Premiers magasins en libre-service

Chronique historique

par Sylvain Bertoldi, conservateur en chef des Archives d'Angers

Vivre à Angers n° 449

« Laissez le client se servir lui-même, faites-lui faire le travail à votre place. Il achètera plus et vous aurez besoin de moins de personnel. ». Tels étaient les slogans du libre-service inventé aux États-Unis, à Memphis, en 1916. Toutefois la surface de vente devait être beaucoup plus importante, pour que les clients circulent facilement entre les différents rayons.

En France, les premiers libres-services alimentaires ouvrent en 1948, à Paris (Goulet-Turpin), à Saint-Étienne (Casino) et à Nantes (Decré). À Nantes, la greffe ne prend pas et le magasin doit fermer au bout de quelques mois. Les bourgeoises de la ville veulent continuer à être servies. Les épiceries en libre-service se multiplient cependant dans la France des années cinquante, développées par les succursalistes et les grandes chaînes de magasins populaires.

Le rôle des succursalistes

Dans l’Ouest, les établissements Brisset en sont les promoteurs. En 1960, cinq de leurs magasins appliquent la nouvelle méthode avec d’autant plus de succès qu’elle s’accompagne d’une politique de bas prix. C’est sans doute à cette entreprise à succursales qu’Angers doit son premier libre-service au début des années cinquante. Mais les concurrents ne sont pas loin… Le 9 avril 1955, « Angers a vu s’ouvrir un nouveau magasin « libre-service », indique « Le Courrier de l’Ouest », un magasin construit spécialement, avenue Pasteur, par les Docks de France. D’après les commentaires, on note que les Angevins ne sont pas encore bien familiers des nouvelles méthodes commerciales : « Pas mal de gens, bien que la marchandise soit bien en vue, avec tous les prix très apparents, tiennent, semble-t-il, à ne faire leurs acquisitions qu’après avoir consulté les vendeurs, comme s’ils hésitaient à fixer leur choix tout seuls ».

Après les Docks de France, ce sont les Comptoirs Modernes qui lancent le 4 novembre 1959, au cœur de la nouvelle cité de Belle-Beille, un Supéco qui met en libre-service des rayons encore rarement proposés aux clients sous cette forme : boulangerie-pâtisserie, volailles, charcuterie et boucherie. Il fallait accepter d’acheter de la viande sous cellophane… En tout cas, ce Supéco – diminutif de « super économies » et de « super Comptoirs Modernes » - est un succès. L’étal de la boucherie est un modèle du genre. La viande de première qualité provient des abattoirs de Saint-Maixent dans les Deux-Sèvres, sans aucun intermédiaire. L’article fait ressortir les bénéfices du nouveau système : moins de fatigue, gain de temps, car une enquête a montré que « la ménagère de cette cité devait disposer de plus d’une heure pour faire ses achats journaliers ».

Magasins de centre-ville

Unico (futur Système U), les Nouvelles Galeries, Monoprix, Argenta, Spar… s’y mettent dans les années soixante. Les Nouvelles Galeries inaugurent leur libre-service intégral au rayon alimentation le 27 novembre 1962. La création du supermarché Monoprix, par transfert du magasin de la rue Voltaire au boulevard du Maréchal-Foch en octobre 1963, est remarquée. « Le Courrier de l’Ouest » écrit encore que ses « normes sont assez nouvelles pour les Angevins ». Mais le libre-service ne concerne que le rayon alimentation du sous-sol. Au rez-de-chaussée, pour l’habillement, les articles ménagers, la librairie, la musique…, la clientèle est servie suivant les méthodes traditionnelles.

Pourtant des magasins spécialisés ont eux aussi mis sur pied des rayons libre-service, le premier d’entre eux étant la célèbre maison de musique Grolleau, 10 rue Voltaire. Le 18 octobre 1954, elle inaugure un nouvel auditorium et un libre-service de vente de disques, chose rare à l’époque. Classés par série et genres, les enregistrements peuvent être écoutés dans des cabines individuelles insonorisées. Autre exemple en 1961, le libre-service de chaussettes chez Pingouin-Stemm, rue d’Alsace !

Nouvelles formules

L’apparition des hypermarchés donne le coup de fouet définitif au libre-service. À Angers, le premier d’entre eux est une création de la société mancelle Sogramo. Le 23 octobre 1969, Record ouvre ses 6 000 m2 de surface de vente sur les anciennes prairies de Saint-Serge. Cette fois, tous les rayons sont en libre-service, jusqu’au bricolage. Le 19 mai 1972 s’ouvre tout à côté le libre-service ménager et d’ameublement Conforama. La gamme est complète.

La formule est aussi appliquée à la restauration. En 1958 et 1959, la foire-exposition teste la nouveauté. Ces deux années-là, elle dresse un pavillon du self-service. L’application pratique vient rue de la Gare, au n° 4 : le 23 juillet 1960 ouvre à Angers le premier self-service. On entre rue de la Gare et l’on ressort rue Max-Richard. Avec 110 places assises, 500 repas peuvent être servis en 1 h 30 : au choix, hors-d’œuvre, six plats chauds, fromages et desserts. Le restaurant est ouvert de 11 h à 22 h. Tout moins cher, tout plus rapidement : le commerce a fait sa révolution en l’espace de quelques années.

Depuis la cyber-attaque de janvier 2021, le site internet des Archives patrimoniales d'Angers, dans ses deux parties, le « portail historique » et les « Archives numérisées en ligne », est malheureusement inaccessible.

En attendant son rétablissement intégral, nous remettons en ligne la partie « portail historique », avec notamment l'almanach angevin, les chroniques d'histoire angevine...

Bonne navigation.