Les joies du tramway, de Génie à place Ney

Chronique historique

par Sylvain Bertoldi, conservateur en chef des Archives d'Angers

Vivre à Angers n° 240, novembre 2000

Les villes du XIXe siècle connaissent plusieurs cycles de développement : voirie, équipements publics, électrification… et transports publics. Le besoin se faisait sentir de mieux relier centres urbains et faubourgs. Certaines - Paris, Nantes, Bordeaux, Angers en 1828 - avaient déjà des lignes régulières d'omnibus.

Sous le Second Empire apparaissent les premiers tramways, à traction animale. Les années 1870-1900 font figure de « trente glorieuses » de ce moyen de transport. Les systèmes de traction sont de plus en plus modernes : vapeur, air comprimé, électricité. Les concessions commencent à se multiplier dans les années 1873-1875, au Havre, à Marseille, Nancy, Orléans, Tours.

L'idée est évoquée à Angers pour la première fois en 1871. La société anglaise établie à Londres sous la raison sociale Waring frères et Paraire, représentée dans l'Ouest de la France par l'architecte Henri Racine (celui-là même qui construisit le cirque-théâtre d'Angers en 1866), propose l'établissement d'une voie ferrée à l'américaine, c'est-à-dire un tramway à chevaux. La voie formerait un cercle complet autour de la rive droite avec une ligne spéciale vers Les Ponts-de-Cé. Une concession de cinquante à soixante ans serait accordée à la société. L'architecte Aïvas, chargé d'étudier la question, rend au conseil municipal un rapport favorable au projet le 25 août 1871. Ce système fonctionne déjà sur le trajet de Paris à Saint-Cloud et d'autres villes importantes d'Europe et des États-Unis l'ont adopté. Seules deux réserves sont apportées : la durée de la concession sera abrégée, le réseau devra être étendu à la Doutre et à Trélazé.

Le principe de l'utilité publique du projet est adopté le 20 mars 1872 à la courte majorité d'une voix. Le résultat de l’enquête d’utilité publique est favorable, mais le ministre des Travaux Publics décide de ne pas donner suite à la demande (10 août 1872), étant donné le peu d'enthousiasme de la municipalité et la concession par le département d’un réseau de chemin de fer d’intérêt local dont une partie relie Angers aux Ponts-de-Cé. Vingt-trois ans plus tard, après maintes péripéties, le septième projet de tramways reçoit l'agrément ministériel, le 8 juillet 1895. Deux industriels lyonnais, Grammont et Faye, concessionnaires des tramways de Dijon et de Besançon, et par la suite du Mans et de Rennes, se chargent de mettre en place et d’exploiter un réseau de tramways électriques.

Le plaisir de monter en tramway ! Remarquer la voiture à rideaux, appelée « buffalo ». Arch. mun., coll. Robert Brisset, 9 Fi 1481.

Les travaux commencent en novembre 1895 et sont rondement menés. Les premiers essais de circulation ont lieu sur la ligne des Ponts-de-Cé à partir du 9 mai. Le 23 mai, elle est ouverte au public. C’est l’enthousiasme. Les Angevins se rendent en foule à Érigné. La mode est « aux tramways ». Ils inspirent chansons, musique, poèmes… Malheureusement le temps de la lune de miel fait bientôt place à la désillusion. Les lignes sont trop courtes pour attirer beaucoup de voyageurs et l’exploitation manque de rentabilité. Quatre programmes de remaniement sont étudiés entre 1907 et 1913, mais la Grande Guerre les remet en cause. Face aux difficultés financières de l’après-guerre, le tramway sénescent ne peut se renouveler. Des essais d’autobus sont faits dès 1925. À partir de 1932, ils remplacent peu à peu les vieux tramways, qui se maintiennent seulement sur les lignes suburbaines, vers Érigné et Trélazé. Le 30 avril 1949, sur la ligne Angers-Trélazé, Mme Royer conduit la dernière voiture, ornée d’une couronne funéraire. La compagnie d’exploitation du réseau n’en continue pas moins de s’intituler « Compagnie des tramways électriques d’Angers » jusqu’en 1965… Devenue « Compagnie des Transports angevins », elle subsiste encore jusqu’en 1970, échéance prévue pour la concession de Grammont et Faye.

Tableau des lignes :

  • Ligne I : Génie - Place Ney
  • Ligne II : Pélican - Gare Saint-Serge
  • Ligne III : Gare Saint-Laud - Octroi de la route de Paris (caserne d'infanterie)
  • Ligne IV : Ralliement - Place Lionnaise
  • Ligne V : Ralliement - Route de Nantes
  • Ligne VI : Ralliement - Madeleine
  • Angers - Trélazé
  • Angers - Mûrs-Érigné