Page histoire du Courrier de l'Ouest, 7 juin 2026
Sommaire de la page :
Christine Brisset raconte la belle aventure de la chapelle des Roncières
Budget des grandes villes : comment se situait Angers en 1912 ?
Photo mystère
7 juin 1882 : ouverture du Grand-Hôtel, place du Ralliement
Avec l'aimable autorisation de notre partenaire Le Courrier de l'Ouest, Ouvre une nouvelle fenêtre
TÉMOIGNAGES D’ARCHIVES, PAROLES DE TÉMOINS
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers
LA BELLE AVENTURE DES RONCIÈRES
Christine Brisset, la « madone des sans-logis », créatrice des Castors angevins, raconte cette aventure. Après les logements, elle voulait construire une chapelle. Conçue le 9 décembre 1954, la chapelle des Roncières, aux Ponts-de-Cé, à la limite d’Angers, est construite en douze jours…
« Le 5 ou 6 décembre d’une année que j’ai oubliée (1954, 55 ou 56) [1954], le vicaire général me faisait dire que notre évêque, Mgr Chappoulie, désirait célébrer la messe de minuit parmi nous. Nous étions des bâtisseurs et nous allions de l’avant… à la grâce de Dieu ! Mgr se contenterait d’une remise, d’une tente, peu lui importait : il voulait simplement être avec nous. Le même jour, les étudiants des Beaux-Arts, qui nous aidaient, venaient rendre compte que le chantier qui leur avait été confié (petits deux-pièces pour les vieillards) était bien terminé.
Qu’allions-nous leur confier maintenant ?
Voulez-vous faire une église ?
Pourquoi pas ?
Alors faites un plan et apportez-le moi demain soir (c’était un dimanche).
Le dimanche après-midi, ils m’apportaient une miniature de chapelle montée avec du carton rose. Ils avaient inventé une construction triangulaire avec un toit en proue de bateau*.
Nous possédions le terrain. Entre deux cités : 48 et 29 maisonnettes…, un petit bourg éloigné de plus de trois km de l’église la plus proche. Le besoin d’une église était des plus urgents : des enfants de 9 ans n’avaient jamais fait le trajet de l’église !
Le lundi, je soumettais notre projet au vicaire général Mgr Riobé. Il nous donnait son agrément et sa bénédiction. Le lendemain, 9 décembre, nous donnions le premier coup de pioche, sous une pluie et neige fondue qui ne cessa de tomber pendant tout le temps des travaux. Il fallut une pompe aspirante pour arriver à couler les fondations, que nos étudiants, faute de conseils et de surveillance assez rapide, firent aussi importantes que pour une cathédrale. Les sacs de ciment y étaient engloutis à une cadence effarante.
Le vicaire général était là sur le chantier ; la main-d’œuvre bénévole arrivait comme des mouches ; on ne faisait aucun calcul. Je me défendais de peser : il fallait un miracle, le miracle se ferait. Notre église serait prête pour la messe de Minuit. Un des militants catholiques qui apprenait la chose (nous n’avions consulté personne), tout était venu comme çà…, s’effrayait : nous avions promis, dans les statuts mêmes de notre société, de ne jamais faire de politique, ni de religion… Qu’allaient dire les non-croyants qui étaient avec nous ? Les anarchistes même, les anti-curés ? Je courbais le dos…
Je ne sais pas, je ne veux pas y penser : IL NOUS FAUT CETTE ÉGLISE !
Et le « pire » de ceux dont nous pouvions redouter la colère arrivait, en effet :
J’entends dire que vous faites une église ?… Et il rappelle les promesses de neutralité absolue.
Mon Dieu, à mon secours ! À l’aide ! Que répondre ? Et Dieu m’envoie une colère plus grande, je crois bien, que celle que ressent mon interlocuteur…
Eh bien oui, je fais une église ! Non, je ne demande la permission à personne ! Vous m’avez demandé, un jour, de vous aider à avoir un toit bien à vous, pour sauver vos gosses de la cave ou du grenier ou, pire encore, de la cohabitation… Vous m’avez demandé d’amener l’eau sur votre chantier, d’y amener le courant électrique… Vous savez ce que cela a voulu dire de démarches, de prières et aussi, d’humiliations… Une personnalité (grande technicienne de ces questions) venait souvent le dimanche jouir du spectacle de nos efforts, de nos erreurs. Il venait, disait-il, voir les « conneries » de Christine… (sic). Vous m’avez demandé de ne pas prêter attention, de ne pas lâcher… Et je suis restée là, à vos côtés, partageant votre peine, vivant une angoisse qui dépasse l’imagination ! […]
Et je vous ai donné tout ce que vous demandiez… […] Aujourd’hui, j’ai envie d’une église ! C’est la première chose que je vous demanderais pour moi, si j’avais pensé devoir vous le demander…
Et simplement, ce garçon « non-croyant » a répondu :
Si c’est cela, je vous aiderai.
