En voiture en 1905

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En voiture en 1905 : souvenirs de Marie Sourice
L'industrie à Angers en 1861
Photo mystère
12 avril 1854 : approbation du projet de distribution d'eau de Loire

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TÉMOIGNAGES D’ARCHIVES, PAROLES DE TÉMOINS
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers

EN VOITURE EN 1905 : SOUVENIRS DE MARIE SOURICE

Médecin à Saint-Florent-le-Vieil depuis mars 1904, Jules Sourice (1878-1956) épouse Marie Ménard (1882-1945) en octobre. Six enfants naissent. L’aînée, Marie (1906-1979), a très tôt la vocation d’artiste. Ses nièce et neveux Spiesser ont fait paraître en 2025 un ouvrage mettant en valeur ses œuvres*. À destination de sa famille, Marie Sourice a également laissé des souvenirs, dont nous extrayons ce passage sur les débuts de l’automobile…

« Il n’y avait bien sûr pas d’automobiles à Saint-Florent à cette époque et Papa utilisait cheval et voiture. Il avait de ce fait un garçon, Pierre Boistault […]. Il avait été valet de chambre chez le duc de Morny. […] Il y avait deux chevaux, César et Roitelet, car un seul n’aurait pas suffi à assurer le service médical. César était un bon cheval, sans plus, mais Roitelet était très intelligent et se mettait lui-même dans les brancards. […]

Papa avait une belle clientèle qui s’étendait en éventail au sud de la Loire : Le Mesnil, Saint-Laurent-du-Mottay, Beausse, Botz, La-Chapelle-Saint-Florent, Bouzillé, un peu de Liré et bien sûr Saint-Florent. Il faisait en moyenne de 15 à 18 000 francs par an et avec cela vivait très bien, de même d’ailleurs que son confrère le docteur Morinière. […]

Le premier acte d’autorité de Maman fut de faire vendre la moto sur laquelle il s’enrhumait facilement et c’est alors que Papa pensa à acheter une voiture automobile, chose inconnue dans la région. M. Pineau, garagiste à Beaupréau, chez qui Papa avait autrefois loué clandestinement une bicyclette pour apprendre à monter, représentait les motos Peugeot. C’est par lui que Papa commanda sa première voiture, une Peugeot monocylindre. Celle-ci était à prendre à Fontenay-le-Comte car celui qui l’avait commandée était mort subitement et ses héritiers cherchaient un acheteur. 

M. Pineau, comme Papa, n’avait jamais conduit d’automobile. Il prit en premier le volant, mais se retrouva bientôt au fossé et Papa prit alors sa place. Ils revinrent en deuxième vitesse pour ne pas aller trop vite. Tout marcha bien jusqu’à Saint-Pierre-Montlimart où, brusquement la voiture refusa d’avancer. M. Pineau releva le capot, démonta l’unique bougie. Tout semblait normal et il cherchait en vain la cause de cette panne quand Papa pensa à une panne d’essence.  - L’essence, dit M. Pineau, mais vous n’y pensez pas, docteur, à ce régime vous serez bien vite sur la paille. - Oui, dit Papa, mais vous oubliez que nous sommes venus en seconde.

En effet, le réservoir était à sec. Pas de distributeurs alors, l’essence ne se vendait même pas dans les épiceries comme plus tard. Où aller ? M. Pineau se rappela soudain qu’il connaissait quelqu’un aux mines d’or de Saint-Pierre et c’est de là qu’il ramena l’essence nécessaire pour rentrer à Saint-Florent. Ils laissèrent la voiture à la Févrière car Papa craignait qu’elle ne puisse monter la côte jusqu’à la maison. Le lendemain, il demanda au garage Malinge, d’Angers, de lui envoyer quelqu’un pour apprendre à conduire. Celui-ci fit conduire Papa jusqu’à La Cornuaille, où fièrement il alla présenter sa voiture au tonton Godard et jugea qu’il conduisait très bien.

Papa fit alors sa demande de permis. Il fut convoqué à Angers où il trouva un ingénieur des Mines qui ne savait lui-même pas conduire, mais qui le pria de le mener à l’église Saint-Serge où il devait se rendre à une sépulture, mais en lui recommandant d’aller très lentement. Tout se passa très bien et le permis de conduire « les voitures à pétrole » fut donné de suite. Cette première voiture, une Lion-Peugeot, était à chaîne et non à cardans et elle devint une attraction du pays. Lorsque Papa avait fait part à Pierre de son intention d’acheter une voiture, celui-ci lui avait dit qu’il ne pourrait pas alors rester à son service, Victorine ne voulant pas qu’il se tue. Papa lui avait alors laissé dans la voiture un livre, « Le Bréviaire du chauffeur ». Pierre le lisait pendant que Papa faisait ses visites et il finit par s’intéresser tellement à l’auto qu’il ne parlait plus de partir. Papa lui fit passer son permis et tous les deux entretenaient la voiture, faisant toutes les réparations car il n’y avait aucun garagiste dans la région et, pour se faire dépanner, il fallait alors aller à Angers ou à Nantes. Combien de fois ne vint-on pas les chercher pour dépanner les automobilistes en difficulté ? Papa avait acheté une clef de magnéto multiple à cette intention. 

