Page histoire du Courrier de l'Ouest, 26 octobre 2025
Sommaire de la page :
Premières illuminations de Noël
Claude Chauvière, secrétaire et filleule de Colette
Photo mystère
26 octobre 1796 : la création des Archives départementales
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CHRONIQUE
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers
PREMIÈRES ILLUMINATIONS DE NOËL
Après les sombres années quarante, où le noir était la couleur dominante…, la lumière commence à jaillir de partout dans les années cinquante. On renforce l’éclairage urbain en développant l’utilisation des néons ; on commence à éclairer les monuments. La route lumineuse d’Angers à Saumur est inaugurée en 1952.
C’est aussi l’année où le très actif comité des commerçants de la rue Lenepveu a l’idée d’illuminer sa rue pour Noël. Une nouveauté onéreuse qui va rester de longues années à la charge des commerces, la municipalité ne souhaitant pas participer au financement. Mais les commerçants sont motivés. « Créer l’ambiance est en effet un artifice nécessaire pour le négoce. » (« Ouest-France », 19 décembre 1955). La rue Lenepveu est l’une des plus passantes. Les vitrines sont attrayantes. Son comité est très à la page, mené par le pharmacien Pierre Branchereau (au n° 1) ; Henri André (vêtements au n° 17) vice-président ; Maurice Pierre (tissus, confection au n° 26) secrétaire et surtout Paul Manon (coiffeur-parfumeur au n° 22 bis), le dévoué trésorier. Quatre mille ampoules éclairent la rue a giorno. Les motifs décoratifs des guirlandes sont renouvelés tous les deux ans : roses et demi-soleils ; grappes de raisin, inspirées de la fête des vins ; profil du peintre Lenepveu, du côté de la place du Ralliement, que d’aucuns ont pris pour Don Quichotte… ; étoiles ; anneaux inspirés des Jeux olympiques ; cloches ; couronnes… Le décor se clôt place du Pilori, parfois réuni en faisceaux pour former comme une tonnelle de lumière.
L’exemple de la rue Lenepveu se propage aux principales rues du centre-ville si bien que pour Noël 1955, la presse s’autorise à parler de « féerie lumineuse » et même de « ville lumière ». La rue d’Alsace se distingue, là aussi grâce à un comité de commerçants particulièrement dynamique, avec Joubert (porcelaines et cristaux), Alzieu (photographie) et Mittler-Charrier (optique médicale). Sans compter Robert Durand, propriétaire du garage la Station Bleue, boulevard du Maréchal-Foch, qui met des locaux à disposition du comité, notamment pour le cocktail d’inauguration des lumières de la rue d’Alsace, le 21 décembre 1955 : « Rien de semblable n’avait été jusque-là réalisé, se félicite le comité. Ce véritable tunnel formé de milliers d’ampoules multicolores jouant avec les clignotants des enseignes des magasins aux luxueux étalages constitue une merveille de bon goût. »
D’autres voies participent à la fête : rues de la Roë, Plantagenêt, Voltaire, Saint-Aubin, rue des Lices et même des artères plus modestes, comme les rues Parcheminerie et Pocquet-de-Livonnière. En 1956, les rues Bressigny, Baudrière, du Haras et la place de la Gare entrent dans la danse. Au début des années soixante, les illuminations gagnent les quartiers dits « périphériques » : la Doutre, la Chalouère et la Brisepotière, l’avenue René-Gasnier, le centre commercial de Lorette… La mode est aux guirlandes multicolores : les jaune, rouge, vert, bleu dominent. Rares sont les décors blancs, comme celui de la rue d’Alsace en 1956. Encore est-il enjolivé de motifs dorés.
Chaque rue s’illumine d’abord individuellement, puis, au bout de quelques années, le système devient commun et toutes s’allument et s’éteignent à la seconde. Impossible alors de choisir des horaires personnalisés. On se calque donc sur ceux des grandes rues commerçantes : Lenepveu, Alsace, Lices. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, l’amplitude est plus large que celle d’aujourd’hui. Les guirlandes s’allument pour la fête du 11 novembre et pour la foire Saint-Martin. Elles ne s’éteignent qu’au 15 janvier.
Si la Ville ne participe pas à ces festivités, elle s’occupe de plus en plus à décorer les différents quartiers : Félicitations, écrit le journaliste du « Courrier de l’Ouest » le 24 décembre 1966, aux services des Parcs et Jardins et de la Voirie qui disséminent un peu partout en ville d’immenses sapins tout brillants d’ampoules électriques rouges, bleues, vertes, jaunes, blanches, comme places du Général-Leclerc, André-Leroy, Sainte-Thérèse, des Justices… Les édiles souhaitent aussi rendre attractif le principal boulevard d’Angers, le boulevard du Maréchal-Foch. Les maquettes en bois des deux tours Saint-Aubin de la Quinzaine commerciale feraient l’affaire, illuminées par des « réflecteurs ». Comme il est impossible de tendre des guirlandes tout le long du boulevard, sur lequel les fils sont déjà trop nombreux, on songe en 1956 à placer sur les façades des commerces des motifs lumineux.
