L'incendie du Palais des Marchands en 1936

Sommaire de la page : 

L'incendie du Palais des marchands en 1936

“Dessins d'archives”, une nouvelle exposition dans les vitrines des Archives patrimoniales

Photo mystère

21 juin 1986 : Inauguration du musée Jean-Lurçat et de la tapisserie contemporaine

Avec l'aimable autorisation de notre partenaire Le Courrier de l'Ouest, Ouvre une nouvelle fenêtre

 

TÉMOIGNAGES D’ARCHIVES, PAROLES DE TÉMOINS
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers

“À la fois terrifiant et grandiose.”

L’incendie du Palais des Marchands, le 21 novembre 1936, raconté par Maurice Pouplard.

Son père Victor possédait le commerce de tissus, toiles et literie au 78 rue Baudrière et rue de l’Évêché [du Chanoine-Urseau]. L’angle des rues était occupé par un boucher dont la maison à pans de bois avait fait l’objet en 1926 de l’affiche de la Compagnie des Chemins de fer Paris-Orléans. 

Ce récit forme la suite de celui que nous avons publié le 14 avril 2019 dans cette page.

« Cette journée qui dura 36 heures pour moi, car je suis resté sur les lieux jusqu’au lendemain soir, fut fertile en impressions de toutes sortes. Deux faits me marquèrent particulièrement. 

Vers les 16 heures, alors que le feu faisait rage, je faisais une tournée dans la cour par derrière et dans les étages pour voir si le feu gagnait ces endroits-là ; j’avais introduit les pompiers par l’escalier de la cour pour leur montrer les lieux et leur permettre d’attaquer le feu par-dessus le mur d’enceinte. Je pénétrai alors dans différents logements abandonnés par les locataires. Les gens avaient dû être pris d’une panique folle en plein déjeuner ; les tables étaient servies, la nourriture dans les assiettes et les casseroles sur le feu des cuisinières. La vie s’était arrêtée là, comme ça, d’un seul coup. Des types trainaient çà et là, qui n’avaient rien à y faire. Il y a toujours des pillards possibles dans ces cas-là et j’avertis la police. C’est cela qui me fit prendre la décision d’y passer la nuit pour surveiller éventuellement des pillards et une reprise de feu possible dans les arrières non touchés où nous avions nos réserves. Ce ne fut pas inutile car par deux fois vers 22 h et 2 h du matin, j’eus l’occasion de signaler aux pompiers l’approche du feu vers des endroits intacts. 

Le deuxième cliché souvenir que je garde intact dans ma mémoire, c’est la vision de l’ensemble du foyer vu du plus haut étage de l’ancien évêché devenu la maison des oeuvres actuelle. J’y étais monté avec le gardien du musée des tapisseries qui à l’époque y étaient exposées avant d’aller au château, où elles sont maintenant. C’était à la fois terrifiant et grandiose. Au moment où je l’ai vu, il devait être 16 h ; tout flambait, une dizaine de maisons rue Baudrière et l’ensemble du Palais des Marchands. Les pompiers emmêlés dans leurs tuyaux s’approchaient du brasier, couverts de sacs de jute gorgés d’eau, on aurait dit des torches de vapeur qui se déplaçaient, les torrents d’eau qu’ils déversaient semblaient ne servir à rien ; en moins de quelques minutes leurs sacs de jute étaient secs et ils étaient obligés de revenir les tremper. Ce sont les pompiers de Montreuil-Bellay et de Cholet qui s’occupèrent de notre secteur, ils passèrent leurs tuyaux à travers le magasin de la rue de l’Évêché et dans le tunnel du premier étage, ils n’en bougèrent plus et arrosèrent pendant des heures.

Soyons francs, ce ne fut peut-être la faute de personne, mais le feu ne s’arrêta vraiment que lorsqu’il n’y eut plus rien à brûler. Ils évitèrent certainement une extension de l’incendie en arrosant les façades des maisons les plus proches, rue Saint-Laud, mais à partir de 5 h environ, ils noyèrent les décombres.

À la place des cinq étages [des magasins et ateliers Pouplard], il n’y avait plus que quelques mètres de cendres, moellons et débris calcinés de toutes sortes. Tout avait brûlé, fondu, s’était consumé sauf des tronçons de poutres de chêne de 50 cm de section qui carbonisaient encore dans les murs. Il y avait une poutre comme cela dans le milieu de chaque étage, d’où partaient les solives qui s’enfonçaient dans les murs. Il pouvait être 19 h ou 20 h. Cela faisait déjà sept heures que cela brûlait, les grosses poutres devaient être passablement entamées et avaient dû perdre de leur solidité. J’étais avec un pompier et Henri au bout du tunnel dominant le foyer, tout à coup, dans un bruit de tonnerre épouvantable (on a cru que la maison s’écroulait sur nous), dans des gerbes d’étincelles et au milieu de projections incandescentes de toutes sortes, une masse énorme, informe, après avoir défoncé les quatre planchers en flammes des étages, passa devant nous à moins de cinq mètres et s’écrasa dans les décombres au rez-de-chaussée.

