Bessonneau crée le premier stade

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Bessonneau crée le premier stade
Une brochure d'un agent immobilier vante Angers en 1962
Photo mystère
23 novembre 1869 : Changements importants dans la reconstruction du théâtre

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CHRONIQUE 
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers

BESSONNEAU CRÉE LE PREMIER STADE

Le premier stade d’Angers est dû à une initiative privée. Dans ses débuts, le sport est affaire entièrement privée, aux mains des patronages, des sociétés et des clubs qui se créent peu à peu à partir du milieu du XIXe siècle. Ce sont d’abord le nautisme, la gymnastique et le cyclisme qui en profitent, puis peu après 1900 apparaissent l’athlétisme, la natation et les jeux de ballon, le rugby avec le Racing-Club angevin, le football avec Angers-Université-Club.

Bessonneau père et fils – surtout le fils – vont donner un grand développement aux sports. À la tête de la plus importante entreprise d’Angers, la Société anonyme des Filatures, Corderies et Tissages d’Angers, leurs moyens financiers sont presque illimités. En décembre 1912, ils fondent le Club Sportif Bessonneau, appelé par la suite Club Sportif Julien Bessonneau, puis Club Sportif Jean Bouin, suivant les prescriptions de la Fédération française de football qui ne voulait plus de clubs portant des noms d’entreprise dans ses championnats.

Pour en faire partie, il fallait être salarié de la firme et avoir entre 13 et 21 ans. L’objectif était de procurer aux adhérents une distraction saine et utile et de développer qualités morales et physiques. En quelques jours, le club compte 320 inscrits. Tout était déjà prêt, les bâtiments construits. Le dimanche 29 décembre 1912, c’est le grand jour de l’inauguration ! On se presse dans la splendide salle de gymnastique de la rue Montaigne.

Si, à l’origine du club, la culture physique l’emporte sur le sport, et spécialement sur les jeux de ballon venus d’outre-Manche, considérés par Rodolphe Trachet, directeur sportif du club, comme des déviations ludiques, Bessonneau fils avait tout de même prévu un stade où les jeunes gens pourraient se délasser de leurs exercices musculaires par le jeu et pratiquer des activités de plein air. « Le terrain de sport n’était pas moins nécessaire, indiquent Lennel et Potiron dans leur histoire des établissements Bessonneau, pour la pratique des sports athlétiques et de la course, l’été, comme pour le football en hiver. »

Le stade est installé, aux dimensions réglementaires, rue Saint-Léonard, près de l’institution Mongazon, à l’emplacement de terres horticoles. Il reste au second plan pendant quelques années. Les premières dépenses, modestes (8 260 francs), remontent à 1913. Des matchs s’y disputent déjà, comme celui du 18 mai 1913 opposant l’équipe du CSB à une équipe anglaise. Le CSB porte maillot bleu marine à parements or, culotte blanche, bas bleu et or. La première réunion publique d’athlétisme du CSB sur son terrain de Saint-Léonard se déroule le 14 septembre de la même année. Les journalistes sportifs notent que l’organisation a été parfaite et que le terrain, quoique non complètement aménagé, est « très confortable ».

Le stade n’est véritablement équipé qu’en 1920, selon un projet dessiné par le peintre Paul Audfray en 1918. Le projet de tribunes, avec au fronton central le monogramme CSB, est daté du 19 mai. Malgré les travaux en cours, toutes les épreuves de la réunion d’athlétisme du 2 mai 1920 peuvent se dérouler au stade. 

Lennel et Potiron écrivent en 1920 que l’équipement sportif « comprend maintenant un champ réglementaire de football, autour duquel est tracée une piste de course à pied en cendrée, de 400 m de tour, large de 6 m. Du côté des tribunes, la ligne droite de la piste se prolonge sur toute la longueur du terrain pour y faire disputer les courses de 100 m plat et 110 m haies. Derrière les poteaux de but du champ de football, il existe quatre grands mâts pour le grimper, des sautoirs en longueur et hauteur et un espace est réservé au lancement du poids. Au centre se pratiquent les lancements du disque, du javelot, de la grenade. De vastes tribunes, pouvant contenir plus de deux mille spectateurs, ont été élevées et sont déjà trop petites les jours où se dispute quelque match sensationnel. Il y a aussi un confortable vestiaire, des bureaux, une salle de réception pour les clubs étrangers, une salle de massage, des douches froides et un vaste lavabo. »

L’ensemble s’étend sur 40 420 m2 et revient à la somme de 1 127 453 francs. Désormais, en dehors des matchs disputés par le club, de grands événements sportifs peuvent être organisés chaque année au stade Bessonneau. Un plan en est conservé pour 1924. L’accès principal se fait du côté de la rue de Messine, par la rue de Tunis. Les tribunes se trouvent sur le côté opposé à la rue Saint-Léonard, vers la propriété de la société du Grand-Colombier. Neuf terrains spécialisés – basket et tennis – entourent le terrain de football. Après 1945, le SCO – fondé en 1919 d’abord pour pratiquer le football – y joue ses rencontres officielles. En 1955, le stade devient municipal.

