Page histoire du Courrier de l'Ouest, 22 mars 2026
Sommaire de la page :
Trois générations de Gadzarts : interview d'Henri Le Breton (2)
Le plus ancien menu donné à Angers conservé aux Archives patrimoniales
Photo mystère : place Ney
Fin de la campagne d'hiver des Restos du coeur : 22 mars 2015
Avec l'aimable autorisation de notre partenaire Le Courrier de l'Ouest, Ouvre une nouvelle fenêtre
TÉMOIGNAGES D’ARCHIVES, PAROLES DE TÉMOINS
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers
SOUVENIRS DE TROIS GÉNÉRATIONS DE GADZARTS
Voici la suite de l’interview de Henri Le Breton (1910-2008), gadzart Angers 1929-1932, professeur à l’école des arts et métiers d’Angers de 1950 à 1976. Ces propos ont été collectés par S. Bertoldi pour les Archives patrimoniales d’Angers en 2006.
« Je suis né le 14 février 1910. C’est tout juste si je ne suis pas né dans une benne de béton, à Cusset dans l’Allier. Mon père construisait la ligne de chemin de fer de Vichy à ? C’était une ligne le long de laquelle il n’y avait que des ponts et des souterrains. Au point de vue construction, ces chantiers-là étaient considérés comme les principaux. Avec Freyssinet, mon père travaillait sur deux tableaux : le chantier de construction proprement dit et à côté une sorte de chantier d’expériences permanent. Il avait inventé les échafaudages montés sur vérin de façon que lorsque l’une des voûtes était faite, on baissait le coffrage et on le remontait à côté. À Châtel-de-Neuvre se dessinait l’invention du béton précontraint. Les piles du pont étaient construites dans des caissons où l’on envoyait de l’air comprimé. Le courant électrique était produit sur place, avec des dynamos entraînées par des machines à vapeur chauffées à la briquette. Ce qui a fait la valeur de l’entreprise Limousin, ce sont des ingénieurs comme Freyssinet. Il y avait là un véritable bureau d’études.
Je suis allé à Chevrollier car mon père avait alors plus de chance d’être nommé sur un chantier dans l’Ouest. J’ai un bon souvenir de Chevrollier. Il y avait de très bons professeurs : Bouvet professeur de français, Perret ancien professeur de mathématiques dirigeait très bien l’école. Pas de remise de prix, mais on célébrait la traditionnelle fête de fin d’année à Noël et celle du départ. Du temps de mon père, il y avait des prix. Il avait obtenu le premier prix de dessin en 1892, 200 francs or. À Chevrollier (emplacement actuel de la caserne des sapeurs-pompiers, place de l’Académie), le dortoir des grands se trouvait dans le bâtiment qui longeait la rue. Le dimanche soir, des camarades reçus l’année précédente venaient chanter des chansons de gadzarts sous les fenêtres des futurs gadzarts. J’ai passé le concours d’entrée à l’école des arts et métiers en 1929. À Chevrollier, le but suprême était les arts et métiers. Être recalé aurait été quelque chose de terrible. 25 candidats sur 100 ont été reçus dans ma promotion.
À l’arrivée, le brassage des élèves se faisait de façon naturelle, par classement alphabétique, puis par atelier. On n’était jamais avec les mêmes camarades, ce qui évitait les groupes exclusifs. En première année, on vous imposait votre atelier. La promotion était coupée en deux, section A et section B, 50/50. Les premiers allaient à l’atelier d’ajustage par exemple, les 50 autres étaient divisés en trois, un tiers forge, un tiers fonderie, un tiers travail du bois et par roulement on passait partout. En deuxième année, on choisissait son atelier : soit forge, fonderie, travail du bois ou ajustage toute l’année. J’ai choisi l’ajustage pour permettre à un de mes bons camarades, Lesaulnier, d’aller en fonderie.
Quand on arrivait en atelier, la première chose que faisait le professeur, c’était de faire un classement des nouveaux élèves. Ceux qui n’avaient jamais fait de forge étaient remis entre les mains d’un contremaître. Les autres passaient avec un professeur qui les prenaient là où ils en étaient. Très peu avaient fait de la fonderie, sauf ceux qui sortaient de l’école nationale professionnelle de Vierzon. Les pièces étaient faites en ébauche à la forge, usinées à l’atelier d’ajustage et cela se transformait en machines réelles qui servaient à équiper les centres d’apprentissage, les lycées techniques, l’école même. L’école fabriquait des machines identiques à celles qui sortaient des entreprises dirigées par des ingénieurs des arts et métiers. Elles étaient vendues au prix normal, pour ne pas faire de concurrence. Avant 1815, à Beaupréau, puis encore ensuite à Angers pendant quelques années, l’école fabriquait beaucoup d’objets en bois, notamment des chaires à prêcher. Le mécanisme de l’horloge de la cathédrale des années 1830-1840 a été réalisé à l’école. Il y avait des spécialités, actuellement supprimées, comme l’horlogerie, la fabrication des instruments de mathématiques. À une certaine époque, la fabrication de robinetterie a été envisagée. Des moteurs électriques ont été fabriqués.
