Le roi René, un roi de légende

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Le roi René, un roi de légende
Soirées féeriques au jardin des Beaux-Arts
Photo mystère
6 avril 1562 : Angers aux mains des protestants

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CHRONIQUE 
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers

LE ROI RENÉ, UN ROI DE LÉGENDE

Le roi René est partout, dans la topographie, le commerce, les bâtiments, le tourisme… Pourquoi une telle gloire posthume, qui vaut celle d’un Henri IV ? Tous deux sont d’ailleurs également qualifiés de « bons rois » et font l’objet d’une « imagerie » populaire similaire : le premier remplace la redevance d’un pêcheur par une platelée d’ablettes ; le second permet à toutes les familles de mettre la poule au pot…

La fortune historique du personnage tient sans doute à son histoire extraordinaire, durant sa vie, longue pour l’époque (1409-1480). Personnalité riche et complexe, souverain à la tête, sinon de vastes domaines, du moins de titres prestigieux, il est tour à tour chef de guerre, mécène et écrivain, prince généreux, amateur de nature et de vie solitaire. Le goût pour un Moyen Âge idéalisé a trouvé en lui le « paladin idéal ». 

Fils cadet de Louis II d’Anjou et de Yolande d’Aragon, René Ier d’Anjou n’était pas appelé à se retrouver dans la pleine lumière des combats franco-anglais de la guerre de Cent Ans, de la querelle entre Armagnacs et Bourguignons, des intrigues diplomatiques des villes italiennes et, pour finir, dans la toile d’araignée de Louis XI. Duché de Bar, marquisat de Pont-à-Mousson, duchés de Lorraine et d’Anjou, comté de Provence, royaumes de Sicile, d’Aragon et de Jérusalem lui valent autant d’infortunes : défaite de Bulgnéville en 1431, geôles du duc de Bourgogne pendant plusieurs années, énorme rançon, évanouissement du mirage italien…, sans compter les épreuves personnelles avec les décès successifs de son épouse Isabelle de Lorraine, de son fils Jean de Lorraine, de son petit-fils Nicolas. Cette vie mouvementée, digne d’un roman, vaut au roi René la sympathie des historiens qui ont forgé autour de sa personne, peu à peu, un mythe.

Jean de Bourdigné le premier, en 1529, dans son Histoire aggregative des annales et chronicques d’Anjou, fait du roi René un prince modèle, juste, plein de cœur, chevaleresque. Les historiens du XVIIe siècle lui attribuent au surplus une bonté qui va devenir peu à peu un trait de caractère. C’est un écrivain du XVIIIe siècle, l’oratorien Jean-Pierre Papon, qui crée le parallèle entre Henri IV et le roi René, dans son Histoire générale de Provence

Le goût pour un Moyen Âge « gothique troubadour » met le roi René très à la mode dans la première moitié du XIXe siècle. Les légitimistes en font leur étendard pour promouvoir la cause de la royauté : René est le modèle du souverain idéal. Dans cette ligne, paraissent en 1825 les trois volumes fondamentaux du vicomte François de Villeneuve-Bargemont, Histoire de René d’Anjou, qui élèvent le prince au rang des « rois immortels ». En Anjou, François Grille, Paul Marchegay, Victor Godard-Faultrier et surtout Théodore de Quatrebarbes travaillent à faire connaître le roi René sous les couleurs les plus favorables. Le prince angevin incarne désormais le symbole du brillant passé de l’Anjou. 

Le 23 juin 1830, le conseil municipal d’Angers attribue le nom du roi René au nouveau boulevard, entre le carrefour du Haras et la place de l’Académie, « ce bon roi dont le souvenir ne doit jamais s’effacer de notre mémoire ». Cette décision est rapportée par la nouvelle municipalité issue de la révolution de 1830. Le 1er décembre 1830, en même temps que la place Charles X reprend son nom de place du Ralliement, le roi René cède son boulevard à un nom commun, les Lices, évoquant l’endroit où se déroulaient les tournois. 

En 1844-1846, le comte de Quatrebarbes consacre quatre volumes à l’édition des Oeuvres complètes du roi René. Un an plus tard, en partie grâce au produit de son ouvrage, il offre à la ville la statue du roi René qu’il a commandée à David d’Angers. Le conseil municipal prend à sa charge le piédestal et la réalisation des douze statuettes ajoutées par le sculpteur. La statue est installée le 1er juin 1853, prélude aux grandes fêtes historiques des 5-7 juin. C’est la première qui est érigée sur une place publique de la ville, symbole « légitimiste » face au projet, en cours depuis 1836, d’élever une statue à Beaurepaire. Le souverain y apparaît dans l’éclat de sa jeunesse, comme un page du XVe siècle. Il regarde vers le boulevard des Lices, qui lui est à nouveau dédié le 1er juin 1883. 

