Entrées royales à Angers

Chronique historique

par Sylvain Bertoldi, conservateur en chef des Archives d'Angers

Vivre à Angers n° 294, octobre 2005

Bien située sur l'axe de la vallée de la Loire, au temps d’une monarchie itinérante, entre le séjour tourangeau des rois et la Bretagne longtemps menaçante pour le royaume de France, la ville d'Angers a reçu tous les souverains, de Charles VII à Louis XIII.

Ce sont Charles VII en 1424, Louis XI en 1462, Charles VIII en 1487, Louis XII en 1499, François Ier en 1518, Henri II en 1551. Charles IX et sa mère Catherine de Médicis passent à Angers sur la fin de leur grand « tour » de France, en novembre 1565. En 1598, Henri IV séjourne un mois dans la ville, poste avancé face au dernier carré des ligueurs bretons. Seuls François II et Henri III ne s’y sont pas rendus. Encore ce dernier y a-t-il séjourné lorsqu’il était duc d’Anjou.

Les préparatifs de l'entrée

Toutes les entrées sont minutieusement réglées. Les échevins prennent conseil auprès du gouverneur de la province. Si le cérémonial n'est pas invariable, du moins comporte-t-il toujours les éléments suivants : cortège se portant à la rencontre du roi, quelquefois assez loin hors des murailles de la ville ; harangues ; remise des clefs ; entrée du roi dans la ville, sous un dais porté par des membres de l'échevinage ; arrivée à la cathédrale, prestation de serment et « oraisons » ; remise de présents.

La tradition du présent à faire au roi n'est pas encore bien fixée en 1487. Pour les entrées suivantes, il n'y a plus de débat à ce sujet. En général, il s'agit d'une pièce d'orfèvrerie, achetée à un riche particulier plutôt que chez les orfèvres, car Angers ne dispose pas de façon impromptue de vaisselle de grand luxe. Charles VIII reçoit un pot de jaspe, tandis que sa soeur, Anne de Beaujeu, est gratifiée de six tasses d'argent martelé à couvercle, toutes dorees, empruntées au doyen du chapitre cathédral, à qui les échevins en font refaire d'identiques chez un orfèvre de la ville.

Itinéraires dans la ville

Si le souverain vient de la vallée de la Loire, les autorités vont à sa rencontre jusqu'aux Ponts-de-Cé, porte d'Angers sur la Loire et faisant partie du ressort de la capitale de l'Anjou. Au retour, la procession s'arrête à l'entrée du faubourg Bressigny, face à la porte Saint-Aubin où le recteur et toute l'université font révérence au roi. Celui-ci fait ensuite son entrée dans la ville solennellement parée de tentures et d'ornements, sous un dais d'or porté par six bourgeois. Par la rue Saint-Aubin, il gagne la cathédrale où l'accueillent le chapitre et l'évêque qui le bénit, lui donne à baiser la Vraie Croix et le livre des Évangiles et, selon la coutume, le reçoit comme chanoine de la cathédrale.

Grande cavalcade reproduisant l’entrée de François Ier à Angers le 5 juin 1518, lors des fêtes de juin 1858. Arch. mun. Angers, 1 J 64.

Le premier souverain à suivre l'itinéraire par la Doutre est Louis XII. C'est le deuxième grand parcours utilisé pour les entrées royales : porte et rue Saint-Nicolas, place de la Laiterie, la grande rue (rue Bourgeoise , les ponts et rue Baudrière) et point final à la cathédrale. Le parcours par la porte Saint-Michel, les rues des Poêliers et Saint-Laud, situé en direction de l'abbaye Saint-Serge et de la route de Paris, n'est utilisé que par Henri II. Il passait pourtant par la plus grande place de la ville où se trouvaient les principales institutions angevines.

Du vin et des « mommeryes »

De bonne heure se sont fixées les haltes sur l'itinéraire des entrées. Les quatre carrefours ordinaires où l'on faisait des feux de joie lors des réjouissances publiques - le carrefour du Puy-Notre-Dame, la porte Chapelière, la place Neuve et la place du Pilori - sont aussi les haltes ordinaires des entrées royales, à l'exception de la place du Pilori, remplacée – sauf pour l’entrée d’Henri II - par la place Sainte-Croix. Dans ces lieux, décorés d’arcs de triomphe, on tient table ronde à tous venants, distribuant pain, vin et fruits, on dresse des échafauds pour les mommeryes (divertissements dansés, bouffonneries) données aux souverains.

Le 19 avril 1487, les échevins commettent maître Jean Michel, docteur en médecine et avec lui le peintre Coppin Delf pour adviser et escripre les fainctes et esbatemens qu'il conviendra faire es carrefours de la ville et ailleurs pour la venue du roi. Coppin avait travaillé pour le roi René. Le docteur Jean Michel était plus connu encore des Angevins pour avoir organisé, du 20 au 25 août 1486, la représentation de son Mystère de la Passion, oeuvre monumentale de 65 000 vers.

Vue en perspective d’Angers, par Adam Vandelant, publiée en 1576. Probablement reprise par l’artiste pour l’entrée du duc d’Anjou en 1578, ce serait le seul témoignage de toutes les décorations éphémères réalisées pour les entrées royales.

La ville fait appel à des personnalités de moindre envergure en 1499 : le boursier du chapitre de Saint-Julien et le peintre Pierre le Roux. Pour les décorations, les archives municipales jettent un petit éclairage : douze double "L" couronnés (monogramme de Louis XII) pour la muraille des portaulx de ladicte ville, assis en champ rouge, ont été réalisés, de même que les armes royales aux deux portes par lesquelles entrèrent le roi et la reine. Enfin, élément le plus intéressant, le nom de la ville était suspendu sous forme d'acrostiche à la porte Lionnaise par où passa le roi : Audict portal Leonnoys fut mis soubz les armes du roy ung escripteau ou estoit escript en grosse lectre ce que s'ensuit, l'interpretacion de Angiers :

Antique clef de France,
Necteté de souffrance,
Garant contre ennemys,
Estappe d'asseurance,
Recours de secourance,
Seccurité d'amys.