La "Catho" célèbre ses cent vingt-cinq ans

Chronique historique

par Sylvain Bertoldi, conservateur en chef des Archives d'Angers

Vivre à Angers n° 238, septembre 2000

L’université catholique, "la Catho" pour les Angevins, aura 125 ans en novembre 2000, mais l’histoire universitaire d’Angers remonte bien au-delà, au XIe siècle.

Le Palais universitaire, façade postérieure. Arch. mun. Angers, 4 Fi 1187.

Il ne s’agit pas alors d’université, mais de l'école épiscopale, dirigée par des maîtres comme Marbode (futur évêque de Rennes) ; Geoffroi Babion et Ulger (ami de Suger, abbé de Saint-Denis)… Saint Bruno (fondateur de l’ordre des Chartreux), le poète Baudri de Bourgueil (futur archevêque de Dol), Robert d’Arbrissel (père de Fontevraud) y étudient. De cette école, fort célèbre à la fin du XIe siècle, est sans doute issue celle de droit civil, favorisée par l’interdiction d’enseigner ce droit à Paris (1219) et par la grève parisienne de 1229 qui conduit beaucoup de professeurs et d’étudiants à Angers. Ainsi naît en 1242 un studium particulare, reconnu par l’évêque d’Angers en 1337 comme studium generale enseignant le droit civil et le droit canon.

En 1364, le duc d’Anjou Louis Ier obtient de son frère Charles V des lettres patentes l’érigeant formellement en université, mais depuis longtemps déjà, il était considéré comme tel par rois et papes. À la fin du XIVe siècle, Angers compte quelque 230 étudiants. En 1432, les facultés de théologie, médecine et arts, autorisées par bulle du pape Eugène IV, s’ajoutent à la faculté de droit primitive. L’université, la septième de France (après Paris, Toulouse, Montpellier, Avignon, Orléans et Orange), est prospère aux XVe et XVIe siècles, mais s’essouffle à la fin de l’Ancien Régime.

La Révolution supprime l’ensemble des universités en 1792. Napoléon Ier restaure l’enseignement universitaire en 1806-1811. Chaque ville, siège d’une cour d’appel, doit avoir son université. Il n’y en eut point à Angers…, mais seulement une école de médecine en 1807, malgré les réclamations itératives de l’administration municipale en 1808, 1814, 1817. En 1847, la mairie prépare un projet de construction de facultés des sciences et des lettres au jardin fruitier. Rien n’aboutit.

Mgr Freppel

Or, voici qu’arrive en 1870 une personnalité entreprenante, Charles-Émile Freppel, nommé évêque d’Angers, naguère chargé du cours d'éloquence sacrée à la faculté de théologie de la Sorbonne. Il ne tarde pas à projeter la restauration de l’université d’Angers et s’en ouvre à l’archevêque de Rennes dès 1872. Sitôt votée la loi du 12 juillet 1875 accordant la liberté pour l’enseignement supérieur, Mgr Freppel annonce l’ouverture d’une faculté libre de droit (lettre pastorale du 15 août 1875). Malgré quelques réticences de la part de l’évêque de Quimper - « Angers est une des villes les plus dangereuses pour la jeunesse, écrit-il. C’est une ville de plaisirs plutôt que d’études. La vie y est fort légère » - la nouvelle université, première faculté libre de France, est solennellement inaugurée à la cathédrale le 15 novembre 1875.

Laboratoire de chimie agricole, vers 1910. Arch. mun. Angers, 4 Fi 1198.

La faculté de droit ouvre d’abord seule ses portes. René Bazin en est le quatrième inscrit. Complétée par les facultés des lettres (1876), des sciences (1877) et de théologie (1879), l’université – ou plutôt les « Facultés libres de l’Ouest » selon son titre officiel – est érigée canoniquement en université catholique par le pape Pie IX dès 1879. La faculté de médecine projetée n’est pas créée, par suite de la loi restrictive de 1880 qui interdit aux facultés libres de droit de se constituer en corps et de prendre le titre d’université. Un « Palais » universitaire est bâti grâce à des souscriptions, dons et impositions diverses sur les communautés religieuses.

Nouvelles orientations

Des établissements satellites spécialisés sont progressivement créés : École supérieure de commerce d’Angers (1909), Centre de langue et civilisation françaises pour étrangers (1947), École technique supérieure de chimie (1950), École supérieure d’électronique (1956)… En 1950, l’université fête son 75e anniversaire en présence du nonce apostolique, Mgr Roncalli, futur Jean XXIII. À cette époque, la « Catho », comme on l’appelle familièrement, est encore la seule université d’Angers. Mais bientôt elle ne peut satisfaire aux exigences de formation des nouvelles vagues d’étudiants, de plus en plus nombreux. La concurrence est rude face aux universités d’État de Rennes, Poitiers, Nantes. Les effectifs baissent. Le budget recule. Pour comble, une université d’État se prépare finalement à Angers (1957-1971), la concurrente tant redoutée !

Vue aérienne de l'Université catholique que l'on reconnaît entre le triangle des rues Rabelais et Volney à partir du rond point de la place André-Leroy, sur la gauche, et en bas à droite de la chapelle Saint-Thomas-d'Aquin, avec les nouveaux bâtiments inaugurés en février 1995 à l'emplacement de l'ancien couvent des Dominicains.

Face à la crise, l’université réoriente radicalement ses enseignements. Facultés des lettres et des sciences sont supprimées en octobre 1970 et remplacées par cinq instituts spécialisés, en prise directe avec la vie professionnelle : formation des professeurs avec centre de lettres et d’histoire, langues vivantes, mathématiques appliquées, psychologie, recherche scientifique. La reconversion est réussie. L’université compte aujourd’hui onze instituts de formation et se déploie sur deux sites supplémentaires, Vannes et Guingamp. Un nouveau « pôle scientifique » est inauguré en 1995. 11 116 étudiants au total (sur les trois sites, écoles associées, auditeurs libres et étudiants étrangers inclus) l’ont fréquenté en 1999-2000.