Jean-Adrien Mercier, les couleurs du rêve

Chronique historique

par Sylvain Bertoldi, conservateur en chef des Archives d'Angers

Vivre à Angers n° 344, juin 2010

La Ville d’Angers rend hommage au grand créateur que fut Jean-Adrien Mercier (Angers 1899-1995), avec l’exposition de la donation généreusement faite par sa fille Sylvie Mercier de Flandre en 2008 : les soixante oeuvres originales forment le coeur de l’exposition réalisée par les Archives municipales, avec la complicité de la donatrice, de collectionneurs passionnés, la collaboration de la Bibliothèque municipale, des Musées, dans une mise en scène signée par le service Communication et les Ateliers de Montrejeau de la direction des Bâtiments. En résonance avec la donation, cent cinquante-six oeuvres approfondissent la perspective offerte sur la richesse inventive du créateur. Au total, les deux cent seize oeuvres réunies font de cette manifestation la plus importante exposition consacrée à l’artiste depuis plusieurs décennies.

 

Léda, août 1929. Aquarelle. Arch. mun. Angers, donation Sylvie Mercier, 52 Fi 39. © ADAGP, Paris 2010.

Jean-Adrien Mercier est très connu pour ses affiches de cinéma. Les plus grands metteurs en scène, Jean Epstein, Abel Gance, René Clair, Jean Renoir, Sacha Guitry… ont eu recours à son talent. Car l’artiste savait en peu de traits synthétiser un scénario, suggérer une idée, un sentiment. Ces mêmes qualités l’ont fait rechercher des grands noms de l’industrie et du commerce : Berger (anis), LU (petit-beurre), Castellane (champagne), Cointreau, Gervais, Isigny, Elle et Vire, Régnier (apéritifs), Menier (chocolat), Delpeyrat (foie gras), Codec... « La publicité qu’on remarque », c’était lui, au même titre que Cassandre, Loupot, Colin, Carlu... Mais Jean-Adrien Mercier était un artiste aux multiples talents. Aussi bien peintre, illustrateur et décorateur qu’affichiste, il a su répondre à des commandes très diverses, adaptant à chaque fois son style et sa technique artistique à l’effet demandé, ou à celui qui lui semblait convenir.

 

La Baule. Extrait de "Nantes, une porte de l’Europe", Nantes, Rotary-Club de Nantes, 1951, p. 211. Arch. mun. Angers, 4° 1504 (Rés. 5). © ADAGP, Paris 2010.

Comme affichiste ? Son style est résolument moderne, ses personnages sont stylisés, les couleurs, vives, utilisées en grands aplats.

Comme illustrateur ? C’est alors le raffinement et l’élégance française, le rêve, des aquarelles peuplées de silhouettes féminines en robe à panier, des fleurs et des oiseaux, des châteaux fantastiques...

Mais c’est aussi la mélancolie romantique et gracile de l’époque 1830 (Le Lion amoureux, 1937) ou l’évocation des anciennes images d’Épinal par des gravures sur bois coloriées au pochoir. Ses albums pour enfants - Les Trois Papillons roses, Diki le rouge-gorge enchanté, Le Rêve de Jean-François, Nos vieilles chansons, les contes de Perrault… - ont eu tant de succès qu’ils ont été souvent réédités.

 

Petit déjeuner sous la tonnelle, 1944. Aquarelle pour Colette, "La Chatte", Paris, Librairie Arthème Fayard, 1945. Coll. part. Arch. mun. Angers, 68 Num 13. © ADAGP, Paris 2010.

Huile, gouache, aquarelle, lithographie, gravure sur bois, pochoir, peinture sur porcelaine… : Jean-Adrien Mercier a pratiqué toutes les techniques artistiques, mais privilégié l’aquarelle. Les couleurs délavées de l’aquarelle sont souvent un peu fades. Celles de Jean-Adrien Mercier, au contraire, étonnent par leur profondeur, leur velouté et leur transparence extraordinaires.

L’éventail des oeuvres offertes au regard du public, qui couvre plus de soixante-dix ans d’activité du créateur (1920-1993), a permis un accrochage organisé en cinq grandes parties, rendant compte des différentes facettes de son art : le peintre, l’affichiste de cinéma, le dessinateur publicitaire, l’illustrateur et le décorateur. Au total, l'exposition donne à voir plus de 210  oeuvres de l'artiste. Toutes sont d’une « exquise fraîcheur » puisqu’elles portent, selon le mot d'un critique publié dans la revue Vendre d’août 1937, la signature, printanière entre toutes, de Jean-A. Mercier. Puissent-elles susciter l’éblouissement !

Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers

(Vivre à Angers, juin 2010)

Jean-Adrien Mercier, les couleurs du rêve. Autour de la donation Sylvie Mercier.
À voir jusqu’au 29 août, tous les jours, 11 h-18 h, Angers, salle Chemellier, boulevard de la Résistance-et-de-la-Déportation (près de l’hôtel de ville).
Catalogue en vente en librairie : 128 p., 128 ill. coul. (15 €)