Le professeur de forge était appelé le capitaine, car à un moment donné c’était un capitaine du Génie qui donnait le cours. Les gens qui travaillaient en fonderie étaient appelés des lapins en argot gadzarique. Parmi les instructeurs de l’atelier, l’un a permis de pouvoir sauver le moule destiné à la statue de Chevreul. Quelques jours avant de couler la statue, le nez du grand homme a été cassé. On a fait appel au lapin instructeur pour essayer de réparer le moule. Quand il racontait ce qui était arrivé, il ne parlait jamais du nez, mais de l’appendice. On l’a donc appelé le lapin 10. Quand il a été remplacé, on a appelé son successeur le lapin 11 !
J’ai un excellent souvenir de mes trois années d’étude. Ceux qui n’avaient jamais fait d’internat trouvaient le régime de l’école assez dur. Lever à 5 h 1/2 au son du tambour, on descendait en étude, une heure, petit déjeuner, lit à refaire au dortoir. Tous les jours les lits étaient complètement défaits. À 7 h 1/2, cours. Après 1 h 30, soit étude, soit interrogation, soit préparation militaire supérieure, puis à nouveau ou étude, ou dessin. Déjeuner à 12 h. De 1 h 30 à 5 h 30, ateliers du lundi au samedi, puis une petite détente d’une demi-heure, étude, repas et étude. Coucher à 9 h. »
ACTUALITÉ DES ARCHIVES
UN MENU DE 1878
On sait que le service à la russe, où les plats sont présentés à table successivement et non tous en même temps par service comme dans la tradition française, a apporté entre autres innovations l’usage du menu, imprimé pour chaque convive. Il donne d’entrée de jeu la liste des plats et des vins que l’on va déguster. Il apparaît en France à la fin des années 1840, sans doute guère avant. D’après l’ouvrage du grand cuisinier Urbain Dubois, il paraît déjà très répandu à Paris et dans les grandes capitales européennes en 1856. Le plus ancien menu figurant dans les fonds des Archives patrimoniales remonte au 18 décembre 1875. Il est au nom de l’architecte angevin Dussauze et doit correspondre à un dîner d’architectes, étant donné l’équerre et le compas figurant sur son illustration, mais c’est un menu parisien.
Le premier menu purement angevin conservé aux Archives patrimoniales est celui d’un banquet anonyme donné à l’Hôtel de l’Europe, par Jahan-Dubreil, quai Ligny, le 9 septembre 1878. Tout à fait caractéristique des menus de l’époque, illustré par Mariani, il porte au verso le nom manuscrit de Joseph Gandon, peut-être le marbrier de ce nom demeurant rue Botanique. Le menu est aussi caractéristique par son contenu, dix-huit plats et le buisson d’écrevisses placé avant la charlotte parisienne. SB.
PHOTO MYSTÈRE
Nous sommes donc place Ney. Sur la droite se trouvent la rue Duboys, puis la rue Pilastre qui continue en direction de la maison à façade claire. À gauche, la pharmacie est à l’angle des rues Montrieux et de Villemorge. Tout ce quartier est relativement récent. Sur un plan de 1874 encore, la partie bâtie s’arrête à l’actuelle rue Montrieux, dénommée alors rue de la Chalouère. La place Ney n'était que prairie. Le ruisseau de Jérusalem descendant du Pré-Pigeon y passait sous le pont dit de la Chalouère. C’est en 1882 que la Ville vend aux entrepreneurs Octave Lallour et Étienne Martin sept îlots de terrain entre la levée Besnardière, le pont de la Chalouère et la promenade des Fours-à-Chaux. Ils sont chargés de viabiliser l’ensemble suivant le schéma de voies proposé. En 1886, la Ville s’avise de créer une place dans ce nouveau quartier afin d’y établir un marché. Un échange de terrain a donc lieu avec Étienne Martin. Ainsi est née en 1888 la place du Marché-aux-Chevaux où un arrêté du 20 août installe ce marché. Le 11 mars 1893, la nouvelle place est rebaptisée place Ney. SB.