En 1966, 20 000 ampoules sont nécessaires pour les illuminations. Tout est mis en place par l’électricien angevin André Rahard et son équipe spécialisée, une entreprise située rue Georges-Crousil à Angers. Elle est aussi chargée des éclairages du festival d’art dramatique d’Angers, des Floralies de Martigné-Briand et de la route lumineuse d’Angers à Saumur.
Le coût des illuminations représente une charge importante. Aussi certaines années sont-elles moins lumineuses que d’autres, comme en 1963. Les commerçants doivent innover sans cesse : fond musical sonore pour la rue Voltaire en 1956, organisation par tous les comités d’un grand concours « Les rues de la lumière » en 1962, ouverture en nocturne pour la rue des Lices l’année suivante, sans compter les nombreuses opérations commerciales étalées tout au long de l’année, pour renouveler la trésorerie…
ACTUALITÉ DES ARCHIVES
CLAUDE CHAUVIÈRE, SECRÉTAIRE ET FILLEULE DE COLETTE
Son regard est un peu triste, perdu dans le vague. Elle tient un livre. Sa famille était originaire de Beaufort-en-Vallée et toute la presse de l’entre-deux-guerres ne manque pas d’évoquer, presque à chaque article, ses origines angevines. Au cours de sa vie, elle a un peu brodé sur sa jeunesse, se prétendant orpheline de 18 ans sans famille, sans travail, sans argent.
Ses talents de romancière sont mis en valeur dans des articles élogieux et notamment encore en 1945 par Henry Coutant dans la revue « La Vie angevine », lors de l’élection de Colette à l’Académie Goncourt. C’est qu’en effet elle avait été secrétaire de Colette de 1923 à 1926 et les deux femmes de lettres étaient restées très amies. H. Coutant rappelle l’épisode de la conversion de Claude Chauvière après son séjour thérapeutique à l’Esvière en 1928, où elle se remettait d’une fièvre typhoïde qui lui avait fait perdre la voix. Âme sensible et généreuse, écrit-il, elle s’était évadée du matérialisme jusqu’aux sommets de la foi et au baptême. Pour l’occasion, elle choisit Colette comme marraine et celle-ci vint à Angers assister son ancienne secrétaire.
« On a gardé au Cheval-Blanc [l’hôtel alors le plus réputé d’Angers], écrit encore H. Coutant, le souvenir d’un déjeuner sensationnel qui, pour marquer ce jour béni, réunit dans une atmosphère émouvante d’affectueuse sympathie, ceux qui avaient participé à cette rénovation d’une âme. » Ce séjour lui inspira le beau livre « La Rampe d’or. Souvenirs d’un monastère », édité par la Bibliothèque angevine en 1938.
Ses ouvrages sont aujourd’hui bien oubliés, sauf peut-être sa biographie de Colette publiée en 1931 chez Firmin-Didot dans la collection « Visages contemporains » : un portrait sur le vif qui évoque la vie intense de l’écrivain. SB.
PHOTO MYSTÈRE
Le cliché montre une ville passablement engorgée par la circulation automobile, d’autant qu’à ce carrefour, des ouvriers s’activent sur un chantier. Il montre aussi une ville à l’urbanisme très dense et très hétéroclite, évoquant des constructions médiévales désordonnées, même si à cet endroit les immeubles ne remontent pas au-delà du XVIIIe siècle. Bonne réflexion et à dimanche prochain pour la solution ! SB.
ÇA S’EST PASSÉ LE…
26 octobre 1796 : Création des Archives départementales
Depuis la suppression des institutions d’Ancien Régime par la Révolution, les archives des anciennes juridictions, des intendances, des abbayes, des évêchés… étaient en déshérence. Les conseils du Directoire, Conseil des Anciens et des Cinq-Cents, prennent des mesures d’urgence par la loi du V brumaire an V ordonnant la « réunion prompte » des titres et papiers acquis à la République dans des dépôts publics. Les administrations centrales des départements devront les rassembler au chef-lieu, dans les édifices destinés à leurs séances. Cette loi et la suppression en 1795 des districts obligent l’administration du département à revenir s’installer à l’abbaye Saint-Aubin, le couvent des Jacobins, où elle avait son siège depuis 1792, étant trop petit. Le transfert est demandé dès le 27 novembre. SB.
