations chorégraphiques » du Welcome comptent pour beaucoup dans l’animation de la ville. C’était d’ailleurs, avec le Lutétia de l’avenue Pasteur, le seul endroit où l’on pouvait « guincher ».

Le Welcome vers 1931. Arch. mun., carte postale de Valentin Laroute, 4 Fi 2303.

Les nuits d’Angers

Le calendrier annuel des « Nuits » du Welcome, réglées chacune par des associations, écoles ou syndicats de la ville, est bien rempli : Nuits du Cinéma, de la Danse (par l’Académie Letournel), de l’Élégance, des Parfums et de la Coiffure, du sport (SCO), du Cycle, de la Viticulture, vénitienne… Pour chacune, les salons reçoivent une décoration particulière. Lors de la Nuit du cinéma du 11 février 1951, la décoration bleue, l’éclairage au néon et la profusion de plantes vertes font l’admiration. Pour la nuit de la Saint-Valentin 1959, dix mille fleurs transforment les salles en une merveilleuse serre.

Au faîte de la consécration, Armand Bouzy reçoit le 31 mars 1953 la croix de chevalier de la Légion d’honneur des mains du président national de l’Union des hôteliers. Son œuvre de formation des apprentis cuisiniers angevins est particulièrement distinguée. Il est aussi à l’origine de la mutualité dans les métiers culinaires. En 1957, le Welcome sacrifie ses colonnes dorées art déco pour un ensemble moderne, aux dominantes cyclamen et jaune. Beaucoup de futurs chefs cuisiniers font leur apprentissage au « piano » du Welcome et voyagent ensuite, transportant le savoir-faire français et angevin dans le monde entier. En 1959, la direction de l’hôtel Pierre à New-York dédie son menu à Armand Bouzy pendant une semaine : « Alose à l’angevine », « Fricassée de poulet d’Anjou », « Surprises de frivolités du Val de Loire », crémets d’Angers… Le grand chef angevin possédait une belle collection de menus américains.

Fermeture

À son décès le 5 août 1960, le restaurant est repris par ses deux fils, Robert et Roger. Mais les temps ont changé, les bals sont de plus en plus délaissés. Le Welcome est abandonné par sa clientèle. Lors de sa mise en vente en 1963, la Fédération mutualiste de Maine-et-Loire se porte acquéreur pour y transférer sa pharmacie. Mais où désormais les Angevins trouveront-ils des salles de belles proportions et bien situées pour organiser leurs réunions et expositions ? On vient de démolir le Grand-Cercle. Il n’y a pas pléthore de possibilités. Le transfert est refusé par arrêté préfectoral du 6 mars 1964.

Définitivement fermé en 1965, le Welcome est racheté par la Ville d’Angers en 1966 pour y installer son « foyer des vieux travailleurs », à l’étroit rue Saint-Blaise. Le premier étage est loué en 1967 aux services administratifs de l’entreprise Braud (machines agricoles). De son côté, l’Office municipal des Sports, nouvellement créé, est hébergé en 1967 dans une autre partie des bâtiments. Tout le rez-de-chaussée est affecté en 1970 au foyer des retraités d’Angers-Centre, tandis que le premier étage retrouve sa vocation de salles de réception. Là est inauguré Anjou-Club en 1968. Là se déroule en 1974 le souper des cérémonies du jumelage avec Bamako. On y projette un musée dédié à Curnonsky, plus grand que la petite salle inaugurée au musée Saint-Jean en 1973. Les salons lui sont dédiés en 1975, mais le musée reste dans les cartons.

Pour accompagner l’évolution de la société et répondre aux attentes des 27 000 retraités angevins, un Espace Welcome destiné à la retraite active est inauguré par Jean Monnier et Robert Robin le 13 mars 1993, après quinze mois de travaux de rajeunissement de l’immeuble. Au rez-de-chaussée, l’accueil et les salles d’activités, au premier étage les espaces de réception traditionnels et, dans l’ancien immeuble de 1859, salles de réunion et bureaux. Un Welcome bien rempli !