On crevait alors très souvent, les pneus n’étaient pas fameux et on n’avait pas de roues interchangeables. Papa avait supprimé les boulons de sécurité qui prolongeaient beaucoup l’opération de remontage des pneus. Après avoir roulé sans ceux-ci pendant un an, il l’écrivit à Michelin qui se rendit à l’évidence et fit supprimer ceux-ci sur toutes les roues. Deux ans plus tard [en 1907], il donna sa voiture à l’abbé Bretaudeau, curé de Saint-Florent, son ancien professeur à Beaupréau, et il en acheta une seconde plus puissante. En 1910, il acheta une FN (Fabrique Nationale de Herstal, près de Liège), qu’il fit carrosser à Angers. À cette époque en effet, les fabricants vendaient seulement les châssis et les clients faisaient faire la carrosserie à leur goût. C’était le grand luxe puisqu’il y avait glace avant, capote, phares à acétylène et portes de côté. 

Les premières voitures faites sur le modèle des voitures à cheval avaient, comme elles, un tablier de cuir allant des pieds jusqu’à la ceinture et qui protégeait du froid. On y montait l’hiver avec peau de bique, casquettes à oreillers, cache-col et grosses lunettes, indispensables pour se protéger des nuages de poussière que soulevaient les voitures, car les routes n’étaient pas goudronnées à cette époque. »

*« Marie Sourice, peintre de l’Anjou et bien au-delà » Disponible dans les librairies Lheriau, place de la Visitation et Contact, rue Lenepveu. 

ACTUALITÉ DES ARCHIVES

L’INDUSTRIE À ANGERS EN 1861

Le dénombrement décennal de l’industrie manufacturière d’Angers dressé en janvier 1861 laisse voir les spécialités angevines et le nombre des emplois (entre parenthèses ci-dessous) (Archives patrimoniales Angers, 2 F 1) :

4 usines de corderies et filatures de chanvre (1 462)
4 filatures de laine (733)
2 fabriques de parapluies (443)
7 ateliers de carrossiers (145)
1 fabrique de bourre de laine (136)
6 imprimeurs-lithographes (118)
3 ateliers de sculpteurs (117)
1 fabrique de cordages (75)
10 ateliers de tannerie, travail du cuir (62)
2 ateliers de chaudronnerie et lampisterie (48)
2 fabriques de chaussures (46)
1 fabrique de tuyaux de bois (43)
1 fabrique de chaux (35)
2 fabriques de toile imperméable (35)
6 fabriques d’huile (29)
2 fabriques de machines à vapeur (23)
1 minoterie (23)
2 fabriques d’allumettes chimiques (21)
3 brasseries (20)
2 distilleries (20)
5 corderies simples (19)
Moulins à vent (17)
2 chapelleries (13)
1 atelier de fabrication d’ailes de moulins à vent (5)
1 fabrique de bougies (3)

Entreprises les plus importantes : 
Besnard, Richou et Genest, corderie et filature de chanvre (700 ouvriers)
Joubert-Bonnaire, filature de laine (360)
Sarret-Terrasse (parapluies) (330)
Marcheteau, Potrais et G. Laroche, corderie et filature de chanvre (310)

SB

PHOTO MYSTÈRE

Encore un quartier d’Angers en complète reconstruction. Il n’en manque pas dans les années 1960-1970, années de grande activité pour Robert Brisset, notre photographe-reporter qui parcourt inlassablement la ville. Pour ces travaux, nous sommes en juin 1973. Un panneau l’indique à droite : le chantier « embauche maçons, charpentiers, aides ferrailleurs, grutiers ». Saurez-vous reconnaître l’endroit, aujourd’hui bien différent. Il n’y a plus guère que les arbres qui forment points de repère ! RDV dimanche prochain. SB.

ÇA S’EST PASSÉ LE…

12 avril 1854 : Approbation du projet de distribution d’eau de Loire à Angers

Question longtemps débattue, l’eau de Loire est définitivement adoptée le 23 décembre 1853 pour la création d’un réseau de fontaines à Angers. Le 12 avril 1854, le conseil municipal approuve le projet d’adduction d’eau dressé par l’ingénieur Jules Dupuits. Les Ponts-de-Cé ont paru le point le plus favorable de la prise d’eau. Points forts de la nouvelle distribution : deux réservoirs sont installés à Angers, l’un au faubourg Bressigny – aujourd’hui, il abrite des salles de cours pour l’école des beaux-arts – l’autre sous le Champ de Mars, futur jardin du Mail, face à l’hôtel de ville. La quantité d’eau fixée par le conseil municipal à 2 000 m3 par jour a paru convenable, puisqu’elle donne une moyenne de 50 litres par habitant, « moyenne qui peut-être ne sera pas atteinte »… On est aujourd’hui autour d’une consommation quotidienne de 150 litres d’eau par personne. SB.