Page histoire du Courrier de l'Ouest, 11 janvier 2026
Sommaire de la page :
Au jardin des Beaux-Arts, un resto universitaire trop exigu
Photo mystère : la rue Beaurepaire inondée en 1936
Un éventail publicitaire des établissements Brisset aux Archives patrimoniales
Le 11 janvier 2016 : Un dimanche de soldes qui fait flop :
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TÉMOIGNAGES D'ARCHIVES, PAROLES DE TÉMOINS
AU JARDIN DES BEAUX-ARTS, UN RESTO UNIVERSITAIRE TROP EXIGU
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers
Le premier restaurant universitaire construit à Angers ouvre 7 novembre 1957, au jardin des Beaux-Arts. Face à la formidable progression de la population étudiante, un an plus tard, la question se pose déjà : « Le nouveau restaurant sera-t-il pour longtemps encore suffisant ? ». En 1964, le RU doit assurer 1 500 repas le midi et le soir 1 200 dîners, alors que chaque service ne peut accueillir que 250 personnes. Un premier agrandissement en 1964-1965 ne règle pas le problème. En 1967, l’Association générale des étudiants d’Angers (AGEA) et l’Union nationale des étudiants de France (UNEF) poussent un nouveau cri d’alarme, en publiant un dossier spécial étudiants sur le RU* :
“ Réservez vos places au RU pour la rentrée 1967 ”
Dans la société d’abondance, le statut actuel de l’étudiant est l’extrême pauvreté. Originaire à plus de 80 % des couches dont le revenu est supérieur à celui d’un ouvrier, 90 % d’entre eux disposent d’un revenu inférieur à celui du plus simple salarié.
[…]
Au Centre national des oeuvres, on le dit, Angers présente, avec Amiens, l’une des situations les plus dramatiques en ce qui concerne les restaurants universitaires. Mais à ceux qui soulèvent le problème, on répond : « Tout sera réglé à la rentrée 67 : à Angers, on construit. »
Le but de ce dossier est de montrer que, si le premier point de vue est malheureusement fondé quant à la gravité de la situation, par contre, le second point de vue « Tout sera réglé à la rentrée 67 », laisse rêveur…
Un aperçu historique
Actuellement, il existe à Angers un seul restaurant universitaire, le restaurant du jardin des Beaux-Arts (35 bd du Roi-René) qui fonctionne depuis 1957. La construction de ce restaurant, décidée en 1954, ne fut achevée qu’en 1957 : bien que l’idée eût été lancée dès 1952 par M. le préfet Morin, il avait déjà fallu deux années pour obtenir la décision, puis trois années entre cette décision et l’ouverture. Dès 60-61, il y a problème : prévu pour 500 étudiants (252 places assises), 1 000 repas doivent y être servis tous les midis.
[…]
L’histoire du RU est une suite de retards, de promesses non tenues, de mesures sans cesse reportées et déjà insuffisantes au moment même où leur application est décidée… […] Les prévisions sur la montée des effectifs étudiants à Angers ne sont pas le seul fait de l’AGEA : au Centre local des œuvres universitaires et au Centre régional, un projet de second restaurant voit le jour en 1964, l’emplacement est même déterminé (près de la gare, rue Faidherbe). Au rectorat, comme au niveau national, on juge erronées de telles perspectives. Angers n’a pas d’avenir universitaire, dit-on. Mais plus exactement, la priorité est donnée à Nantes dont on veut faire la métropole universitaire régionale. Et le projet est classé au fond d’un tiroir… »
[…]
Non seulement les étudiants doivent « faire la queue » à l’entrée, jusqu’à 20-25 minutes, mais des attentes de 5 à 15 minutes sont fréquentes à la sortie. L’étudiant, cet être perpétuellement assisté, devrait-il considérer de telles conditions comme son dû, heureux de la manne que l’administration des oeuvres daigne distribuer, lorsque la situation devient tellement insupportable que des manifestations sont à craindre ; mais il s’agit à chaque fois d’aménagements insuffisants et dépassés avant d’être non pas terminés, mais décidés. Et bien des étudiants écoeurés par ces conditions ont cessé de fréquenter le RU. C’est une des raisons qui expliquent qu’avec 3 300 inscrits, la situation ne soit pas devenue catastrophique.
Le restaurant […] se trouve à un stade de saturation telle que techniquement il n’est plus possible d’aller au-delà. Certains plats ne peuvent plus être cuisinés : les conduites de gaz ne permettent pas un débit suffisant... Les mêmes problèmes se posent pour l’eau et l’électricité. Et surtout, le personnel est systématiquement obligé de faire des heures supplémentaires.
