Page histoire du Courrier de l'Ouest, 21 décembre 2025
Sommaire de la page :
Soeur Gérard-Noël, religieuse au grand coeur
Les nouvelles dénominations de rues données en 1792-1793
Photo mystère
21 décembre 1846 : Naissance de Jules Bordier, fondateur de l'Association artistique des concerts populaires
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TÉMOIGNAGES D’ARCHIVES, PAROLES DE TÉMOINS
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers
SOEUR ET RELIGIEUSE AU GRAND COEUR
Orphelinat de filles de 1887 à 1995, le foyer de la Doutre a reçu des dizaines de jeunes filles, de trois à dix-huit ans. Un nom reste lié à son histoire contemporaine : celui de la religieuse sœur Gérard-Noël.
Marie-Thérèse Clochard est née le 21 novembre 1929 à Bressuire, dans les Deux-Sèvres. C’est en Anjou qu’elle passe la plus grande partie de sa vie, après une enfance marquée par le décès de sa mère – la fillette n’a pas six ans – puis par celui de son père – elle n’a encore que douze ans. Élevée par sa grand-mère, elle est très proche de son frère, de cinq ans son aîné, qui se destine rapidement à la prêtrise. « Aussitôt après son ordination, je suis entrée à la communauté des sœurs de la Providence de La Pommeraye. J’avais vingt-cinq ans. » Impossible pour elle, à l’époque, de quitter complètement son statut d’orpheline : « Nous devions nous adresser à la supérieure générale en l’appelant « Notre mère ». Ça, je ne pouvais pas ! Ma mère, je l’avais perdue à même pas six ans… ! Je le lui ai expliqué… »
À l’heure de prononcer ses vœux, en 1958, Marie-Thérèse doit opter pour un nouveau prénom. « J’avais pensé à sœur Gérard-Marie. Gérard, c’était le prénom de mon frère. Mais une autre jeune sœur avait fait le même choix et y tenait absolument. Alors, je suis devenue sœur Gérard-Noël. »
Son noviciat terminé, la jeune religieuse est nommée à Saint-Barthélemy-d’Anjou où la congrégation tient un foyer d’orphelins, garçons et filles, Bethléem. En 1962 elle est affectée à un autre orphelinat, à Angers cette fois, au foyer d’Ambray dont elle prend la direction quelques années après. L’établissement est installé dans l’hôtel Mazurier, un ancien hôtel particulier de la fin du XVIIIe siècle, rue Vauvert, dans la Doutre, donné en 1887 dans cette intention à la Ville d’Angers par Mme Girault-Lesourd. « Je ne connaissais pas le quartier. Mais avec les bénédictines d’un côté, les carmélites de l’autre, on était en bonne compagnie ! Et puis les gens se sont montrés très accueillants. L’amitié, je l’ai vraiment ressentie dans la Doutre ! »
Sœur Gérard-Noël revoit les soixante-dix petites pensionnaires placées là par les juges ou les assistantes sociales. « Les petites, les moyennes, les grandes. Les plus jeunes avaient trois ans seulement. Les plus âgées quittaient la maison à dix-huit ans après plusieurs années chez nous. » Elle revoit également les dortoirs qui accueillent fillettes et adolescentes par tranche d’âge : à raison de deux monitrices par étage, « Nous partagions leur quotidien jour et nuit, nous dormions au dortoir aussi ».
La dureté et les difficultés de la vie n’avaient pas épargné ces enfants. Problèmes de violences, d’alcoolisme, de mœurs parfois. Chez elle, une petite n’avait jamais dormi ailleurs qu’avec les lapins. Une autre revient un jour d’une visite chez ses parents la jambe et le pied ébouillantés par une belle-mère méchante. Une autre fois, c’est un père qui veut récupérer sa fille et menace d’aller chercher son fusil…
Comme tout éducateur, la religieuse connaît avec certaines de ses jeunes des moments plus difficiles. « Un jour, l’une a fugué. Le soir, elle n’était toujours pas rentrée. J’ai attendu et elle est finalement rentrée à 4 heures du matin, en se jetant à mon cou… Je relisais l’évangile de l’enfant prodigue ! »
De son parcours au foyer d’Ambray, sœur Gérard ne veut retenir que les bons moments. « Au fond, leur famille, quand elles en avaient, beaucoup ne pouvaient pas compter dessus. Alors, on essayait de compenser. Ce que je n’avais pas reçu, je voulais le leur donner ! »
Il arrive qu’une anecdote vienne atténuer un souvenir grave… Comme ce jour où il faut obtenir la signature d’une maman pour hospitaliser son enfant. Problème : la mère travaille du côté des quais, dans une maison de passe. Les religieuses s’y rendent à deux, on les laisse monter et frapper à la porte de la dame. En redescendant, le papier signé à la main, elles sont abordées par un « beau monsieur en costume » qui propose de les reconduire. Sœur Gérard s’amuse encore de sa réponse-réflexe : « Merci, mais mon mari m’attend, il est en bas dans la voiture… ». Et elle ajoute en riant : « Je n’avais pas réfléchi, nous étions toutes les deux en habit de religieuses ! »
Une enfant arrivée au foyer ne voulait pas quitter sœur Gérard pour aller à l’école. Au bout d’une semaine, elle se dit qu’il fallait trouver « un truc » pour que la fillette aille à l’école. Une nuit, elle se réveille avec une idée de génie ! Le matin, elle prend un petit flacon, l’ouvre et souffle dedans, le passe sur ses vêtements et le ferme vite. Elle dit à l’enfant : quand tu vas penser à moi, tu l’ouvres, tu sens et tu le refermes vite, et après tout ira bien. Cela a fort bien marché, la petite est contente à l’école.