ACTUALITÉ DES ARCHIVES

L’immobilier fait souvent l’objet d’articles de presse et, en tout cas, compte parmi les préoccupations de beaucoup. On croit que certains slogans sont nouveaux, mais il n’en est rien. C’est ce que montre la superbe brochure de Jacques Courtois, « conseil immobilier, administrateur d’immeubles, transactions immobilières », imprimée à Paris en 1962 et conservée aux Archives patrimoniales d’Angers dans le fonds Jean-Adrien Mercier. « On y vient, on s’en souvient, on y revient » lit-on en dernière page. Mais quel rapport avec Angers ? C’est que Jacques Courtois possédait une véritable chaîne d’agences en province, à Tours, Angers, Nantes, La Baule, Bordeaux, Bayonne, Saint-Jean-de-Luz, Nice et Menton, soit neuf agences, baptisées majoritairement Immobilia, sinon Foncia, Azuria ou Riviera, situées « dans les plus belles régions de France ». La brochure n’est pas illustrée par l’Angevin Jean-Adrien Mercier, mais par le Parisien Pierre-Laurent Brenot (1913-1998). 

Deux pages y sont consacrées à Angers, avec quelques phrases bien senties : « Après une vie de labeur, fixez-vous à Angers », « Pour vos vacances, achetez un manoir en Anjou » ! Et pour commentaire assorti : « On a maintes fois cité l’Anjou comme endroit idéal de séjour et de relaxation. Son climat sédatif par excellence, sa lumière intense bien qu’étrangement tamisée, son ambiance douce et reposante, font que les touristes viennent, plus nombreux chaque été, résider en Anjou où les heures s’écoulent paisibles, calmes, reposantes. En Anjou, la France est plus France qu’ailleurs ! »

Suit une page d’annonces. Voici par exemple une maison 1950 dans le quartier Pasteur, 6 pièces, jardin et garage, proposée pour 80 000 NF, soit seulement 141 214 euros d’aujourd’hui… ; une « superbe propriété » de 30 ha avec maison de maître de 10 pièces sur les bords de la Mayenne à 15 km d’Angers pour 180 000 NF, 315 543 de nos euros… Nous sommes loin de l’échelle des prix actuels ! SB.

PHOTO MYSTÈRE

Voici un très beau magasin Codec ! Alimentation et épicerie fine, dans un style très 1960, avec ses petites vitrines façon sucette : beurre, vins, fromages d’un côté ; bonbons de l’autre. Le commerce expose un superbe régime de bananes. À droite de la porte, on signale que le beurre est extra et vient de Chemillé. Évidemment, à moins de lire les plaques à cet angle de deux rues, ou le nom du commerçant figurant au-dessus de l’entrée, il ne sera pas facile d’identifier la situation de ce magasin. Quoi qu’il en soit, le mystère sera levé dimanche prochain ! SB.

ÇA S’EST PASSÉ LE…

23 novembre 1869 : Changements dans la reconstruction du Grand Théâtre

Le conseil municipal décide d’apporter d’importants embellissements au théâtre en cours de reconstruction. De nouveaux crédits sont votés. L’architecte Auguste Magne, qui a remplacé Alphonse Botrel, propose des modifications à la façade pour augmenter sa monumentalité. L’effet produit par le grand fronton le préoccupe. Cette masse ne lui paraît pas suffisamment reliée aux lignes générales. Il établit donc des demi-rotondes de chaque côté et place en avant deux groupes d’enfants. Ils devaient primitivement être placés aux extrémités de la façade, mais Magne les remplace à cet endroit par un petit dôme en pierre pour équilibrer l’ensemble. 

C’est aussi ce jour que le conseil vote des félicitations à Jules-Eugène Lenepveu, à l’occasion de sa nomination à l’Institut et accepte sa proposition de décorer la coupole intérieure du théâtre : « J’ai reçu de M. Lenepveu une lettre, indique le maire René Montrieux, dans laquelle il demande à peindre le plafond de la salle du théâtre et, guidé par un sentiment de reconnaissance, il offre généreusement son travail à sa ville natale. Dans sa pensée, la décoration du foyer pourrait profiter des sommes ainsi économisées et M. Dauban qui sera appelé à les faire aurait une plus large page à remplir. » SB.