Page histoire du Courrier de l'Ouest, 28 juin 2026
Sommaire de la page :
Un pasteur protestant à Angers : souvenirs du révérend Francis Trench
La reconquête du quartier de la République
Photo mystère : la rue Boisnet
28 juin 2015 : le Maine-et-Loire a chaud
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TÉMOIGNAGES D’ARCHIVES, PAROLES DE TÉMOINS
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers
UN PASTEUR PROTESTANT À ANGERS EN 1844
Souvenirs du révérend Francis Trench : « Journal de voyages en France et en Espagne, principalement durant l’année 1844 », [« Diary of Travels in France and Spain, chiefly in the Year 1844] publié à Londres, chez Richard Bentley, 1845, vol. 1.
« En approchant d’Angers, nous quittâmes les rives de la Loire, cette ville étant située sur la Maine à peu de distance de son confluent avec la Loire. Nous abandonnâmes tout à fait la compagnie du noble fleuve dont nous avions si longtemps suivi les rives ; et bien qu’Angers apparaisse au loin avec ses deux signes distinctifs de grande hauteur - je veux dire la tour Saint-Aubin et les flèches effilées de la cathédrale - la première vue causa un désagrément momentané à l’oeil, car la pierre de construction pure et blanche, à laquelle il avait été si longtemps accoutumé, était ici tout à coup transformée en ardoise sombre et terne.
En arrivant à Angers nous entrâmes par le beau boulevard récemment créé autour de cette ville, et si admiré à juste titre. Traversant la rivière, il forme un carré englobant une large part de la ville. La traversée de la ville en ligne droite est si excessivement escarpée qu’un circuit est généralement fait en voiture ; en poursuivant dans cette direction, nous fûmes conduits aussitôt devant le château d’Angers. Mr Murray, dans son guide, le présente comme le plus beau château féodal de France ; et je peux bien imaginer qu’il a raison. Sa grandeur et son apparence nous arrachèrent des cris de surprise. Il est de couleur noire, mais les murs sont striés de couches de pierre blanche qui lui donnent une apparence très singulière. L’édifice est si massif qu’il semble réellement qu’il ne pourrait jamais être détruit. Sa taille est gigantesque, dix-sept larges tours rondes reliant ses murs. Sa situation est superbe, puisqu’il est bâti sur une hauteur, accroché en pente au-dessus de la rivière, dominant toute la ville environnante. Telles sont les caractéristiques de ce puissant château, et je n’exagère pas en le qualifiant de réellement sublime.
Notre premier objectif aujourd’hui était de trouver nos compatriotes, et de les avertir de mon office du lendemain. J’avais auparavant obtenu de Monsieur D[uvivier], de Saumur, une liste des résidents anglais de l’endroit ; mais lorsque je demandai à mon hôte quelques informations supplémentaires à ce sujet, il me parla aussitôt de Madame P[iot], la femme d’un confiseur possédant une affaire importante dans la ville [Marie Fallows, épouse de Bernard-Prosper Piot, rue Saint-Laud]. Je l’ai trouvée une personne des plus agréables et aimables, et comme elle était elle-même une compatriote et une protestante, elle était tout à fait qualifiée et disposée à m’aider à atteindre mon but. Elle entra dans mon dessein avec joie, et après avoir parlé de la ville avec les plus grandes louanges, elle dit : « la seule chose qui nous manque, c’est un homme d’église [j’avais apparemment oublié la majuscule à église] protestant ». […] Avant mon arrivée à Angers, on m’avait dit qu’il y avait seulement deux ou trois familles anglaises ici, mais j’en ai découvert un nombre beaucoup plus élevé, et il ne fait aucun doute, d’après tout ce que j’ai entendu et vu par la suite, que si un service protestant y était régulièrement organisé, leur nombre augmenterait rapidement. [Une Église protestante est organisée peu de temps après son passage] […].
Angers, dimanche 21 janvier. - Nous nous sommes levés de bonne heure ce matin pour débarrasser et préparer notre appartement afin de le transformer en église provisoire : y installer environ trente chaises, et organiser tout ce qui est nécessaire à notre style de culte simple et épuré. Il vint trente-cinq personnes. […] Le même nombre de personnes environ vint l’après-midi […].