Sœur Gérard, à sa retraite, a voulu rester à Angers, pour être près de ses filles. Elle habite au foyer situé rue Henri-Hamelin à Belle-Beille, où elles viennent souvent la voir. Une résidente du foyer demande à l’une d’elles : « C’est qui pour vous sœur Gérard ? », « Ma mère », répond-t-elle ! « Elle ne peut être votre mère, c’est une religieuse. » Ma réponse : « Une mère, c’est celle qui vous aime, s’occupe de vous, vous apprend à devenir autonome, donc ma mère, c’est bien elle ! »
Jean Monnier, maire d’Angers, lui a remis la médaille du Mérite. Quelques-unes de ses filles étaient là, leurs prises de parole furent très émouvantes. Nous avons appris que beaucoup d’entre elles la choisissaient pour être marraine de leur premier enfant… Sœur Gérard fut 220 fois marraine ! Depuis quelques années, elle vit retirée à l’Ehpad de La Pommeraye.
Récit dû à Yves Durand. Qu’il en soit remercié, ainsi que Geneviève Teisseire-Jeanneteau, qui a souvent rencontré sœur Gérard-Noël.
ACTUALITÉ DES ARCHIVES
En 1792, la municipalité a entrepris de supprimer toutes les références anciennes ou religieuses des noms de rues, pour les rebaptiser de noms patriotiques… Une brochure est publiée cette année-là, formant « dictionnaire ». Elle expose la philosophie de l’affaire. « Pourquoi faire un si grand changement, il fallait se borner à celui qu’exigeaient les rues et les places nouvelles ? Dans un système complet, il faut que tout se corresponde. […] En substituant aux rues Chapronnière, rue Petite-Mulle, rue Boeuf-Couronné, rue Tuliballe, etc., les noms des Mabli, des Penn, des Mirabeau, nous avons voulu présenter des idées d’admiration, de reconnoissance et d’instruction, et faire, de ceux qui étaient déjà Français, des citoyens. […] Les véritables noms des rues d’une ville peuplée de citoyens libres sont les noms des vertus morales et des bienfaiteurs du genre humain. » Les nouveaux noms de rues se retrouvent en répertoire publié dans l’Almanach du département de Maine-et-Loire de 1793 publié par Mame. SB.
Voici la liste des noms de fontaines et de puits publics de la ville pour 1793.
Fontaine des Vignes
Puits de la Révolution (= fontaine Lionnaise)
Fontaine de la Fédération (= Saint-Nicolas)
Puits de la Coulée (= Saint-Mathurin)
Puits de l’Union (= de la Laiterie)
Puits de la Tolérance (= Puits Rond)
Fontaine de la Bonne Foi (= Pied-Boulet)
Puits de la Constitution (= Saint-Maurice)
Fontaine Démocrate (= de l’Écorcherie)
Puits du Pasteur Choisi (= Porte Angevine)
Puits des Patriotes (= du cimetière Saint-Maurille)
Puits des Électeurs (= Saint-Martin)
Puits de l’Égalité (= place Monsieur)
Puits de la Commune (= de l’Hôtel de ville)
Fontaine du Ralliement (= Saint-Pierre)
Puits de la place Boston (Porte Toussaint)
PHOTO MYSTÈRE
Il y a du monde sur la charrette ! Pour quoi faire, pour aller où ? Le but de ce transport ne nous échappera pas, grâce à l’arrière-plan de la photographie. Il ne sera probablement pas assez visible pour vous étant donné le format de parution. Mais vous pourrez sans doute lever le mystère pour ce qui est de la rue où nous nous trouvons. RDV le 11 janvier.
ÇA S’EST PASSÉ LE…
21 décembre 1846 : Naissance de Jules Bordier
Banquier (rue du Mail), compositeur et homme d’action, Jules Bordier est à l’origine de l’Association artistique des concerts populaires, fondée en 1877 avec Louis de Romain, homme de plume au style superbe, et Alfred Michel. Bordier n’avait pas le caractère facile, ses critiques étaient parfois acerbes, si bien qu’aucun homme n’a été plus attaqué et que nul plus que lui « n’a éprouvé la vérité de cette antique parole qui veut que personne ne soit prophète en son pays » (journal « Le Moustique », 23 avril 1887). Il préside l’association jusqu’à sa dissolution en 1893, ce qui contribue sans doute à hâter son décès, trois ans tard. Il ne voit donc pas la renaissance de l’association en 1898.
Non seulement il avait de nombreuses relations avec tous les musiciens français de l’époque, comme Massenet, Gounod, Vincent d’Indy, Chabrier…, ce qui fut grandement profitable aux concerts populaires, mais sa musique – aujourd’hui oubliée - a parcouru la France et l’Europe : « Chatterton », musique adaptée du drame d’Alfred de Vigny ; « Nadia », opéra donné à Paris en 1887 et à Bruxelles l’année suivante ; « Méditation » sur le 7e petit prélude de Bach ; « Lorelei », ballade pour chœur d’hommes et orchestre (1890)… C’était aussi un fervent wagnérien. Sa bibliothèque musicale était l’une des plus riches collections particulières de France. La Bibliothèque municipale possède le fonds de partitions de ses œuvres et les Archives patrimoniales d’Angers les premiers livres d’or des concerts populaires. SB.