Il s’agissait de la cardeuse du cinquième étage dont le plancher consumé n’avait plus eu la résistance voulue pour en supporter le poids. Nous nous écrasâmes tous les trois contre le mur et le pompier avec sa lance en pleine action fit complètement volte-face, le jet passa à quelques centimètres de nos têtes. Il nous dit après que si nous l’avions pris dans la figure, il aurait pu nous faire sauter les yeux de la tête ! Il y eut un moment spectaculaire également vers 17 h, lorsque toute la carcasse métallique de la grande verrière du Palais des Marchands s’écroula dans un bruit d’apocalypse en projetant en l’air de tous côtés des débris en fusion de toutes sortes.

Déjà depuis longtemps, les pompiers couverts de leurs sacs de jute mouillés arrosaient les façades fermées des maisons de la rue Saint-Laud dont les peintures fondaient sous l’effet de la chaleur du foyer qui était pourtant à une quinzaine de mètres. […] Nous arpentâmes toute la nuit les lieux du sinistre. Il ne faut pas oublier que magasins non brûlés et tous les arrières étaient ouverts à tous les vents et que malgré les barricades mises en place par la Ville dans toutes les rues d’accès, et gardées par la troupe, il y avait des tas de trainards qui erraient dans le quartier et qui auraient pu se servir.

Le feu fut intense jusque vers 19 ou 20 h. Après, faute d’aliments, d’une part et le vent ayant enfin diminué de violence d’autre part, il y eut une accalmie. À ce moment, les pompiers de toutes les villes [venus en renfort] arrosèrent l’incendie en régression. Cela dura toute la nuit. […]. Dimanche soir, le feu est éteint. Il ne restait plus rien à brûler, mais il fuma encore çà et là pendant huit jours. »

ACTUALITÉ DES ARCHIVES

A voir dans nos vitrines, une nouvelle exposition : Dessins d’archives

Dans le cadre de l’opération Angers Dessine, les Archives patrimoniales proposent pour la première fois des vitrines sur une typologie spécifique de documents : les dessins. De formes variées, plans d’architectes, œuvres d’artistes, dessins d’humour, dessins d’enfants ou croquis illustrant des dossiers administratifs, font également appel à des techniques différentes : encre, aquarelle, gouache, crayon, eau-forte, etc. Qu’ils soient une pièce à part entière ou un document faisant partie d’un dossier plus vaste, ils témoignent tous à leur manière d’une histoire d’Angers ou de celles de ses habitants et de son patrimoine. Notons deux histoires de familles angevines. René Rabault père et fils ont mis leur talent au service du théâtre. Entre 1906 et 1961, leur atelier de décors est réputé dans tout l’Ouest de la France. Jules et René Rohard sont conducteurs de travaux de la Ville d’Angers, de 1873 à 1918 pour le père, et de 1919 à 1931 pour son fils. À ce titre ils ont signé des plans de bâtiments angevins, comme le glacier du Mail ou un projet de restauration de l’hôtel des Pénitentes. Leurs carnets de dessins témoignent de leur plaisir à croquer le patrimoine angevin sur leur temps libre. C. Janin.

Les vitrines sont à découvrir en salle de lecture au Repaire Urbain jusqu’au 11 septembre, du mardi au vendredi, de 13 h à 17 h. Fermeture annuelle du 1er au 15 août.

Visites commentées le jeudi 18 juin, mardi 21 juillet, jeudi 27 août, à 17h00, 1 h, gratuit, sans inscription.

 

PHOTO MYSTÈRE

C’est une longue rue, large et agréable. Observez bien ses immeubles. Ils n’ont pas fondamentalement changé, sauf les simplifications habituelles du décor dues aux ravalements du tendre tuffeau… Le cliché a été pris lors des fêtes de la Victoire de septembre 1919. A dimanche prochain. SB.

CA S’EST PASSÉ LE…

21 juin 1986 : Inauguration du musée Jean-Lurçat et de la Tapisserie contemporaine

Lorsque la Société des amis des musées et collections de la ville d’Angers fait l’acquisition de la tapisserie du Chant du Monde de Jean Lurçat en 1967, avec la garantie de la municipalité (délibération du conseil municipal du 2 octobre), il était convenu que la Ville ferait construire un musée Jean-Lurçat et de la Tapisserie « moderne » avant le 31 décembre 1975. Le Chant du Monde est présenté au public pour la première fois dans la grande salle des malades de l ‘hôpital Saint-Jean le 16 mai 1968. Le maire en fait les honneurs à ses hôtes des villes jumelles, Haarlem et Osnabrück. Pour le musée, l’aide de l’État est confirmée par André Malraux, à la suite de la visite que lui rendent le maire Jean Turc et son adjoint à la culture Pierre Rouillard, le 24 janvier 1969. Mais le musée ne voit le jour qu’en 1986. Il fait partie du programme culturel du deuxième mandat de Jean Monnier (1983-1989), sous la houlette de son adjoint au patrimoine, Jacques Maillard. L’architecte Daniel Roussel fait porter son travail sur la lumière qui doit mettre en valeur les tapisseries, mais pas les éclairer directement. Le nouveau musée est inauguré le jour de la Fête de la musique, le 21 juin 1986. Comme le remarque la presse à l’époque, il restait « à muscler le fonds de tapisseries du musée ». SB.