Souvenirs heureux de Constant Belnou

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Souvenirs heureux de Constant Belnou
La Loterie nationale au secours de la Pologne en exil à Angers
Photo mystère
5 juillet 1966 : Création de l'Office municipal des sports

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TÉMOIGNAGES D’ARCHIVES, PAROLES DE TÉMOINS
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers

AUTOUR DU RALLIEMENT, SOUVENIRS HEUREUX DE CONSTANT BELNOU

Fils du libraire de la Librairie Classique, 26 rue Saint-Julien, Constant Belnou, né à Beaufort-en-Vallée le 4 juin 1923, a passé à Angers, à partir de 1928, vingt ans d’une enfance et d’une jeunesse heureuses, avant de quitter la ville pour raisons professionnelles. Il nous a livré ses souvenirs en 1999 depuis Vichy, lieu de sa retraite, regrettant toujours l’Anjou, « Anjou, mon cher Anjou, à toi souvent je pense ». 

« Deux écrivains décrivent Angers différemment. Pour Gabriel Hanotaux, « C’est une ville marginale animatrice de l’Anjou ». Pour l’autre, Henry Gréville [pseud. d’Alice Fleury], « C’est une ville grise, ville des fleurs, dorée par la lumière de l’Ouest».

Pour moi, c’est celle des espaces fleuris, ses jardins sont remplis de tulipes, de jacinthes, d’anémones. Nulle part ailleurs les hortensias sont aussi bleus […]. Comme les vieux Angevins, j’appelle toujours « place des Magnolias » la place André-Leroy, entourée de ces arbres dont les fleurs blanches dégagent un parfum subtil et entêtant.

Mes souvenirs de la place du Ralliement sont ceux de la clôture du carnaval où l’on procédait à l’autodafé du roi de la fête, « Sacavin ». J’y revois aussi serpentant tout autour les rails du tram que les jeunes Gadz’arts au moment de la rentrée scolaire devaient astiquer sous l’oeil parfois réprobateur de leurs aînés. Au départ de l’école, ils avaient déjà dû faire briller les bottes de la statue de Beaurepaire sur le pont du Centre. À l’angle de cette place, près de l’aubette des trams, existait une marchande de journaux. Devant son éventaire bien souvent un crieur pour attirer le chaland hurlait « Le Messager de l’Ouest hebdomadaire sportif régional ». 

On ne peut parler de cette place sans évoquer le Gasnault. Quand je suis revenu à Angers pour la première fois et que j’ai vu à la place de ce monument un triste passage [aujourd’hui le magasin Nature et Découvertes], comme l’on dit du côté de Mazé, « Ça m’a fait deuil ». J’ai souvenance d’un soir d’été avant-guerre, les baies du rez-de-chaussée étaient béantes, sur une plateforme se tenait un orchestre dont les musiciens jouaient de la balalaïka. Ils étaient vêtus de veste à brandebourgs, de larges culottes de cheval et chaussés de hautes bottes noires. Pinçant les cordes de leurs instruments, leurs mélodies nous transportaient dans les plaines russes. Les terrasses étaient combles, les badauds se tenaient serrés sur le trottoir pour profiter malgré tout du spectacle.

À deux pas, le théâtre, « temple de l’opérette ». À mon époque, il était dirigé par M. Bacchi qui avait pris la succession de son beau-père M. Coste. J’ai appris que sa belle-mère pendant la guerre de 1914 avait transformé ce lieu en cinéma. Son épouse, jeune femme élégante, était toujours dans les étages. Elle veillait avec attention à la bonne tenue des costumes que devaient revêtir les acteurs de sa troupe.

Entrons dans cette salle de spectacle où les spectateurs sont agglutinés. […] Au bas du parterre se tient la fosse d’orchestre. Les musiciens s’y côtoient. J’y reconnais M. Bardon, premier violon ; à ses côtés M. Filipetto à l’alto, il est aussi professeur d’italien au lycée. Derrière les flûtistes, messieurs Boivin et Moncelet. Ce dernier fut mon professeur de musique au lycée. Il accompagnait nos chants à l’harmonium et devint plus tard directeur de l’école de musique rue Plantagenêt.

Plus loin, les violoncellistes M. Becker et M. Frélat qui habitait rue du Quinconce. Dans leur résidence, son épouse donnait des leçons de piano. Dans le fond, le spécialiste des timbales, de la batterie, faisant tinter de temps en temps le triangle : M. Planchenault. À sa droite, la harpiste Madame Guillonie, domiciliée rue d’Alsace au-dessus de la pharmacie Bréhéret. Du côté des cuivres, un seul nom me revient à l’esprit, celui du trompettiste Delaître, employé des Postes, camarade de guerre de mon oncle René.

J’ai bien connu ces musiciens parce que mon père, bon violoniste, rejoignit à son arrivée à Angers un orchestre d’amateurs, la Philharmonie, dirigé par M. Bernède. Ils répétaient dans une salle place des Halles au bas de la rue Jules-Guitton et se produisaient de temps en temps, notamment au cirque-théâtre. 

Quand les trois coups du brigadier avaient retenti, dans un complet silence le rideau de scène s’entrouvrait. À la vue de la troupe, les applaudissements crépitaient. Sur cette scène, j’ai assisté aux représentations de nombreuses opérettes : « Les Mousquetaires au couvent », « Ciboulette » poussée par Florestan sur son escarpolette, « La Fille de Madame Angot ». Aux réparties du comique Duvernet, la salle éclatait de rire. À l’entracte, les ouvreuses proposaient leurs bonbons et leurs frigécrèmes. 

