Premiers autobus... pour remplacer le tram

Chronique historique

par Sylvain Bertoldi, conservateur en chef des Archives d'Angers

Vivre à Angers n° 258, juin 2002

En 1896, Angers accueille le tramway : deux lignes suburbaines (Érigné et Trélazé), puis six lignes urbaines offrent leur service à un public enthousiaste. L’heure de gloire est cependant brève. Le plan du réseau, sans ensemble, se révèle défectueux. Les lignes sont trop courtes pour attirer un grand nombre de voyageurs et le passage des voitures n'est pas assez fréquent dans les parties les plus peuplées.

Dès 1912, un remaniement général est étudié. L’ingénieur de la ville envisage d’employer des autobus pour tester l’utilité d’une future ligne de tramways réclamée entre le Ralliement et le cimetière de l’Est. La Grande Guerre ajourne tout projet, mais l’idée des autobus fera son chemin…, d’autant mieux que les restrictions laissent un matériel essoufflé. Les critiques pleuvent sur la Compagnie des Tramways accusée de « se moquer de la population ».

Tramways

En octobre 1923, le réseau est réduit à cinq grandes lignes : Génie - Place Ney, Route de Nantes - Route de Paris, Lionnaise - Madeleine, Ralliement - Trélazé, Ralliement - Érigné. Il n'en résulte néanmoins aucune amélioration dans la rapidité des transports. Par un jeu de balance, plus l'automobile se développe, plus le trafic des tramways décroît et plus leur passage dans les rues étroites, où la circulation devient intense, est une réelle difficulté. En 1912, on enregistrait 59 voyages par habitant et par an. On n'en compte plus que 52 en 1930. Cette année-là, les tramways transportent 4 489 560 voyageurs (dans une ville d'environ 85 000 habitants). Génie - Place Ney et Angers - Trélazé sont les lignes les plus fréquentées. La décroissance du trafic tient aussi à la diminution de la population militaire et au vieillissement du matériel, de plus en plus sujet à des pannes fréquentes.

Les voici, nos tramways, vus sur leur déclin par Julien Gracq dans La Forme d'une ville : « Petits, malingres, hauts sur roues, desservant un réseau peu fourni, je n'ai jamais pu faire grand cas des tramways angevins : ceux de Nantes, plus longs, mieux carénés, d'une couleur avenante de beurre frais, (…) me firent tout de suite auprès d'eux l'effet d'une locomotive de rapide… ».

Soucieuse de l'intérêt du public, la municipalité reprend en 1925 son plan de 1912 : service reliant les deux gares, desserte de la caserne d'artillerie (Verneau), nouvelle ligne du cimetière de l'Est, fréquence accrue du service sur les principales lignes. Pour les nouvelles lignes, la Compagnie des Tramways suggère le trolleybus, qui réduit les frais de premier établissement. Mais le conseil municipal reste attaché aux tramways et n’autorise un essai – confidentiel – d’autobus en novembre 1925 que pour tester le trafic d’une éventuelle ligne Caserne d’artillerie - Cimetière de l’Est.

Premiers autobus en circulation, place du Ralliement : modèle Citroën C 6. Vers 1936. Arch. mun., coll. Robert Brisset, 9 Fi 347.

… contre autobus

En 1930, la Compagnie revient à la charge en faveur des autobus. Sans succès. Le 1er juillet 1932, elle offre de faire un essai d'exploitation de six mois par autobus de l'importante ligne Génie - Place Ney, pour décider du meilleur mode de transport. Du bout des lèvres, la municipalité admet l’emploi sur cette ligne, aux risques et périls de la Compagnie, de trois autobus, pour renforcer le service aux heures d'affluence, à partir du 1er novembre 1932. Ce système mixte ne donne que demi satisfaction. La Compagnie demande donc en 1933 de pouvoir remplacer intégralement ses tramways par des autobus, sans intervention financière de la ville. C'est chose faite le 5 mars 1934 avec des Renault et des Citroën. La ligne Génie - Place Ney devient la première à bénéficier du nouveau mode de transport, également économique en personnel, puisque le conducteur est aussi receveur. Il ne reste plus que quatre lignes de tramways. Le journal L’Ouest écrit au même moment : « Le tramway, c'est un mode de transport d'un autre âge, et non seulement pour sa vitesse, qui est inexistante, mais aussi bien pour son manque de confort. Vous avez vu combien nous sommes secoués, dans un bruit assourdissant de vitres et de ferrailles ! Les autobus, au contraire, sont légers et d'une douceur fort agréable ».

Autobus Latil, transports Siroux. En photo : Albert Cornilleau, premier collaborateur de la maison Siroux. 1934. Un modèle similaire était employé par la Compagnie des tramways sur son réseau. Arch. mun., 5 Fi 1695.

Le 10 avril 1937, les autobus ont aussi gagné la partie sur la ligne Madeleine - Lionnaise. C'est le tour de la ligne Route de Nantes - Route de Paris le 15 avril 1938. Autres temps, autres moeurs : le système automobile a gagné la partie. Les deux dernières lignes de tramways sont elles-mêmes dévolues aux autobus après la guerre : Angers-Érigné, le 28 décembre 1948 et Angers-Trélazé, le 1er mai 1949.