Page histoire du Courrier de l'Ouest, 7 janvier 2024
Sommaire de la page :
La salle Chemellier, lieu d'expositions
Angers, place forte de la menuiserie d'art et de l'ébénisterie
Photo mystère
7 janvier 1570 : le séjour de Charles IX et de sa cour à Angers
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CHRONIQUE
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers
PREMIÈRES SALLES D’EXPOSITION
Le Muséum – futur musée des Beaux-Arts - ouvre au public ses salles d’exposition permanentes le 5 mai 1801. Il n’est pas alors prévu d’expositions temporaires et il ne s’en tiendra pas au musée avant 1949. Les premières expositions concernent l’horticulture, en plein développement à Angers dans les années 1800-1830, et l’industrie. Elles sont dues à deux sociétés savantes qui viennent de se constituer : la Société d’agriculture, sciences et arts, en 1828 et la Société industrielle, en 1830. Pour leurs manifestations, elles utilisent les salles de réception des bâtiments officiels : l’hôtel de ville pour la première exposition d’horticulture, en 1831 ; la préfecture, pour la première exposition quinquennale industrielle et artistique, en 1835. Autre première la même année : l’exposition de peintures ouverte en novembre à l’hôtel de ville grâce à la Société d’agriculture, sciences et arts. 174 tableaux sont présentés, provenant d’amateurs des trois départements de Maine-et-Loire, Sarthe et Mayenne.
À partir de 1838, les expositions d’horticulture se déroulent sous des tentes au jardin fruitier, jardin-école aménagé dans l’ancien jardin du Muséum par la Société d’agriculture. En 1858, les salles de la préfecture se révèlent trop étroites et l’on décide de transférer les expositions quinquennales au Champ de Mars, face à l’hôtel de ville. Désormais, à chaque manifestation – en 1858 - 1864 – 1877 – 1895 – 1906 - des tentes, des palais éphémères sont élevés. En 1877, le palais de justice inachevé est converti en lieu d’exposition, ce qui évite la construction d’un trop grand nombre de bâtiments provisoires. Les plus « grandioses » voient le jour pour l’exposition de 1906, sous la houlette de Vigé, entrepreneur concessionnaire spécialisé dans ce genre d’événement.
Quand la Société des amis des arts est créée en 1889, le besoin de salles d’exposition moins provisoires se fait sentir. Afin d’atteindre son but de développement des arts en Anjou, elle a besoin d’une salle attitrée où organiser ses expositions annuelles d’artistes contemporains. D’abord installée place Lorraine, elle déménage rue Cordelle, dans l’ancien marché couvert ouvrant sur la rue Lenepveu (1899-1904). Des locaux insuffisants et dépourvus de charme.
Divers projets sont imaginés entre 1894 et 1903 pour doter Angers d’une salle d’exposition : combinaison avec l’école des beaux-arts, qui serait installée dans l’ancienne cour d’appel (actuelle place Imbach) ; avec un théâtre et une salle de concert au jardin fruitier ; avec l’école de musique et un théâtre à la Godeline. Finalement les Amis des arts trouvent un arrangement avec la Ville qui leur loue une partie de l’hôtel de Chemellier, près de la mairie. La société fera couvrir la cour centrale d’une verrière, établira une nouvelle galerie au-dessus des remises des sapeurs-pompiers, utilisera la galerie existante, ainsi que les deux salons du premier étage. Le conseil municipal adopte ces dispositions le 28 avril 1904.
Le premier salon des Amis des arts ouvre le 26 janvier 1905 et c’est un succès. La cour de l’hôtel de Chemellier est adoptée. Elle est vite appelée salle Chemellier. Ce qui devait être provisoire se poursuit en une longue succession de salons annuels de peinture et de sculpture, mais aussi de bien d’autres expositions patronnées par la Ville, toujours à la recherche de salles. Ainsi la salle Chemellier continue-t-elle sa carrière jusqu’à ce qu’elle soit, en 2014, transformée en bureaux pour le Centre communal d’action sociale, désormais locataire de l’hôtel entier.
