Page histoire du Courrier de l'Ouest, 14 juin 2026
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En 1597, la misère des Angevins
Objets publicitaires Cointreau
Photo mystère : les halles et la rue Millet
14 juin 2015 : Au festival d'Anjou, "avant les trois coups"
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TÉMOIGNAGES D’ARCHIVES, PAROLES DE TÉMOINS
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers
ANGERS EN 1597 : LA MISÈRE DES ANGEVINS
État de la ville et des environs après huit ans de guerre
Ce texte* du 30 septembre 1597, extrait des délibérations du conseil de ville (Archives patrimoniales Angers, BB 46, f° 111 v° - 113 v°), montre dans quel état huit années de guerre entre les ligueurs du duc de Mercoeur basé en Bretagne et les tenants du roi protestant Henri IV avaient mis la ville d’Angers et les campagnes angevines. Fort heureusement, le duc de Mercoeur n’allait plus tarder à se soumettre et l’édit de Nantes à être signé le 13 avril 1598.
« Toute la compagnie avec lesdictz députez du clergé et des paroisses sont demeurez d’acord qu’il sera respondu à Monsieur Desmatratz, grand rapporteur de France, conseiller du roy en son Grand Conseil que sa commission ne pouvoit tomber en meilleure main d’aultant que luy estant de ceste province, il doibt avoir plus certaine congnoissance de l’estat d’icelle entièrement ruinée à cause du ravage qui y a esté sans intermission depuis ces troubles, mesmes durant les trêves que les ennemis ne se contentans des grosses contributions qu’on leur permettoit lever pour l’entretenement de leurs garnisons, ont tousjours tenu les champs comme ilz les tiennent à présent […].
Et il est tout notoire qu’auparavant les trêves toute la province estoit en feu, car oultre les places qui sont encore à présent rebelles, ausquelles de naguère se sont joinctes celles de Mirebeau et de Pouencé, les garnisons de Châteaugontier, Sablé, Le Plessis-Bourré et aultres n’y faisoient pas meilleur mesnage pour à quoy s’opposer le roy ayant esté contrainct mettre garnison en la ville et chasteau d’Angers, aux Pontz de Cee, à Beaufort, à Baugé, à Saumur, à Vezins et aultres places entretenues de deniers de la province. Il est aisé à juger s’il en est demeuré une seulle parcelle entière.
[…] Les ennemis non contans y ont oultre saisy, prins et enlevé tous les bledz, fruictz et revenuz des serviteurs du roy, et n’y a soldat de la suitte dudict sieur de Mercoeur qui n’ait eu don des fruictz de quelque mestairie, mesmes n’ont pas esté espargnez les biens des eclésiastiques. De là est arivé que la plus part des terres sont demeurées en friche, le commerce et le trafic a cessé, et enfin ont succédé troys ou quatre années de stérilité, telle que la plus part du menu peuple est mort de faim, qui a causé tant de pauvres mandians qu’il s’en est jecté en ceste ville plus de cinq ou six mil, entre lesquelz estoient la plus part des mestaiers et closiers du plat pays.
Lesquelz […] auroient esté contrains mandier, quicter et abandonner leurs lieux et se retirer en ceste ville pour y vivre. Pour la nourriture desquelz pauvres l’on a faict de grandes levées de deniers en ceste ville en vertu d’arrest de la court, et pour achever de peindre lesdicts ennemis, ont imposé des daces [taxes] si énormes sur les fruictz qui entrent es villes de l’obéissence du roy, signamment [spécialement] en ceste ville d’Angers, mesme sur bled, bestiaulx et sur le vin, que c’est chose monstrueuse que les denrées sont achetées deux fois auparavant qu’on les puisse mettre à couvert, que si le plat païs, père nouricier des villes est misérable, il ne fault doubter que la misère n’en redonde sur [retombe sur] elles […]. Nonobstant toutes lesquelles pertes et afflictions lesdicts habitans pour l’affection qu’ils ont tousjours eu au service de Sa Majesté et pour recouvrer leur liberté se sont mis en debvoir d’emploier tout leur bien et moiens pour cest effect comme ilz ont faict aparoir pour l’entretenement des armées de Sa Majesté aux sièges de Craon, Rochefort, Chemillé, Tigné, Brissac, Mirebeau, Beaupréau, Montreveau, Sainct-Florent et aultres places qui ont été assiégées pour les remettre en l’obéissence de Sa Majesté, tellement qu’ilz y ont employé jusques à la somme de soixante ou quatre vingtz mil escuz dont ilz paient interrest.