Il fut le plus actif. Travaillant de nuit avec nous pour que l’église soit bien terminée à temps. Il était un apport précieux, étant du métier. Il est aujourd’hui entrepreneur à son compte. La promotion, dans cette cité, a été de 75 %. C’est lui qui, à bicyclette, distribua les invitations pour la messe de Minuit… C’est lui qui eut le sourire le plus radieux à 10 heures du soir en ce soir de Noël… C’est lui qui donna le dernier coup de balai, fit la dernière inspection avant de livrer la petite église à 300-350 personnes, aux mains des étudiants qui organisaient la crèche vivante, la longue procession des enfants vêtus en personnages de Noël, en anges… Une dernière répétition et l’église était ouverte au vicaire général. Notre évêque, hélas !, avait dû entrer en clinique.
Le miracle, qui était le sien, était réalisé. La chapelle était terminée, ce qu’elle est aujourd’hui, sauf les ardoises. Mais la charpente métallique était posée, recouverte de bâches Bessonneau qui nous avaient été prêtées. Le chauffage sous les poutres fonctionnait au gaz, amené là, pour nous.
CE FUT LA PLUS BELLE MESSE DE MINUIT POUR NOUS TOUS. »
*Selon l’ouvrage publié en 1999 par le Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement de Maine-et-Loire (CAUE), « 100 ans, 100 bâtiments », les plans de la chapelle sont de l’architecte Yves Moignet.
Aujourd’hui désaffectée, la chapelle doit laisser place à une résidence d’accueil pour personnes atteintes de troubles psychiques.
ACTUALITÉ DES ARCHIVES
ENQUÊTE COMPARATIVE DES BUDGETS DES GRANDES VILLES
Comment se situe Angers en 1912 ?
Une enquête comparative des budgets et services municipaux, portant sur 19 grandes villes françaises, est menée à l’été 1912 à la demande du nouveau maire Louis Barot et sous la direction du secrétaire général de la mairie. Il s’agit d’y voir plus clair dans les dépenses de la Ville et de « rendre service à tous nos concitoyens. Ainsi tous les électeurs conscients seront à même de s’intéresser plus réellement aux affaires municipales, de suivre avec des bases sérieuses les prochaines discussions du conseil et d’apprécier à leur valeur les nombreuses modifications que doit proposer l’administration républicaine d’Angers. »
Comme l’indique le commentaire, « ces documents permettent d’apprécier du premier coup les lacunes et les faiblesses de notre budget, et de voir à quels résultats sont arrivées, en matière de régie directe, les villes novatrices ». Mais la comparaison est parfois bien délicate étant donné les disparités dans la classification budgétaire des différentes villes retenues. 19 d’entre elles sont comparées, de la plus peuplée – Lille, 217 807 habitants – à la plus petite, Dijon, 76 847 habitants. Angers – 83 786 habitants - est au 13e rang pour sa population, plus peuplée que Tourcoing, Nîmes, Montpellier, Rennes, Grenoble et Dijon. En matière de recettes et de dépenses, elle se place au 16e rang.
Si l’on examine les chapitres de dépenses, on constate qu’Angers est la ville qui dépense le moins pour les traitements de ses employés. En matière de travaux neufs, elle se trouve 10e, 15e pour l’entretien des bâtiments communaux, 14e pour le nettoyage des rues et l’enlèvement des ordures ménagères, 8e pour l’entretien du service des eaux.
Dans le domaine de la culture et des sports, elle est 3e pour les subventions aux sociétés musicales, 5e pour le chapitre « Fêtes publiques et sports », 6e concernant le théâtre, 10e pour ses musées, 11e pour les bibliothèques.
Les tableaux ont été publiés dans le journal « L’Ouest » des 5 et 9 octobre 1912.
Villes qui ont fait l’objet de l’étude, classées dans l’ordre décroissant de population : Lille, Nantes, Toulouse, Saint-Étienne, Le Havre, Rouen, Roubaix, Nancy, Reims, Amiens, Limoges, Brest, Angers, Tourcoing, Nîmes, Montpellier, Rennes, Grenoble, Dijon. SB.
PHOTO MYSTÈRE
Le bâtiment de gauche ne pose guère de difficulté d’identification, même s’il a disparu depuis plus de cinquante ans. Son architecture fait deviner ses fonctions. Quant à celui de droite, il n’a guère changé. À l’époque du cliché, l’espace central n’était pas une rue, mais un morceau de place. Quelle est son appellation actuelle ? RDV dimanche prochain. SB.
CA S’EST PASSÉ LE…
7 juin 1882 : Ouverture du Grand-Hôtel, place du Ralliement
Il faut moins de trois ans – 1879-1882 - pour élever le grand immeuble du haut de la place du Ralliement (aujourd’hui le BHV), entre les rues d’Alsace et Saint-Denis. Il donne son aspect définitif au front bâti autour de la place. François Moirin en est l’architecte, maître d’œuvre prolifique à Angers. Rien n’est négligé pour cette construction : cariatides de l’artiste angevin Charron, peintures de Lutscher, Charbonneau et Cesbron pour les salles du rez-de-chaussée, ascenseur hydraulique…, mais une chose essentielle est oubliée : les fosses d’aisance ! Ouvre d’abord, le 8 avril 1882, le Café du Grand-Hôtel d’Ambroise Chottin, celui-là même qui attire le pharmacien Émile Giffard dans l’univers des liqueurs. Le 7 juin, c’est au tour du Grand-Hôtel, exploité par Dran. « Angers aura ainsi le privilège de posséder l’hôtel le plus confortable et le plus luxueux de toute la province », écrit ce même jour « Le Patriote de l’Ouest ». SB.
