Jean-Adrien Mercier, l'enchanteur

Chronique historique

par Sylvain Bertoldi, conservateur en chef des Archives d'Angers

Vivre à Angers n° 321, avril 2008

Le patrimoine de la Ville s’est enrichi en janvier dernier d’un ensemble de soixante oeuvres du peintre, affichiste et illustrateur Jean-Adrien Mercier (1899-1995) : un don fait aux Archives municipales par sa fille Sylvie, elle aussi artiste peintre.

Jean-Adrien Mercier naît à Angers le 12 août 1899, 12 rue Ménage. Sa mère Geneviève Cointreau est la fille de l’inventeur du triple sec parfumé à l’orange ; son père, Maurice, un peintre verrier talentueux, créateur de vitraux pour l’église Notre-Dame à Angers, la cathédrale de Hanoï au Vietnam et de bien d’autres. Dans son atelier, le jeune Jean-Adrien apprend les premiers éléments de son art. Maurice Mercier disparaît en 1906. Son fils en sera très affecté.

Avec Guillaumin

Depuis 1916, il prend des leçons avec Charles Berjole, qu'il retrouve en 1920 à l’école des beaux-arts d’Angers, et dont il devient l’ami. Il n’oubliera jamais les bases de son enseignement et dira souvent en parlant de lui : « Je lui dois tout ! ». Avec Berjole, il fait la connaissance d’Armand Guillaumin, aux côtés duquel il réalise dans la Creuse des gouaches qui rappellent l’influence du maître. C’est sa période fauve, bien représentée dans la donation. Il se lie également d’amitié avec l’Angevin Constant Le Breton. Ensemble, ils travaillent sur les bords de Loire pour fixer la majestueuse beauté du fleuve.

 

« Crozant, la vallée de la Creuse avec A. Guillaumin », gouache, 1921. Arch. mun. Angers, donation Sylvie Mercier, 52 Fi 57. Cliché Jean-Patrice Campion. © ADAGP.

La mère de Jean-Adrien Mercier l’encourage et le présente à Jean-Gabriel Domergue qui l’oriente définitivement vers les arts. Il est admis en 1921 à l’école nationale supérieure des Arts décoratifs, dans les classes de Bruneau, Paul Renouard et Legueult. À l’école Estienne, il s’initie parallèlement à la gravure sur bois avec Bernard Naudin et à l’eau-forte, à l’imprimerie de la Tradition. Sympathisant avec Foujita, il lui apprend la lithographie et la gravure sur bois de bout, ce qui permet à ce dernier d’illustrer « Le Roi Pausole ». Jean-Adrien Mercier rencontre alors les grands illustrateurs de mode de l’époque : Charles Martin, Erté, Georges Lepape, A.-E. Marty à qui il rend hommage dans « La Belle et la Rose », encre de Chine figurant dans la donation.

En 1923, il a la satisfaction de voir ses premières oeuvres imprimées. L’année suivante, il remporte le concours d’affiches de la foire-exposition d’Angers, début de sa carrière d’affichiste, entamée avec l’éditeur angevin Marcel Valotaire, poursuivie avec l’agence parisienne Lutétia et bien d’autres commanditaires, comme Cointreau, Lefèvre-Utile, le chocolat Menier, les lampes Osram… Ses créations pour le cinéma sont très remarquées. Les plus grands producteurs et metteurs en scène le sollicitent : Jean Epstein, René Clair, Abel Gance, Sacha Guitry, Jean Renoir… Les plus connues sont les affiches de « Fantômas », « La Passion de Jeanne d’Arc », « 14 juillet », « Avec le sourire ».

 

« La femme invisible », maquette affiche cinéma, Georges Lacombe, 1933. Aquarelle. Arch. mun. Angers, donation Sylvie Mercier, 52 Fi 46. Cliché Jean-Patrice Campion. © ADAGP

Illustrateur et coloriste

Que ce soit pour le cinéma (115 réalisations) ou pour la publicité commerciale (près de deux cents), ses affiches sont hardies. Leur style direct fait preuve d’un modernisme qui aujourd’hui encore n’a pris aucune ride, les couleurs sont toniques, utilisées en larges aplats, les raccourcis saisissants. Mais Jean-Adrien Mercier n’est pas l’homme d’un seul style ou d’une seule technique. Dès 1938, il devient illustrateur pour le livre, mettant son talent au service de l’Imprimerie nantaise Beuchet et Vanden Brugge, qui possède l’une des seules machines à imprimer en huit couleurs. Il illustre des livres d’enfants pour sa fille Sylvie, « La Chatte » de Colette, « Les Métamorphoses » d’Ovide, « Les Nuits » de Musset, un recueil de chansons aussi bien qu'un ouvrage sur les Tanneries angevines, Nantes ou les aciéries de Pont-à-Mousson. Son goût pour le rêve, son intuition profonde du monde de l’enfance sont le reflet de l’amour qu’il porte à son épouse et à sa fille, muses de son esprit créateur. Et toujours ses couleurs radieuses éclatent, car, suivant le mot de son ami Valotaire, il « pense en couleurs ».

 

« Centenaire Cointreau », 1849-1949. Maquette pour le char de la Société des fêtes d’Angers, exécuté par l’atelier René Rabault. Arch. mun. Angers, donation Sylvie Mercier, 52 Fi 18. Cliché Jean-Patrice Campion. © ADAGP

Un art multiple

De 1945 à 1947, il séjourne aux États-Unis, rencontre Walt Disney et obtient une importante commande pour l’un des plus grands collectionneurs américains dont il devient l’ami. Mais il n’oublie pas la Loire qui le fascine, cette « Loire enchantée » qu’il peint en toutes saisons, à laquelle il consacre un livre en 1986. Sa devise, accompagnée d’une ancre, le rappelle aussi : « Où que je sois, je suis ancré en Loire ».

Illustrateur, peintre, Jean-Adrien Mercier est aussi décorateur. La Compagnie générale transatlantique lui confie en 1961 la décoration de la salle de jeux des enfants du paquebot France. En 1983, son ami Paul Maudonnet le met en contact avec Villeroy et Boch, pour le bicentenaire de la montgolfière. L’artiste se fait alors décorateur sur porcelaine, imaginant un service de table orné de trente-cinq ballons différents. Le thème du cirque, pour lequel l'artiste et sa fille ont une passion, est retenu en 1984. En 1987, nouvelle technique encore : en hommage à son père Maurice Mercier, il renoue avec l’art du vitrail en acceptant une commande du président du conseil général, Jean Sauvage, destinée à la chapelle du château du Plessis-Macé. Actif jusqu’au dernier moment, Jean-Adrien Mercier nous a quittés en 1995. Mais son oeuvre, si multiple, est toujours là. Elle continue à nous enchanter.