ACTUALITÉ DES ARCHIVES
ANGERS CAPITALE DU MEUBLE
Dans son ouvrage « Les Industries d’art », publié en 1897, Marius Vachon fait l’éloge d’Angers : « La principale industrie artistique d’Angers est la sculpture sur pierre et sur bois. […] Les entreprises de sculpture pour la menuiserie d’art et pour l’ébénisterie sont nombreuses et importantes. Le faubourg Saint-Antoine et les grands magasins de Paris s’alimentent autant à Angers qu’à Nantes et à Toulouse […] ». Grâce à M. François Michaud, descendant du fondateur d’une de ces entreprises – la fabrique de meubles Guilleux (1885-1912) – nous pouvons apporter une illustration à ces propos. Tout un fonds de photographies et de dessins a été numérisé en 2021. Cet ensemble s’est complété en décembre 2023 des 85 pages d’un document rare : l’inventaire du stock de l’entreprise, comme des biens personnels de son fondateur, réalisé le 9 novembre 1900.
Fournitures, stock, travaux en cours, sommes à recevoir s’élèvent à 100 292,15 francs. La construction des ateliers et de l’habitation du 61 rue de Létanduère a coûté 59 000 francs, sur un terrain évalué à 19 500 francs. À cela s’ajoutent 13 300 francs pour l’installation du magasin de la rue du Haras, le mobilier personnel d’Ernest Guilleux et sa propriété de Béhuard. L’actif global se monte à 192 092, 15 francs, le passif à 29 800 francs. À titre de comparaison, un commis de bureau de la mairie recevait alors entre 1 000 et 2 000 francs de salaire annuel.
Le détail est intéressant. On peut y lire l’état des bois en magasin au 15 octobre 1900 : du bois blanc, du chêne, du noyer, de l’érable en quantité, des billes de platanes, du hêtre et du sapin. L’acajou est aussi très représenté. L’inventaire se poursuit avec la « quincaillerie » : poignées, boutons de tiroir, serrures… Ce sont ensuite les sculptures faites, dans tous les styles : Louis XII ; Renaissance, Troubadour, Empire… Deux pages sont réservées aux glaces. Les bois tournés sont un point fort de la fabrique. L’atelier de tournage et cannelage est bien outillé : 5 tours complets, un tour à torser, un tour ovale, 2 supplémentaires, machine à canneler, 52 outils de tourneurs… Le stock des travaux faits en tournage compte cinq pages.
On peut ensuite connaître le prix de revient des meubles et sièges (sans garniture, bois uniquement) se trouvant au 1er étage des bâtiments du 61 rue de Létanduère : 80 francs pour un fauteuil Louis XVI, 225 francs pour une « marquise canapé riche ». Guilleux fabrique ce que les Angevins aiment – du Henri II au Louis XVI – mais on voit aussi qu’il faisait un peu de « moderne style », de « genre anglais ». Le choix est extrêmement important, les meubles volants, vitrines, sellettes, tables de toutes sortes sont abondants. Une cheminée Louis XII, modèle riche à 800 francs, est exposée dans le magasin du 13 rue du Haras, de même qu’une chambre Louis XVI, vendue 675 francs au conseiller municipal Colas de La Noue, livrable le premier jour de novembre 1900. Les tissus en magasin comptent plusieurs pages. L’inventaire mentionne aussi, ce qui n’est pas son moindre intérêt, la documentation et les livres sur lesquels s’appuyait E. Guilleux. SB.
PHOTO MYSTÈRE
C’est la foule des grands jours. Les canotiers sont de sortie. La rue est pavoisée. On regarde des chars défiler. À quelle occasion ? Dans quelle rue ? Les sculptures des façades, les frontons au-dessus des fenêtres ne fournissent aucun indice : tout a disparu depuis, emporté par les ravalements successifs qui ont rendu les immeubles lisses et sans intérêt. La topographie de la rue en revanche vous aidera. À dimanche prochain ! SB
ÇA S’EST PASSÉ LE…
7 janvier – 8 mars 1570 : Séjour de Charles IX et de sa cour à Angers
Le roi séjourne à Angers à l’occasion du mariage, le 5 février, du duc de Montpensier avec la sœur du duc de Guise. Les cérémonies se déroulent à l’abbaye Saint-Aubin. Le roi apprécie les jeux et courses organisés dans les jardins. Il y court la bague. Cet exercice, écrit le chroniqueur Louvet, consiste à décrocher au moyen d’une lance, sans ralentir le galop du cheval, des anneaux suspendus à des poteaux. Six gentilshommes participent au jeu du roi, toques de velours et panaches sur la tête. SB.