Et pour leur remboursement auroient eu quelque assignation d’un subside duquel ilz n’ont peu jouir et sont contrains pour s’acquicter de se condescendre a une levée desdictes sommes sur eulx et aultres provinces qui en ont ressenty le soulagement, qu’il a d’ailleurs esté levé sur lesdicts habitans et se lève de jour à aultre grandes sommes de deniers par érections nouvelles d’estatz [d’offices, de charges] comme de conseillers au siège présidial, commissaires examinateurs, procureurs en tiltre d’office, taxes sur les esleux, recepveurs des tailles et aides, plusieurs nouveaux subsides et aultres qui se lèvent au profit du roy.
Oultre lesquelles il se lève en ceste ville pour la garde d’icelle et fraiz de la despence qui se faict ès corps de garde pour la conservation d’icelle la somme de quatre mil escuz et plus et particulièrement sur les eclésiastiques, oultre les décimes ordinaires et charges ci-dessus ausquelles ilz contribuent, a esté ordonné estre levé sur eulx en l’année présente par arrest et commission de Sa Majesté du 27 mars dernier la somme de dix-sept mil tant d’escuz pour les interrestz des sommes qu’ilz doivent seullement.
Ceste ville et plat païs ayant souffert tous ces fléaux l’espace de dix ans et l’extrême stérilité de vins en l’année présente dont il se souloit faire [dont on a coutume de faire] quelque argent en ceste province, en laquelle il ne sera poinct recuilly aux vendenges prochaines le quart du coust de la faczon des vignes. Monsieur Desmatratz, commissaire, en fera, s’il luy plaist, remonstrence à Sa Majesté et à nos seigneurs de son conseil et néantmoins pour monstrer la bonne volonté et affection que lesdictz habitans ont à son très humble service,
A esté conclud que Sadicte Majesté sera suppliée très humblement sursoir le foible secours qu’elle pouroit espérer des habitans de ceste ville à quand la commodité de ses affaires luy poura permettre de tourner ses armées de decza et y venir en personne pour y remettre le repos ancien et que lors chacun s’esvertuera de contribuer de sa vie et de ce que luy reste de moiens pour effectuer une si nécessaire entreprinse qui sera d’aultant plus vaine que l’exécution en sera retardée puisque de tant de ruines et oppressions qu’ont souffertes les provinces de deça [de ce côté-ci], il ne leur reste plus que le dernier surpir [soupir] et l’espérence qu’ilz ont en la clémence et bonté de Sa Majesté pour les délivrer quand il lui plaira de la misérable servitude en laquelle ilz ont vescu depuis huict ans et vivent encores à présent, plus que jamais. »
*L’orthographe de l’époque a été conservée, mais le texte a été accentué suivant l’usage actuel.
ACTUALITÉ DES ARCHIVES
Édouard Cointreau, le créateur du triple-sec devenu la fameuse liqueur Cointreau, était passé maître dans l’utilisation de la publicité. Il utilise l’affiche en grand, commande l’un des premiers films publicitaires au monde, après ceux de Thomas Edison et des frères Lumière… Il ne néglige pas les objets publicitaires et ses successeurs continuent largement cette tradition. On ne compte pas les objets les plus variés qui servaient de prime et d’enseigne à la firme. Les Archives patrimoniales d’Angers en conservent un vaste échantillon : éventails, jeux de dés et de cartes, tapis de jeu, pichets, fèves, coussin-étui, rasoir, bouchons, boutons de manchette, nécessaire de couture miniature, cendriers, cache-pots, coffrets, boîtes lithographiées, pailles, crayons, fume-cigarette, ramequins, porte-clés, pinces à glaçon, dés à coudre, rouleaux de ruban, toupies, puzzles, chapeau en papier, shaker, ciseaux…
PHOTO MYSTÈRE
Entre les halles de la place de la République et l’établissement d’enseignement du Sacré-Cœur, la rue ne formait qu’une petite partie de la place de la République. Depuis la rénovation du quartier, c’est aujourd’hui la rue Millet. Bâties en 1875, impossibles à restaurer étant donné leur degré de vétusté, les halles sont démolies en janvier 1971. Le travail est confié à la Compagnie française des ferrailles qui s’est engagée à verser à la Ville une redevance de 140 francs par tonne de fonte récupérée et de 40 francs par tonne de ferraille, soit un total d’environ 3 000 francs. À leur emplacement, dans un premier temps, un parc de stationnement de 78 places est créé. Il en coûte alors 50 centimes par tranche de six heures… SB.
