Cartes postales V. Laroute - 2

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Valentin Laroute, célèbre éditeur de cartes postales - 2
Fanfares et harmonies à Angers, exposition aux Archives patrimoniales
Photo mystère
15 février 1848 : Jules-Eugène Lenepveu, prix de Rome, remercie le maire

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TÉMOIGNAGES D’ARCHIVES, PAROLES DE TÉMOINS
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers

VALENTIN LAROUTE, UN PERSONNAGE !

DEUXIÈME PARTIE

« Août 1914 arriva et il lui fallut partir à la guerre qu’il fit dans le train des équipages [On l’a souvent entendu se vanter d’avoir été instructeur de conduite automobile, se souvient Jacques Gardais]. Avec son service militaire, il est resté sept ans sous les drapeaux, lui qui était anti militariste ! Très peu de temps avant la guerre [en fait, vers la fin de l’année 1914], mes parents quittèrent le bureau de tabac et s’installèrent rue Saint-Aubin, n° 54, où maman continua toute seule à vendre les cartes postales, surtout représentant des amoureux séparés par les événements […]. Elle vendit aussi des articles de bureau et d’école, puis de la maroquinerie et de la parfumerie, puis des souvenirs de France et du chewing-gum qu’achetaient les Américains débarqués en masse.

À son retour de la guerre, ils continuèrent les mêmes activités, y ajoutant les jouets. [Désormais, il développe et tire lui-même ses nombreuses cartes postales]. Ils eurent deux voyageurs de commerce et deux vendeuses […].

Quand il était au magasin (rarement), son pigeon apprivoisé, Eusèbe, dont il avait teint la tête en bleu et rouge à l’aniline, ainsi que les ailes en vert et jaune, ne quittait pas son épaule, au grand désespoir de ma mère car les chemises en prenaient un coup ! Quand les clientes venaient au magasin et qu’elles voyaient Valentin Laroute avec son pigeon sur l’épaule, elles s’écriaient : « Mon Dieu, Monsieur Laroute, qu’est-ce que c’est que c’t oiseau ? » Il leur répondait sérieusement : « Madame, c’est un oiseau des îles ! » et certaines le croyaient. Parfois, papa prenait une de ses invraisemblables voitures peintes elles aussi de toutes les couleurs et raccommodées avec des bouts de ficelle pour aller chercher les marchandises à la gare Saint-Laud. Il emmenait Eusèbe et Pruneau, adorable basset à la queue en trompette et pendant qu’il prenait livraison de ses colis, Eusèbe se promenait gravement sur le capot de la voiture ; naturellement les passants essayaient de l’attraper, mais Pruneau aboyait si furieusement qu’il mettait tout le monde en fuite. 

Quand il avait bu une des fillettes de vin blanc que nous apportait le curé des Alleuds (un petit Don Camillo en plus truculent), il chantait « Les Blés d’Or », « Si tu veux faire mon bonheur » et les autres chansons de ce temps-là. Il disait toujours : « Ça, c’est de la musique ! »

Il photographia également les manoeuvres sur la Maine des sapeurs du 6e régiment du Génie d’Angers, qui exécutaient de très beaux ponts en bois. Au magasin, les clients préféraient se faire servir par maman, qui était plus sérieuse tout en gardant le sourire ; elle tenait toute la comptabilité et passait souvent les nuits à faire l’inventaire et les expéditions. Cyprienne l’aidait bien quand elle n’était pas prise par ses nombreux bals et autres distractions mondaines. […]

Papa s’installa un petit laboratoire uniquement éclairé par une lampe rouge, ce qui m’impressionnait beaucoup, pour développer les photos qu’il prenait de la famille et se perfectionner dans son art qui le passionnait. Comment a-t-il appris ? Je n’en sais rien, sans doute dans des livres. Il voulait toujours tout faire par lui-même et ne pas avoir de maître. Il est vrai que son imagination débordante lui a permis d’exécuter bien des trucages et des fantaisies qu’on ne connaissait pas à l’époque. Il est vrai que la lumière de l’Anjou, si fine, opaline, avait développé son sens artistique.

