Au fond du vallon, le jardin des Plantes

Chronique historique

par Sylvain Bertoldi, conservateur en chef des Archives d'Angers

Vivre à Angers n° 256, avril 2002

Avant de devenir un lieu de promenade très prisé, le jardin des Plantes fut tout au long du XIXe siècle un site remarquable de recherches et d’études botaniques.

La botanique prend au XVIIIe siècle un grand développement. La nature ne suffit plus pour herboriser. Les plantes nouvelles affluent d’outre-mer. À Angers, les professeurs de la faculté de médecine ouvrent vers 1740-1750 le premier jardin botanique sur le Tertre Saint-Laurent, pour leurs étudiants. De ce jardin, on sait peu de choses. Son principal organisateur, Berthelot du Pasty, ancien élève de Jussieu, meurt en 1773.

Quatre ans plus tard, son collaborateur, le docteur Luthier de La Richerie, fonde la société des Botanophiles, pour créer un jardin botanique dédié aux amateurs. Le 25 avril 1777, bail est passé pour la location d’un vaste enclos ouvrant sur les rues Châteaugontier et Bressigny, à l’endroit de l’actuelle rue Béclard. Cependant, l’emplacement est trop petit. Les plantes s’étouffent mutuellement. Le statut du jardin est d’ailleurs précaire, soumis au bon vouloir du propriétaire à chaque renouvellement de bail. Ce qu’exposent au conseil de ville La Révellière-Lépeaux, Pays Duveau et Merlet de La Boulaye, directeur et associés du jardin botanique en 1788. Mais la municipalité ne seconde pas leur dessein et c’est à titre personnel que l’un des Botanophiles, Pilastre, achète le 4 mars 1789 aux bénédictins de Saint-Serge l’enclos des Bassins, au bas de la vallée Saint-Samson, origine du jardin des Plantes actuel.

Dans un frais vallon

Le terrain, vallonné, d’exposition très variée, est particulièrement favorable grâce à l’irrigation continue que procure un ruisseau abondant. Le jardin ne quittera donc pas cet endroit, mais bien plutôt doublera de superficie. Dès l’hiver 1790-1791, les défrichements sont entrepris. Le 9 mai 1791, Merlet de La Boulaye y donne le premier cours public et gratuit de botanique et rédige l’année suivante un catalogue alphabétique des plantes cultivées, où figurent un magnolia, le premier planté à Angers et un agave d’Amérique qui, fait très rare, fleurira en 1850. La municipalité ayant acheté l’enclos et l’église Saint-Samson comme bien national pour les joindre au jardin botanique (avril 1791), Pilastre renonce à ses droits sur le terrain. Étant donné l’intérêt de l’établissement, le conseil général du département accorde une subvention annuelle à partir de 1792 et le déclare propriété nationale.

Jardin botanique d'étude

En 1796, le jardin est annexé à l’École centrale du département (ancêtre des lycées), mais en 1805, devient municipal lorsque les bâtiments et les collections de l’École centrale supprimée sont mis à la charge de la ville. Le jardin connaît une suite de directeurs très actifs – Merlet, Bastard, Desvaux, Boreau surtout de 1838 à 1875 - qui se battent pour lui conserver son caractère de lieu d’étude, malgré la tendance de plus en plus forte à le transformer en promenade. L’« Annuaire de Maine-et-Loire » pour 1804-1805 le présente comme « depuis longtemps célèbre » : « Cet utile jardin très bien entretenu a sur presque tous ceux de France l’avantage inappréciable d’être traversé par un cours d’eaux vives, ce qui donne la facilité de cultiver un grand nombre de plantes aquatiques qu’on ne trouve pas dans les jardins de botaniques ordinaires ».

Par leurs publications, les directeurs du jardin attirent l’attention du monde savant sur la botanique angevine et permettent de fructueux échanges. L’école de botanique d’Angers – ainsi appelait-on le jardin botanique – cultive plus de deux mille plantes en 1811. Le jardin comprend deux parties : l’école de botanique dans la partie basse, les collections d’arbres étrangers et les porte-graines – traités de façon paysagère – une orangerie flanquée de deux serres. Boreau, dont les collections forment aujourd’hui un précieux fonds au musée botanique de l’Arboretum, écrit en 1835 :

« C’est un jardin scientifique pour l’introduction et la naturalisation des végétaux et pour l’enseignement. Les plantes officinales sont cultivées en assez grand nombre pour les donner gratuitement aux indigents sur billet de médecin ».

Nouveau projet d’agrandissement du jardin des Plantes, par René-Édouard André (fils d’Édouard). Années 1920. Arch. mun., 1 Fi 1543.

Transformation en promenade

L’agrandissement du jardin, entrepris à partir de 1834, le projet de lui donner une ouverture sur le boulevard alors qu’il était totalement enclavé dans le quartier miteux de Saint-Samson, le transforme cependant peu à peu en promenade. En 1893, l’ouverture sur le nouveau boulevard rend inéluctable la réfection complète du jardin, d’autant que la nouvelle entrée, fermée d’opulentes ferronneries dans la tradition du parc Monceau à Paris, a entraîné la suppression d’une partie des plates-bandes botaniques. L’école de botanique est peu à peu transférée à l’école de médecine, tandis que le destin du jardin est confié à Édouard André, paysagiste réputé pour ses parcs de Monte-Carlo et de Montevideo.

Le jardin vers 1905. Arch. mun., 9 Fi 1073.

Le nouveau tracé, celui du jardin actuel, est réalisé en 1905, dans le style anglais, avec petit ruisseau en cascade. Une nouvelle ménagerie y est installée peu après 1945, puis une volière. Les serres sont supprimées en 1962. Le dernier agrandissement date de 1967 : 2 500 m2 provenant du réaménagement du quartier Saint-Michel deviennent jardin de rocaille. Depuis 1983, le centre de Congrès a remplacé l’ancien quartier Saint-Samson. Dans ce jardin bicentenaire, tout attire, distrait et réjouit la vue : arbres centenaires, fleurissement varié, statues, diversité des points de vue. Quatre hectares de bonheur pour ses visiteurs, au fond du vallon !