À la sortie, beaucoup gagnaient les cafés d’alentour, le Gasnault, la Bourse où l’on pouvait déguster un excellent pineau des Charentes. Les plus argentés allaient souper à l’Entr’acte. Plus loin se trouvait le Café de France. Après-guerre s’était ouvert au premier un minuscule dancing, le Boléro. Quand j’y allais tangoter sous une lumière tamisée, j’essayais de me remémorer les pas que m’avait appris mon maître à danser M. Letournel, dont la salle se trouvait à deux pas, rue des Deux-Haies. Son tour de taille avait une circonférence agréable, mais il était d’une extrême souplesse. Il a appris à de nombreux jeunes Angevins le paso doble, le tango, la valse anglaise. Pour nous obliger à retenir les pas de cette dernière danse, il martelait le sol en nous criant 1-2-3 - 1-2-3.

En 1945, lorsque le Welcome rouvrit ses portes, pour égayer ses bals, M. Bouzy avait recours à lui. Dans les bras de sa fille, il nous montrait par ses exhibitions toutes les facettes de son art. Il nous encourageait en battant des mains lorsque nous nous lancions sur la piste au rythme de l’orchestre pour interpréter les danses à la mode : le Lambeth Walk ou le Horsey-Horsey. Dans le bas de la rue des Deux-Haies [rue Saint-Laud], on apercevait une boîte de nuit, le Select, de mauvaise réputation, car paraît-il, on y voyait des entraîneuses... »

ACTUALITÉ DES ARCHIVES

LA LOTERIE NATIONALE AU SECOURS DE LA POLOGNE

Après la double attaque allemande et russe de la Pologne en septembre 1939, Angers est choisie par les autorités françaises pour accueillir le gouvernement polonais en exil. Le général Sikorksi et ses ministres s’installent à Angers et dans les environs le 22 novembre, tandis que le président de la République polonaise, Raczkiewicz, élit domicile à Pignerolle le 2 décembre. 

Pour aider les Polonais, un tirage de la Loterie nationale – tranche de la Pologne héroïque – leur est réservé. Il se déroule à Angers le jeudi 8 février. Exceptionnellement, les billets restent en vente aux guichets de la Trésorerie générale jusqu’à 11 h 00, alors que le tirage est prévu au cirque-théâtre, place Molière, à partir de 14 h 30. Des haut-parleurs sont disposés autour du bâtiment afin que les personnes qui n’auraient pas trouvé place dans la salle soient tenues au courant des opérations de la loterie. Une affiche de Louis Marcoussis, peintre et graveur polonais naturalisé français (1878-1941), illustrateur d’Apollinaire, est éditée.

À l’heure dite, les Angevins se pressent au cirque-théâtre. 2 000 personnes y trouvent place, mais 2 000 autres en surnombre doivent rester place Molière. C’est à la fois une cérémonie et une fête. Le président de la République polonaise s’est fait représenter par Strasburger, ministre des Finances de la Pologne. Après les discours de rigueur du représentant polonais et du maire d’Angers Victor Bernier, le président du comité de la Loterie nationale, Mouton, termine le sien en annonçant le don de 25 000 francs que les Gueules cassées ont décidé d’offrir « à leurs frères polonais ». Le programme est ponctué de moments musicaux. L’orphelinat municipal de garçons interprète de la musique française, tandis que l’orchestre symphonique conduit par Bilewski, directeur de l’école de musique, fait entendre des morceaux de compositeurs polonais, Chopin, Vieniawski et Paderewski. 

Le tirage a lieu « dans un calme quasi religieux, mais avec une solennité émouvante ». « Le Petit Courrier » précise : « C’est un sentiment de curiosité déférente, très angevin, qui domine. Chacun regarde de tous ses yeux et admire cette jolie scène constellée d’appareils, de personnages, de drapeaux aux couleurs alliées. » Un tirage bien utile car ce vendredi 9 « Le Petit Courrier » titre en une : « La terreur allemande en Pologne. Les exécutions sommaires semblent approcher de 20 000 et prouvent la résolution des nazis d’exterminer l’élite de la nation polonaise. » SB.

PHOTO MYSTÈRE

Le cadrage du cliché est resserré sur ce bel immeuble, ce qui ne donne pas beaucoup d’indices, mais vous êtes nombreux à vous montrer très aiguisés dans la connaissance de votre ville, il faut donc corser un peu le jeu ! On peut constater que la construction est hermétiquement close, sans doute est-elle promise à une démolition prochaine ? RDV dimanche prochain. SB.

ÇA S’EST PASSÉ LE…

5 juillet 1966 : Création de l’Office municipal des sports

1966 : un Angevin sur cinq pratique un sport. Le phénomène prenant de l’ampleur, la Ville décide de créer un Office municipal des sports. Ses statuts sont votés par le conseil le 5 juillet. Dans son introduction, la délibération précise que le sport est certes une distraction, mais aussi une « activité de compensation indispensable à l’homme maltraité par les multiples contraintes de la vie moderne. Il est surtout un exceptionnel moyen d’éducation, un précieux facteur d’épanouissement de la personnalité et un moyen de promotion humaine ». L’Office est administré par un conseil de 26 membres présidé par l’adjoint aux sports et comprend une commission féminine de 11 membres. Le nouvel organisme a quatre fonctions : établissement de relations entre l’enseignement, les sociétés sportives et la municipalité ; répartition des subventions aux organismes sportifs ; réunion des moyens matériels nécessaires à la pratique des sports ; mise en lumière des besoins de la jeunesse en matière d’équipements sportifs. Comme le résume le journal municipal « Angers notre ville », « l’Office rend concrète l’intention de la Ville de poursuivre une politique en faveur de la jeunesse et des sports. » SB.