En 1924, maman étant fatiguée, ils décidèrent de se retirer des affaires et de vivre de leurs rentes. Ils vendirent le commerce et tout l’immeuble à la famille Chrétien. Mais ce fut le moment de la fameuse crise financière et leurs rentes fondirent comme neige au soleil. Plus moyen de travailler sur Angers pour ne pas faire concurrence à la famille Chrétien. Cyprienne étant mariée et vivant à Paris, ils décidèrent de quitter Angers [en 1932] et vinrent habiter rue des Batignolles. Papa eut l’idée de décorer des cartes-vues de Paris avec des paillettes et de les vendre dans les principaux points touristiques. Il avait déjà un peu commencé à Angers de décorer des cartes en couleur avec des paillettes et des petits noeuds de ruban qu’on appelait des faveurs. La santé de maman devint de plus en plus mauvaise et elle disparut en 1949. Ensuite papa mourut en 1957. Il travailla presque jusqu’à sa mort. Ils sont tous deux enterrés à Saint-Germain-sur-Morin (Seine-et-Marne) [près de la résidence secondaire de leur fille Cyprienne]. Mon père n’a jamais voulu voir ni un médecin, ni un dentiste de toute sa vie. Mais il consultait les mages et les guérisseurs.”

Note sur Cyprienne Laroute : 

« Cyprienne a été une des premières femmes de Maine-et-Loire à passer son permis de conduire, car son père, Valentin Laroute, allait avec elle chercher en train, en 1919 des voitures Ford T laissées à Saint-Nazaire par les Américains. Ainsi, avec sa fille, il pouvait en ramener deux à Angers pour les vendre. D’ailleurs Cyprienne voudra rouler toute sa vie en Ford ! »

Merci à Jacques Gardais pour la communication de ce récit.

ACTUALITÉ DES ARCHIVES

Dans les vitrines des Archives patrimoniales

Angers en fanfare :  fanfares et harmonies à Angers

Une nouvelle exposition est à voir au RU-Repaire urbain, dans la salle de lecture des Archives. Elle met en valeur le riche terrain musical d’une ville qui, pour se limiter aux fanfares et harmonies, comptait déjà presque une dizaine de formations musicales.

Héritières des musiques militaires, les fanfares et harmonies ont animé la ville depuis les années 1860. Une fanfare est composée uniquement de cuivres (trompette, cornet à piston, bugle, baryton alto, basse), complétés par quelques percussions comme une caisse claire ou une grosse caisse. Pour une harmonie, on adjoint à ces instruments des bois : flûte, hautbois, basson, clarinette, saxophone. À la belle saison, les Angevins peuvent écouter, deux fois par semaine, les concerts donnés par l’harmonie municipale, la fanfare du IVe arrondissement ou la fanfare de la Doutre, sous le kiosque du jardin du Mail. Ces sociétés musicales participent à de nombreuses fêtes, manifestations sportives et cérémonies angevines, y apportant gaité, prestige ou solennité. Elles aiment aussi se mesurer entre elles lors de concours musicaux. Dans leurs uniformes, symbolisant la discipline que requiert leur art, les fanfares et harmonies ont contribué à la diffusion de la musique auprès de la population. C. Janin.

À voir en salle de lecture jusqu’au 29 mai 2026. Accès libre de 13 h à 17 h, du mardi au vendredi.
Visites commentées : 3 mars, 9 avril, 19 mai, à 17h.

PHOTO MYSTÈRE

Voici une belle demeure, qui semble environnée d’un parc aux grands arbres. Un bâtiment bas, d’aspect assez rural donne sur une rue. Il porte le numéro 26. Bonne réflexion et à dimanche prochain ! SB.

CA S’EST PASSÉ LE…

15 février 1848 : Jules-Eugène Lenepveu remercie le maire d'Angers

C’est grâce à un « secours annuel » de la Ville d’Angers que Jules-Eugène Lenepveu (1819-1898), élève à l’école municipale de dessin, peut continuer ses études de peintre d’histoire à Paris, à l’École nationale des beaux-arts et, plus tard, à Rome. Le premier secours – de 600 francs – lui est accordé en août 1837, lorsqu’il arrive à Paris.

Le 15 février 1848, lauréat du Premier Prix de Rome l’année précédente, il écrit au maire : « Je suis de plus en plus confus, en pensant combien ma dette s’augmente chaque jour par votre générosité ; chaque effort que je fais, non pas pour m’acquitter, car probablement jamais, ni mon talent, ni ma fortune ne me le permettront, mais au moins pour témoigner de ma gratitude, est rendu nul par un nouveau don de votre part. 

Mon père vient de m’apprendre, Monsieur, que votre bienveillance n’était point encore épuisée, que vous lui aviez fait l’honneur de lui écrire pour qu’il me fasse savoir que vous teniez une somme de mille francs à ma disposition comme témoignage de l’affectueuse protection dont vous me comblez depuis si longtemps, d’accord avec Messieurs les conseillers municipaux, auxquels M. le Maire, je vous prie de vouloir bien assurer que je n’oublierai jamais que c’est à l’administration municipale d’Angers que je dois le titre de pensionnaire de l’Académie royale de France à Rome, dont je jouis aujourd’hui. » SB.