Depuis novembre 1966, […] nous avons rendu public le problème et exposé les solutions de divers ordres :
Solutions immédiates :
- aménagement du RU actuel
- mise en place d’une cantine pour les étudiants de la cité et de l’IUT de Belle-Beille
À moyen terme :
- une cantine au centre hospitalier universitaire (CHU) pour les étudiants de médecine-pharmacie
À long terme :
- la construction d’un restaurant à Belle-Beille et son ouverture à la rentrée 67
- la construction d’un second RU dans le centre-ville
Dans ce dossier, nous n’abordons pas les solutions immédiates qui auraient dû, pour être utiles et efficaces, être déjà appliquées. Mais le peu d’empressement des Œuvres à passer aux actes sur ces premières urgences, les promesses non tenues nous obligent à publier ce dossier.
[…]
Pour terminer, nous reviendrons à notre introduction, car ces problèmes débouchent sur la condition et le statut de l’étudiant. Actuellement, l’étudiant est un assisté. Si nous demandons avec tellement d’insistance des RU, c’est que nous voulons manger dans des conditions décentes et manger pour un prix adapté à nos ressources. La solution radicale à ces problèmes est, nous le disons, depuis longtemps, dans l’attribution d’une allocution d’études à tous les étudiants en fonction de leur travail à l’université. »
Un nouveau RU est mis en service à Belle-Beille à la rentrée 1968, mais le second RU de centre-ville réclamé par les étudiants et envisagé rue Faidherbe, à proximité des résidences universitaires Olivier-Couffon et Pavot, n’ouvre qu’en octobre 1979 à la Maison des arts, à Bellefontaine. Angers compte alors douze mille étudiants.
*Classé en 1 J 4586
Merci à Jean-Michel Cauneau pour le don de ce document aux Archives patrimoniales d’Angers.
PHOTO MYSTÈRE
Rue Beaurepaire, côté pair, vue vers la Maine. 1936. Archives patrimoniales Angers, 5 Fi.
C’est bien la rue Beaurepaire. Dans le dos du photographe, le carrefour avec les boulevards Henri-Arnauld et du Ronceray. Dans la ligne de fuite des immeubles, on aperçoit l’une des dernières maisons à pan de bois qui subsiste dans la rue (au numéro 20), en dehors de celles qui font face à la place de la Laiterie. C’est une construction de la seconde moitié du XVIe siècle. Deux numéros en avant, les grandes lettres d’une enseigne désignent la fabrique de meubles Lizé. Au premier plan, le magasin d’angle est un commerce d’horlogerie-bijouterie depuis au moins 1880. D’abord tenue par Poupard, puis par Félix Viaud, l’horlogerie est reprise en 1919 par Jules Boisseau et reste sous ce patronyme jusque dans les années 1970. Le commerce ferme une dizaine d’année plus tard, remplacé par une affaire de linge de table et de maison, puis par une papeterie et enfin par Welcome Services Copy. Quant à cette charrette bien chargée, elle doit conduire ses passagers vers le pont de Verdun et l’autre rive de la Maine, car nous sommes en pleine inondation, sans doute en janvier 1936, la plus importante crue depuis décembre 1910. Des pontons ont été montés le long des immeubles. SB.
ACTUALITÉ DES ARCHIVES
Un éventail des Établissements Brisset vient d’être donné aux Archives patrimoniales* : la publicité, c’était bien, mais offrir des objets publicitaires, c’était encore mieux. Tous les grands commerces y ont sacrifié et parmi ceux-là les Établissements Brisset ne pouvaient y manquer. Parti d’une petite affaire reprise rue Thiers en 1880, Henri Brisset (1854-1923) crée une épicerie de gros, transformée le 24 décembre 1908 en société anonyme à succursales multiples, basée quai Félix-Faure. Ses successeurs développent un réseau qui comprend à la fin des années 1930 jusqu’à trois cent cinquante magasins répartis dans onze départements du Grand Ouest. Ils sont ravitaillés par les entrepôts d’Angers qui emploient centre trente personnes en 1960. L’éventail affiche le slogan habituel de la firme dans les années 1930 : « Toute l’alimentation, tout l’approvisionnement. Établissements Brisset. Une seule qualité : la meilleure ». En 1962, les succursales sont reprises par les Comptoirs Modernes. Chaque entreprise à succursales multiples avait sa couleur : jaune pour Brisset, rouge pour les Comptoirs Modernes, verts pour les Docks de France. SB.
*Merci à Françoise Ballain pour ce don.