22 janvier - Je n’ai jamais vu de plus magnifiques végétaux à feuilles persistantes que dans les cours et jardins des maisons d’ici, et parmi eux l’arbuste le plus remarquable est le magnolia, d’une forme très gracieuse et d’une taille immense. Angers est renommée pour ses établissements de jardiniers et semenciers. « Fleuristes » et « pépiniéristes » [en français dans le texte] sont annoncés de tous côtés. Comme chez nous en Angleterre, le camélia est ici une fleur très appréciée. Elle pousse avec beaucoup de splendeur, de variété et de beauté, et est cultivée à la fois sous serre et à l’air libre. Nous avons vu aujourd’hui un spécimen d’au moins douze pieds, en pleine terre, couvert de fleurs dont beaucoup d’entre elles sont en pleine éclosion. Attenante au jardin où nous l’avons vu, se trouve une serre de cent vingt pieds de long, exclusivement remplie de camélias d’un bout à l’autre, de manière à constituer une rangée complète de feuilles luisantes et de belles fleurs.
Dans trois ou quatre semaines elles seront encore plus belles. Je n’ai jamais vu un décor floral plus attrayant que celui-ci, toujours visible maintenant. Une pomme petite et savoureuse, d’une couleur remarquablement jolie, rouge et jaune mêlés, appelée « pomme d’Api » [en français dans le texte], est ici très estimée. Je l’ai vue sur une table de dîner français, présentée de manière très ornementale, édifiée en une sorte de pyramide aux interstices remplis de mousse.
Angers est remplie de vieilles demeures curieuses, certaines très belles et opulentes, d’autres plus remarquables par les devises fantastiques dont elles sont décorées. Parmi les logis les plus anciens, certains ont presque l’apparence de fortifications, en raison du nombre de petites tours à leurs angles, de leurs fenêtres à une grande hauteur du sol, défendues de barreaux solides, et de leur apparence générale d’avoir été construits pour affronter une attaque. Plusieurs églises sont des plus intéressantes à cause de leur ancienneté et de leur architecture. Beaucoup de rues sont excessivement escarpées, d’autres fort étroites. La cathédrale est bien située, du moins en ce qui concerne la vue des parties les plus hautes de l’édifice, qui sont les plus remarquables. Le clocher et ses deux flèches constituent un débouché imposant et visuellement frappant de nombreuses rues, lorsque vous marchez dans la ville. »
Traduction : Marie-Luce Fabre.
ACTUALITÉ DES ARCHIVES
Dans un article du 14 janvier 2024, nous avons évoqué Daniel Renou, ancien ingénieur à l’INRA, passionné de photographie. Il travaille actuellement à la constitution d’un fonds de photographies sur Angers pour les Archives patrimoniales. Parmi les clichés déjà remis aux Archives, nous avons sélectionné celui-ci de 1985 où l’on voit Jean Monnier et Jean Narquin place de la République, cliché d’ailleurs primé dix ans plus tard avec un ensemble de photographies intitulé « Trois petits tours et puis s’en vont ».
Nous sommes le 7 septembre 1985, une date qui met un point final au réaménagement du quartier de la République. Déjà le centre commercial des Halles a été inauguré un an auparavant, le 14 mai et le parking souterrain ouvert. Quelques jours avant l’inauguration officielle du quartier, « Le Courrier de l’Ouest » résume l’histoire de ces longs travaux sous le titre « République : la « proclamation » après quinze ans de reconquête ». La fête du 7 septembre affiche un copieux programme : le matin, visite du quartier et de l’exposition historique présentée à la librairie Forum ; vin d’honneur ; l’après-midi et le soir, animation par les groupes folkloriques du Festival mondial de musique et de folklore ; concert de jazz de 22 h 15 à minuit. Comme on le voit sur ce cliché, le maire d’Angers Jean Monnier et le député Jean Narquin n’ont pas boudé les festivités. SB.
PHOTO MYSTÈRE
La rue Boisnet existe depuis mille ans et plus sans doute. On la trouve dans le cartulaire de l’abbaye Saint-Nicolas en 1095 sous l’orthographe « Boenet ». C’était la limite de la ville de ce côté vers la Maine. Elle n’a d’abord été bâtie que du côté de la ville (côté droit du cliché), puis, après suppression du canal de la Saulaie et concession à la Ville en 1630 des remparts qui le longeaient, de belles demeures se sont bâties du côté de la Maine et de ses prairies. C’était le quartier du commerce et de l’industrie, grâce à la proximité de l’eau et des prairies qui offraient de vastes superficies propres à la construction d’entrepôts. Le cliché est pris en direction de la place Ayrault, rebaptisée place Hérault en 1923, pour honorer Alexandre Hérault dont le legs rapporta à la Ville 900 000 francs. SB.
