La ville découvre le Tour de France

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La ville découvre le Tour de France
Jules Lecoq lance en 1950 un appel pour sauver les musées de la ville
Photo mystère : rue Chapelière et montée Saint-Maurice
Réaction des Angevins face aux attentats de Paris du 13 novembre 2015

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CHRONIQUE 
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers

1903 : PASSAGE DU PREMIER TOUR DE FRANCE À ANGERS

De 1903 - date de la création du Tour de France - à 2025 avec le Tour de France Femmes, la grande épreuve cycliste a fait étape dix-sept fois dans la ville, vingt-et-une si l’on compte les simples passages. C’est précisément le cas lors de la première épreuve en 1903 : l’un des contrôles de l’étape Nantes-Paris est installé à Angers. La Grande Boucle n’est alors fractionnée qu’en six étapes, d’environ 400 km, avec un à trois jours de repos entre chacune d’elles : Paris (départ de Montgeron)-Lyon, Lyon-Marseille, Marseille-Toulouse, Toulouse-Bordeaux, Bordeaux-Nantes, Nantes-Paris (Ville-d’Avray). Pour la première fois, une compétition cycliste se déroule sans entraîneurs. 

Le 19 janvier 1903, pour faire pièce au journal Le Vélo qui organise les courses Paris-Brest et Bordeaux-Paris, Henri Desgrange, directeur du journal L’Auto, annonce une course qui doit être la plus grande épreuve sportive cycliste du monde. Le Petit Courrier relaye l’information à Angers le 21 janvier . L’inspecteur général de L’Auto, Abran, sillonne la France pour organiser les différents contrôles. 

Il est à Angers le 16 juin et fait au Café du Sport, siège de l’Auto-Véloce-Club, place Lorraine, « une causerie sur la gigantesque épreuve du Tour de France » (Le Petit Courrier, 17 juin). Devant les sociétés cyclistes, Maurice de Farcy, président de l’Auto-Véloce-Club-Angevin (AVCA) ; Louis Cointreau, vice-président et correspondant de L’Auto ; Baudrier-Letourneau, président du Vélo-Doutre Angevin, les coureurs angevins René Salais et Léon Durandeau, Abran parle de la suppression des entraîneurs qui rendra plus sportive la manifestation. Comme il n’y a pas de chronométrage, les coureurs devront s’arrêter périodiquement pour signer des feuilles de route indiquant l’heure de leur passage.

Le 1er juillet, le départ est donné à 15 h 16. René Salais, coureur de l’AVCA, se classe vingtième, accomplissant les 467 km de l’étape en 23 h 42’ 40’’. Quant à Durandeau, annonce Le Petit Courrier du 4 juillet, « il pédale probablement encore ! ». Le lendemain, le journal rectifie : le populaire Durandeau est arrivé trois heures après la fermeture. Il part cependant pour la 2e étape. 

Dans la 3e étape ouverte le 8 juillet, Salais souffre du mistral. « Nous ne savons pas s’il a eu le bonheur d’arriver à Toulouse avant la fermeture du contrôle, mais nous avons suivi dans L’Auto sa course jusqu’à Carcassonne », indique le même journal. Bonne nouvelle pour les Angevins le 16 juillet ! Salais s’est classé 15e dans la 5e étape Bordeaux-Nantes. Cette fois, le grand jour se prépare pour Angers. Le 18 juillet au soir, les coureurs doivent passer par Angers, s’arrêter au contrôle organisé au Café du Sport, place Lorraine, reprendre la route pour gagner Saumur. Le contrôle est dirigé par Louis Cointreau, assisté des sociétés cyclistes, du mécanicien Méhaux et d’Abran. 

Et le 18 juillet, dès 9 heures du soir, quelques dizaines de spectateurs envahissent la place Lorraine. À 10 h moins le quart, une dépêche signale le passage à Ancenis du peloton de tête à 9 h. À 10 h 25, Abran, qui a donné le départ à Nantes, arrive au contrôle d’Angers. À 11 h 07 précises, le groupe de tête, dans lequel figure Salais – l’honneur est sauf ! – signe le contrôle. Les coureurs roulent toute la nuit sous le ciel étoilé et arrivent au petit matin à Ville-d’Avray, Maurice Garin le premier à 2 h 09, René Salais le 11e, à 3 h 11. Après avoir signé le contrôle, les coureurs se rendent au vélodrome du Parc des Princes pour la remise des prix. Ils y pénètrent suivant leur ordre de passage à Ville-d’Avray. Ainsi s’achève cette épreuve « colossale » de 2 428 km à bicyclette ! Le vaillant Salais termine 17e du classement général. Il a effectué 28 h 36’ 54’’ de plus que le vainqueur de l’épreuve, Maurice Garin, en roulant à 19 km/h de moyenne. Une bonne performance, car des 59 coureurs qui ont pris le départ, seuls 21 ont franchi la ligne d’arrivée.

