Page histoire du Courrier de l'Ouest, 7 décembre 2025
Sommaire de la page :
Un stade municipal très attendu : le stade de Frémur
Le “Journal guide de l'exposition”, Angers, 1895
Photo mystère
7 décembre 1964 : Inauguration du centre commercial Lorette
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CHRONIQUE
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers
En 1932, la municipalité d'Angers fait l'acquisition du terrain de l'Intrépide, rue de Frémur, pour aménager un stade municipal. Après avoir longtemps hésité sur le site d'implantation…
Depuis 1985, Angers est classée au nombre des villes les plus sportives de France. Le sport s’y est enraciné au XIXe siècle, très précocement : courses hippiques, nautisme, cyclisme, gymnastique… Les municipalités manifestent leur intérêt dès 1885, mais considèrent longtemps les sports comme un simple spectacle qui dynamise l’économie locale et fait rayonner la ville. Cet état d’esprit privilégie les grandes réunions sportives, comme la Fête fédérale de gymnastique en 1909, au détriment de la création d’équipements qui, pour les élus, relèvent de la sphère privée.
Le difficile accouchement du stade municipal en est le parfait exemple. Les nombreux clubs sportifs créés entre 1900 et 1920 ont chacun aménagé leur terrain vaille que vaille, souvent un mauvais pré, humide et mal nivelé. On en compte au moins une douzaine en 1920, sur toutes les voies de sortie de la ville : chemin de la Meignanne, au Champ des Martyrs, route d’Avrillé, rue Saint-Lazare (stade du Crédit de l’Ouest), rue de la Chalouère (stade de la Vaillante à la Grande-Chaussée), route de Paris (deux à trois terrains), route de Nantes, rue Saint-Léonard (stade Bessonneau), au Bourg-la-Croix (stade de Roche-Marotte), rue de Frémur (stade de l’Intrépide), stade du Génie. Excepté les deux principaux terrains –Bessonneau et Crédit de l’Ouest – les aménagements sont très sommaires.
Un premier projet de parc des sports, dressé par la municipalité Barot (1912-1914), est mis en sommeil par la Grande Guerre. Dès l’armistice, les sportifs angevins réclament donc haut et fort un stade municipal. Le journaliste Victor Dauphin est leur plume dans « Le Petit Courrier ». De mois en mois, il pose la question : « Qu’attend-on pour la création d’un stade municipal, rationnellement établi ? ». Il en va de la pratique de la culture physique qui formera une armée de jeunes forts et vaillants, c’est « tout l’avenir de la France » (« Le Petit Courrier », 29 décembre 1919).
Fin 1920, la municipalité Bernier semble s’intéresser au projet. Trois commissions d’étude sont nommées. Le principe de l’acquisition d’un terrain route de Paris est admis le 24 mars 1921. Le 3 avril, le maire donne rendez-vous dans le futur stade municipal aux concurrents du VIIIe Tour d’Angers à pied 1922. L’affaire semble bien engagée d’autant que les différentes sociétés sportives se regroupent en mai 1921 au sein d’un comité des sports. Mais du côté de la municipalité le projet butte sur la création d’une société civile financière et, de l’autre, le nouveau comité voit plus grand que ses finances.
Seule la réunion en 1920 des deux principales sociétés de cyclisme, l’Auto-Véloce-Club et le Moto-Vélo-Doutre, sous le nom de Moto-Véloce-Club angevin, aboutit à du concret. Son objectif est de créer un vaste parc des sports où serait construit un vélodrome, sur un terrain aussi rapproché que possible du terminus des tramways. Cela ne va pas sans difficultés, les Angevins ne voulant pas adhérer à la société avant d’être assurés du succès de l’entreprise par son complet achèvement… Si bien qu’une ville de 85 000 habitants se trouve avoir beaucoup de mal à fournir les 100 000 francs demandés, alors qu’une ville quatre fois plus petite, Saumur, réunit sans peine 300 000 francs pour le même objet. Quoi qu’il en soit, la société foncière angevine, créée avec 325 participants, permet quand même la naissance du vélo-stade, rue Montesquieu, inauguré le 10 septembre 1922 grâce à la persévérance de trois hommes : Ludovic Derouin, Hyacinthe Brunet et Louis Cointreau.
Le vélodrome permet aux municipalités successives de n’avoir plus à s’occuper de la création d’un stade… C’est le programme d’éducation physique à l’école lancé par l’État en 1929 qui oblige la Ville à y repenser. Mais où situer ce stade dont on ne veut que parce que l’État le subventionne ? Sur les rives de l’étang Saint-Nicolas ? C’est trop éloigné de la ville. Place La Rochefoucauld ? Impossible. En bordure de Maine, du côté de Saint-Serge ? Après de longs débats, une solution est enfin trouvée en 1931. Il s’agit tout simplement d’acheter le terrain de l’Intrépide, rue de Frémur, en face du monastère de la Visitation. Il avait été ouvert le 10 avril 1921 et aménagé peu à peu grâce aux bénévoles du club omnisports fondé en juillet 1920 par l’abbé Chéné, vicaire à Saint-Laud sur une propriété appartenant aux religieuses de la Visitation. De belles manifestations s’y étaient déroulées, à commencer par les championnats d’athlétisme de l’Union gymnastique et sportive de l’Anjou. Mais ce qui plaît particulièrement à la municipalité, c’est l’excellente situation du terrain, sur la ligne de tramway Place Ney – Génie, à 100 mètres de la station Frémur : « Il n’est pas possible d’en trouver un autre qui, à semblable proximité de la ville, puisse convenir à cet usage. », indique la délibération du conseil du 24 juillet 1931.