Il y a déjà beau temps que la littérature, la musique, le commerce, l’industrie… se sont emparés de l’image du roi René. Le compositeur Hérold ne crée-t-il pas à Paris un opéra-comique intitulé Le Roi René ou la Provence au XVe siècle en 1824 ? Les Angevins ne sont pas en reste, avec le drame Le Roi René donné en 1882 au cirque-théâtre, par un auteur resté anonyme. En 1937, la reconstitution d’un tournoi du roi René sert de prologue à la fête des Vins de France. Les commerçants utilisent aussi l’image du prince. Le parfumeur Auguste Clavreul dépose en 1889 la marque d’un « Élixir anti-odontalgique du bon roi René », premier des nombreux produits estampillés « roi René ». 

La postérité du « bon roi » est immense, en Provence et en Anjou principalement, beaucoup moins en Lorraine où l’on ne pense pas toujours que c’est par l’Anjou et le roi René que la croix d’Anjou est devenue la croix de Lorraine. 

ACTUALITÉ DES ARCHIVES

SOIRÉES FÉERIQUES AU JARDIN DES BEAUX-ARTS

Un nouveau document aux Archives patrimoniales

Une belle affiche illustrée vient de rejoindre, grâce au don fait par un Angevin, les huit mille affiches déjà conservées aux Archives patrimoniales : elle annonce pour les 11 et 12 juillet 1936 des Soirées féeriques au jardin des Beaux-Arts. Si les Fêtes anglo-angevines de 1939 sont bien connues, de même que la Fête nationale des vins de France de 1937, celle de 1936 est tombée dans l’oubli. 

Et pourtant, ces deux soirées féeriques devaient marquer les esprits, animées par les Ballets lumineux créés par Mlle Souleïma, première danseuse de l’Opéra et de l’Odéon, et présentés au milieu de « bosquets ardents » : 120 costumes, 1 500 coloris et l’embrasement final du jardin… L’illustration de Zanardi, qui travaille beaucoup pour les commerçants angevins dans les années trente, en donne une idée. 

Ces soirées, c’est à un comité de quarante commerçants d’Angers qu’on les doit, « pour rénover l’ère des fêtes à Angers, donner un peu de joie, d’animation », comme l’écrit « Le Petit Courrier » du 12 juillet. Depuis 1925, il n’y a pas eu de grandes manifestations à Angers. La Société des fêtes connaît des difficultés, au point d’avoir l’intention de démissionner pour permettre une réorganisation sur des bases nouvelles, mi-municipales, mi-commerçantes. Dans ce contexte, le groupement des quarante tente une expérience. Chacun investit dans l’affaire mille francs de garantie. « C’est un beau geste que nous devons encourager », indique le maire en réunion de commission et le conseil leur attribue une subvention.

La première soirée paraît réussie, malgré le froid et la pluie qui menace. La Musique municipale prête son concours, le corps de ballet évolue sur la musique de Peer Gynt. La danse endiablée des esprits de la montagne et les nymphes de l’aurore conviennent admirablement au cadre verdoyant du jardin. « Féerie, enchantement des yeux, tableaux de rêve, visions merveilleuses, c’est tout cela que vous irez applaudir encore ce soir », conclut le journaliste du « Petit Courrier ». 

Hélas non, il n’y eut pas de deuxième représentation, annulée au dernier moment devant la pluie, plus menaçante que la veille. Et la foule qui piétinait à l’entrée du jardin de s’en retourner fort déçue, mais certainement moins que les organisateurs qui, dans l’affaire, ont mangé à peu près tout leur capital : 35 000 francs sur 40 000… SB.

PHOTO MYSTÈRE

Ce bel espace de verdure invite à s’asseoir, pour respirer… et peut-être plus si l’on en juge par les chaises disposées en arc de cercle : assister à un spectacle, à un concert ? Le cliché a été pris en 1975. Qu’est devenu cet endroit depuis cinquante ans ? RDV dimanche prochain ! SB

ÇA S’EST PASSÉ LE…

6 avril 1562 : Guerres de religion. Angers aux mains des protestants

Le 2 avril, l’armée des protestants de Condé prend la ville d’Orléans. En quelques semaines, Tours, Angers, Blois, Le Mans, puis Rouen, Valence, Lyon tombent aux mains des insurgés. À Angers, quatre meneurs s’emparent des points stratégiques de la ville, une cité qui est la clef de toute la région. Au sein d’un vaste réseau hydrographique, elle ouvre le passage à la fois vers le nord et vers le sud. « La cité d’Angiers a esté prinse entre mynuict et une heure entre les jours de dymanche et lundy cin et sixiesme jours d’apvril 1562 après Pasques, écrit le curé de Saint-Pierre dans le registre de sa paroisse, et ce par les Huguenotz, ennemis de nostre église et religion. » Ils remplacent les catholiques dans les plus importantes charges royales : Jean Dureil est nommé gouverneur d’Angers et Jean Tillon, commandant. On décide de mettre en place une garde municipale mixte composée de 70 huguenots et de 60 catholiques. Les statues de saints sur l’autel de la cathédrale sont détruites, la châsse des reliques de saint René est brûlée. La ville est reprise par les catholiques le 6 mai. SB.