Le 23 juillet, Salais rentre à Angers. Sa première visite est pour Le Petit Courrier qu’il remercie d’avoir signalé ses performances. Dans l’interview, il signale avoir souffert du manque de soins dans la plupart des contrôles où tout était réquisitionné pour le peloton de tête. Courant sur une seule et même machine de sa fabrication, il n’a pas été soutenu par les grandes maisons de cycles qui ont mis au service de leurs coureurs des bicyclettes de rechange à tous moments et les ont fait suivre par des soigneurs en automobile.

En 1936, Angers est pour la première fois capitale d’étape, grâce aux anciennes relations d’amitié du colonel André Bertin, grand animateur du sport angevin, avec Henri Desgrange. En 1963, la ville connaît sa première étape contre la montre. En 1967 et 1972, elle accueille même le départ du Tour de France.

ACTUALITÉ DES ARCHIVES

GRÂCE POUR NOS MUSÉES !

C’est un appel que lance Jules Lecoq, « le Vieil Angevin », dans Le Courrier de l’Ouest du 10 janvier 1950. Il s’inquiète pour les musées d’Angers. Ils reviennent de loin, il est vrai, ayant failli disparaître dans les bombardements et les incendies de la Libération en 1944 :

« Notre « grand musée » est un peu déconcertant. Or, il y a quelques jours, il y eut conférence sur « les richesses de nos musées »… L’assistance, paraît-il, fut maigre ! Rien d’étonnant, si l’on songe à la pauvreté actuelle de nos galeries. 

Les vicissitudes de la guerre ont dispersé un peu partout les tableaux des galeries de peinture ; on en trouve en particulier dans toutes les salles et les bureaux de l’hôtel de ville. Et que dire du musée de sculpture ?

Sans attendre la construction projetée d’une grande salle, voici que l’on vide à tour de bras les galeries où sont entassés des moulages et des oeuvres qui en étaient la richesse. À la queue leu leu, sont parquées sous les cloîtres de nombreuses statues délogées comme de vulgaires locataires, ou encore amoncelées au bas du grand escalier de la bibliothèque, me rappelant ainsi le spectacle des « macchabées » de Buchenwald qui attendaient pêle-mêle dans les coins le passage à l’égalitaire crématorium. [sic].

Heureuses les oeuvres qui restent encore à peu près intactes ! Tel n’a pas été le sort du grand moulage unique de la statue de David par Noël et d’une oeuvre maîtresse d’un sculpteur angevin encore vivant. Ils ont été brisés ou sciés par morceaux, ensevelis dans une cave et j’ai vu, de mes yeux, la destruction de leurs socles en bois à coups de hache, dans la cour dudit musée, il y a un an ! […]

Devons-nous rester impassibles devant le… déménagement à Parthenay, à Fouilly-les-Oies et ailleurs de notre patrimoine municipal, sous prétexte d’échanges ? Pouvons-nous assister béatement au pompage des vitrines de nos autres musées, quitte à voir les collections expulsées réclamées par des héritiers qui guettent la non exécution des testaments ? […]

L’avenir touristique de notre cité est en jeu et c’est le second « cri d’alarme » que je jette, et je crie comme jadis Bonchamps pour des prisonniers : « Grâce pour nos musées ! » SB.

PHOTO MYSTÈRE

Là encore, tous les bâtiments visibles ont été détruits, à l’exception du plus récent d’entre eux, celui du nouveau centre social de la Caisse d’allocations familiales, inauguré au bas de la montée Saint-Maurice le 15 décembre 1961. Le grand immeuble qui domine cette nouvelle construction date du XVIIIe siècle et s’ouvre sur la rue Baudrière. La rue Chapelière évoque l’ancienne porte de ce nom, louée par les premières municipalités pour servir d’hôtel de ville (1475-1484). Avant d’être ainsi dénommée en 1881 pour conserver un nom resté très populaire à Angers, la rue n’était que le simple prolongement de la rue du Port-Ligny. Ce cliché présente d’autres intérêts. Il montre que l’on pouvait trouver un garage en pleine ville, dans une petite rue resserrée, ici le garage Bourmeyer à droite, dont la vitrine ressemble plutôt à celle d’un café. À sa gauche s’élève la façade latérale des bains-douches, construits sur des plans de 1913 et inaugurés en septembre 1924. SB.