L’accord sur le prix – 335 000 francs, une aubaine, par rapport aux précédents projets – et sur la superficie – 3 hectares - se fait en juin 1931 avec la Société de l’Image, propriétaire du terrain (monastère de la Visitation). L’achat ne se concrétise qu’en juin 1932. Quelques péripéties émaillent cette acquisition. On oublie d’inscrire la fin du paiement au budget primitif de 1934. Et en 1937, on s’aperçoit que l’on a également oublié de demander la subvention de 25 % à l’État !
Et l’aménagement du terrain traîne en longueur jusqu’à la fin des années trente. La municipalité pensait acheter le stade Bessonneau et ne voyait pas l’utilité de faire des dépenses pour celui de la rue de Frémur…
ACTUALITÉ DES ARCHIVES
Les Archives patrimoniales conservent plus de 300 titres de presse angevins, journaux et revues. Parmi les journaux, « L’Exposition, journal-guide de l’exposition, Angers, 1895 » est peu connu. Son objectif était de présenter, presque exclusivement, les « grandes assises artistiques, industrielles et commerciales » préparées par la ville d’Angers pour 1895, dans la ligne des expositions quinquennales des produits de l’industrie, de l’agriculture, de l’horticulture et des beaux-arts. La rédaction, assurée principalement par la plume de René Mouillien, directeur propriétaire des « Échos de l’Anjou » et qui fut un temps archiviste de la Ville d’Angers, se félicite d’avoir réuni les meilleurs chroniqueurs techniciens, chacun dans sa spécialité, pour examiner les créations nouvelles. Photographes et artistes fourniront les illustrations ; les écrivains, leurs contes et poèmes. À la fin de l’exposition, la publication doit former un superbe volume illustré de trois à quatre cents pages. L’ambition a dû être revue à la baisse, puisqu’il n’atteint que 216 p.
Telle qu’il est, il forme néanmoins un bel ensemble de chroniques et de photographies. La rubrique des portraits et biographies des responsables de l’exposition est très utile : Ernest-François Dainville, commissaire général de l’exposition ; Frédéric Guéry, distillateur ; Alexandre Aïvas, architecte de la Ville d’Angers et de l’exposition ; Alexandre Velé, président de la commission des fêtes ; François Gernet, président de la section ouvrière de l’exposition ; Arsène Goblot…
Le journal présente aussi l’intérêt de dresser un tableau financier de l’exposition. Dans le premier numéro, les prévisions de dépenses sont évaluées à 315 000 francs. Hélas, la dernière publication (29 septembre-6 octobre) fait état de 543 786, 42 francs de dépenses pour 325 385,06 francs de recettes, soit un déficit de 218 401,36 francs. Conclusion de R. Mouillien : « L’exposition disparaît comme elle est née, au milieu d’une profonde indifférence. […] Tous les Angevins savent que la municipalité a présenté le projet de l’exposition à contre-cœur. […] C’est à la municipalité ou plutôt au maire [Jean Guignard] et aux deux premiers adjoints [Joxé et Boulanger] qu’incombent la responsabilité de la non réussite financière de notre exposition. Ces trois vieillards n’ont jamais voulu comprendre que l’exposition était une entreprise commerciale et que pour la faire fructifier, il fallait donner à notre cité une vie plus active par des visites de hauts personnages, par des fêtes économiques et populaires. » SB.
A voir aux Archives patrimoniales : L’Exposition nationale de 1895. Les Vitrines des Archives, en salle de lecture. Visite commentée le 16 décembre, 17-18 h.
PHOTO MYSTÈRE
C’est une rue étroite, un peu tortueuse, au bâti encore largement médiéval… Hautes maisons, peu de soleil. Une rue sans commerce et qui paraît même vide de toute activité. Évidemment ce descriptif peut convenir, vers 1900, à un certain nombre de rues, mais un indice supplémentaire éveillera certainement votre sagacité. RDV dimanche prochain ! SB
ÇA S’EST PASSÉ LE…
7 décembre 1964 : Inauguration du centre commercial de Lorette
Une journée bien remplie ! Le matin, Jean Turc inaugure le centre commercial de Lorette : Angers ouvre des commerces dans ses nouveaux quartiers. Ville, Chambre de commerce, Confédération générale des cadres, Société d’étude et de gestion des centres d’équipement et commerçants se sont associés pour créer cet équipement destiné aux nouvelles cités Bédier, Beauval, Val de Loire… Neuf commerces y prennent place, pressing, salon de coiffure, pharmacie, deux magasins d’alimentation, droguerie-bazar, boucherie-pâtisserie, boulangerie, librairie-dépôt de presse et bientôt deux supplémentaires, poissonnerie (ou charcuterie) et brasserie. Mais le maire rappelle la philosophie de cette décentralisation commerciale : « Il faut toutefois que ne disparaisse pas le noyau commercial de la ville. »
Dans cette même journée du 7 décembre, le célèbre journaliste Léon Zitrone, donne une conférence sur son récent voyage en URSS et en profite pour signer ses livres à la Maison de la Presse, chez Pelier. Enfin le soir, Luis Mariano triomphe au théâtre municipal dans l’opérette Le Chanteur de Mexico. SB.
