Page histoire du Courrier de l'Ouest, 5 avril 2026
Sommaire de la page :
Angers en 1830, ls projets du conseil municipal
Ruisseaux et égouts en 1912
Photo mystère : la rue du Mail
5 avril 2015 : article du CO sur le Saint-Sépulcre à Angers
Avec l'aimable autorisation de notre partenaire Le Courrier de l'Ouest, Ouvre une nouvelle fenêtre
TÉMOIGNAGES D’ARCHIVES, PAROLES DE TÉMOINS
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers
AU TEMPS DE LA PLACE CHARLES-X
LES PRÉOCCUPATIONS D’UNE VILLE EN JUIN 1830
Le 23 juin 1830, la commission du Bien public présente son rapport sur le budget au conseil municipal. En voici les extraits les plus importants (Archives patrimoniales Angers, délibérations du conseil, 1 D 12, f° 62) :
« Toute la ville a vu avec la plus grande satisfaction le nouveau boulevard [boulevard du Roi-René] dont le nivellement, la plantation ont été aussi prompts que bien ordonnés. Il ne manquait pour le rendre parfaitement beau que la disparition de l’ouvrage avancé du château qui le masque [le bastion de la porte des Champs], M. le Maire vient d’obtenir la permission de le faire démolir, quoique les conditions qu’on y met soient onéreuses, nous devons cependant l’autoriser à les accepter […].
M. le Maire vous propose de nommer le boulevard, boulevard Royal. Ne pourrait-on pas lui donner le nom du roi René, de ce bon roi dont le souvenir ne doit jamais s’effacer de notre mémoire. Son berceau fut précisément dans le château qui borde ce boulevard. Nous avons le quai Royal, la place Charles-X, le boulevard Monsieur etc., etc., aucun monument ne rappelle le souvenir du bon roi René.
Deux plans vous ont été présentés par messieurs Derien et Fourier pour la continuation du quai en aval du pont jusqu’à la Basse-Chaîne. Le devis de l’un de ses plans se monte à 550 000 francs. Celui de l’autre à 410 000. Votre commission vous propose d’adopter le second dont l’exécution sera moins dispendieuse, remplira le même but et a l’avantage de moins retenir le lit de la rivière. […] Ce quai est utile au commerce, à la navigation et deviendra nécessairement grande voirie lorsque le nouveau boulevard sera achevé et surtout si le projet du pont à la Basse-Chaîne s’exécutait. […]
Dans votre séance du 16 novembre 1829, vous avez consacré 200 000 francs à la construction de l’église Saint-Joseph. Les difficultés pour l’emplacement nécessaire à tout son développement sont levées. […] Cette dépense très considérable ne permet pas d’effectuer le curage du port Ayrault et le pavage des jetées dont l’utilité devient tous les jours plus urgente.
On vous propose d’agrandir le cimetière du Clon aux dépens de l’enclos de la Visitation. Votre commission y voit des inconvénients. Le projet d’une caserne de cavalerie n’est pas abandonné absolument. S’il était repris, on regretterait d’avoir diminué l’étendue du champ de manoeuvre. […] Ne serait-il pas possible d’établir un seul cimetière pour toute la partie de la ville au-devant de la rivière ? Au local que vous aviez adopté l’année dernière près les fours à chaux, on pourrait lui donner une étendue de 6 ou 7 hectares, ce qui donnerait moyen de satisfaire aux demandes de concessions qui deviennent fréquentes. Cette mesure nécessiterait l’établissement de corbillards dont l’usage est généralement adopté dans les grandes villes, notamment à Saumur.
Dans votre séance du 19 août dernier, vous ajournâtes la réponse à la proposition faite par le conseil général d’accorder 3 000 francs pour fonder une 3e école dirigée par les frères [des écoles chrétiennes] à condition par la Ville de verser même somme de 3 000 francs pour premier établissement.
Sans doute il est très utile, il est de notre devoir de répandre l’instruction, mais nous avons déjà trois écoles gratuites pour les garçons. Avant d’en établir une quatrième qui nécessiterait une dépense annuelle de 1 200 francs, il conviendrait de mettre en activité celle que vous avez arrêtée dans la session de 1828 pour le dessin linéaire et la géométrie applicable aux arts. […]
M. le curé et Mrs les marguilliers de Saint-Serge sollicitent la réparation de leur clocher et des cloches, ils estiment que cette dépense s’élèverait au moins à 13 000 francs, nous regrettons de ne pouvoir accueillir pour l’instant cette demande qui est juste, mais que d’autres dépenses plus urgentes doivent nous faire ajourner.
M. le Maire a mis sous vos yeux le plan des terrains à vendre sur les lices [actuel boulevard du Roi-René] depuis l’angle du jardin de la préfecture jusqu’à la rue Toussaint. Vous approuverez sans doute le soin qu’il a eu de le faire diviser en aussi petites parties qu’il est raisonnablement possible. Il y en a 18 [.…] Le numéro 8 ne serait pas mis en vente. C’est celui qui se trouve en face des bâtiments de la préfecture, nous croyons qu’il convient de la céder au Département. Le n° 13 en face du musée peut n’être point vendu, la Ville en disposerait en faveur de cet établissement [C’est l’entrée du jardin des Beaux-Arts actuel]. […]
Une partie des bâtiments de la fabrique de plomb de chasse près la tour Saint-Aubin est indispensable à l’achèvement de la rue Dauphine [rue des Lices]. […]
Si la ville pouvait être éclairée pendant toute l’année [l’éclairage est alors à l’huile], cette mesure offrirait une grande sécurité à ses habitants et n’augmenterait pas la dépense de plus de 9 000 francs, nous vous engageons à l’adopter. […]
Vous aviez voté des fonds pour établir une pompe au puits sur la place Charles-Dix près la salle de spectacle. Elle ne l’est point et nous sommes dans la saison où elle est plus nécessaire. […]
Nous vous proposons encore d’inviter M. le Maire à faire niveler les anciens boulevards surtout de la place du Pélican à la porte Saint-Aubin. Ils ne l’ont peut-être jamais été parfaitement ou ils ont été dégradés par le fait des constructions. Il est certain que chaque fois qu’il pleut, l’eau séjourne dans beaucoup d’endroits.
[…]
Vous arrêtâtes dans votre session de 1827 que la rue du Mail serait prolongée jusqu’à la rue Boisnet. Cette décision changea la position des propriétaires des maisons qui se trouvent sur cette ligne. […] Tous les propriétaires de la partie de ce prolongement entre la rue Boisnet et celle du Cornet, incertains sur l’époque de l’ouverture que vous n’avez pas fixée et las de cet état précaire qui nuit à leurs intérêts […] vous font d’un accord unanime la proposition d’abandonner trois ans d’intérêt des indemnités qui leur seront dues, si l’ouverture de cette rue se fait incessamment.
Si nous sommes bien fixés sur l’ouverture de cette rue, qui serait la plus belle et une des plus utiles de la ville, il faut accepter cette offre. D’ici à 1834, vous n’avez rien à débourser et cependant la rue se fait, les maisons sont bâties. »
ACTUALITÉ DES ARCHIVES
RUISSEAUX ET ÉGOUTS EN 1912
Sous la cote 1 Fi 4198, nous avons catalogué aux Archives patrimoniales un plan bien utile. Il complète le 1 Fi 1695, en ligne sur le site internet des Archives. Sur un plan d’Angers dressé en 1909 par Hézard et Baron, conducteurs des Ponts et Chaussées, figurent en rouge le tracé général des égouts de la ville et en bleu celui des principaux ruisseaux. Au nord, le ruisseau de Jérusalem prend sa source vers Montrejeau aux environs de la voie ferrée Paris-Nantes, traverse le cimetière de l’Est, suit la vallée du Pré-Pigeon et termine sa course dans un égout avant de se jeter dans la Maine en amont de l’usine d’électricité. Plus au nord, un petit ruisseau descend du quartier Victor-Hugo pour finir dans le même réseau d’égout que le ruisseau de Jérusalem.
Le sud de la ville est occupé par le ruisseau de Frotte-Pénil. Sa source principale se situe rue Châteaugontier et coule peu ou prou parallèlement à la rue Volney. Une source secondaire vient de la rue Bourgonnier. Elles se rejoignent dans le quartier de la rue Chèvre. Le ruisseau procurait une eau abondante au domaine de la Fontaine, où a été établie l’École supérieure d’agriculture. Puis le cours du Frotte-Pénil se dirigeait vers le sud en suivant un moment le chemin de Sainte-Gemmes (rue du Docteur-Guichard) pour se jeter dans l’Authion à l’école de Pouillé.
En 1912, le réseau d’égouts est peu développé. Il ne compte que 80 km de canaux, de niveaux et de formes variables, raccordés les uns aux autres vaille que vaille, sans plan d’ensemble. Les égouts se déversent directement dans la Maine, sans épuration, même pour les produits des hôpitaux. Certains quartiers des plus peuplés en sont totalement dépourvus : boulevards du Roi-René, de Strasbourg, Daviers, rues Paul-Bert, de la Madeleine, Saint-Léonard, Saint-Lazare, Lionnaise… SB
PHOTO MYSTÈRE
La longue rue du Mail a été percée en trois phases. La première, la rue Haute-du-Mail, entre 1812 et 1825, livre la section entre le Pilori et le boulevard. Elle était bordée d’hôtels particuliers. Deux subsistent : l’hôtel Tessier de La Motte, au 85 rue du Mail, que l’on aperçoit à l’arrière-plan de ce cliché, et l’hôtel Joubert-Bonnaire, à l’angle de la rue Chevreul, tous deux devenus des annexes de l’hôtel de ville. En face se trouvait l’hôtel Aubin de Nerbonne et son joli pavillon chinois. Remontant la rue du Mail, on arrivait à l’hôtel particulier du 83 rue du Mail, sujet principal de cette photographie. Bâti lui aussi dans la première moitié du XIXe siècle, il a appartenu à un grand nombre de propriétaires successifs, en dernier lieu, à partir de la fin des années 1930, à la famille Coullaud qui touche au grand illustrateur Jean-Adrien Mercier : sa mère Geneviève Cointreau, veuve de Maurice Mercier, s’étant remariée en 1919 avec le médecin général Henry Coullaud. Elle décède en 1973. L’hôtel particulier est démoli en 1979, remplacé par 2 000 m2 de bureaux où emménage le District urbain d’Angers le 7 juillet 1980. SB.
