Le musée des Beaux-Arts en 1944

Sommaire de la page : 
Le musée des Beaux-Arts meurtri en 1944
Les vues aériennes d'Angers sur le site des Archives patrimoniales (fonds Heurtier)
Photo mystère
10 mai 1963 : inauguration de la nouvelle usine Bull : 

Avec l'aimable autorisation de notre partenaire Le Courrier de l'Ouest, Ouvre une nouvelle fenêtre

TÉMOIGNAGES D’ARCHIVES, PAROLES DE TÉMOINS
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers

LE MUSÉE DES BEAUX-ARTS MEURTRI EN 1944

Les événements de 1944 – le bombardement de la Pentecôte et la libération de la ville – ont failli anéantir le musée des Beaux-Arts. Suivons-en le récit grâce au rapport rédigé en décembre 1944 par son conservateur, Georges Chesneau (Archives patrimoniales d’Angers, 2 R 2).

« 1944. 29 mai : bombardement d’Angers. Deux bombes tombent sur le musée. L’une, heureusement, sans éclater, pénètre au-dessus du grand escalier ; elle fait une large brèche dans le mur, à l’entrée des salles de peinture au 2e étage, traverse la voûte de l’escalier et s’arrête au 1er étage sur le palier devant la porte d’entrée du musée d’histoire naturelle. Les verrières sont brisées. Certaines cloisons des salles de peinture sont soufflées. Trois tableaux sont détruits, plusieurs autres détériorés par les débris de pierre. Des dessins de Lenepveu placés sur le palier son endommagés. 

L’autre bombe tombe dans la cour d’entrée du musée, devant l’annexe qui est presque totalement détruite par l’explosion. Cette annexe comprenait deux petites salles au rez-de-chaussée, où se trouvait le bureau du conservateur et trois pièces au-dessus servant de réserve.

L’autre corps de bâtiment comprenait la loge du concierge (complètement détruite) et l’atelier de moulage. Celui-ci ne s’est pas écroulé. Une partie du matériel et des moulages a pu être sauvée. Au-dessus, deux pièces servant de réserve. Dès le lendemain 29 mai, avec les deux gardiens du musée, nous mettons de l’ordre dans les salles de peinture. 

Le 3 juin, avec une équipe de six hommes, fournie par le service des ponts et chaussées, je procède au déblaiement de la partie de l’annexe écroulée. Je retrouve les documents intéressant le musée : le fichier, des revues et ouvrages, tous ces papiers et documents à peu près intacts. Quelques dessins de David d’Angers et des œuvres de la collection Jouin ont leurs cadres et verres brisés. Quelques dessins sont endommagés. La collection des moulages de Jean Pavie est en grande partie détruite. Je procède à un premier classement de tous ces objets en les transportant dans les salles du musée de sculpture. Une expertise détaillée reste à faire. Ces travaux de déblaiement se poursuivent sans interruption jusqu’au 19 juin.

Au début de juillet, avec une équipe de trois hommes fournie par la Ville et les gardiens du musée, je procède au décrochage de tous les tableaux des salles de peinture, à l’exception de 19 grands tableaux qui ne peuvent être déplacés avec les moyens dont je dispose. Tous ces tableaux sont transportés dans les sous-sols du musée de l’Évêché, mis à ma disposition par M. l’architecte des Monuments historiques et dans une salle des cours municipaux appartenant à la municipalité. Tous ces tableaux ainsi abrités, je procède à une protection sommaire des œuvres du musée de sculpture.

Le 6 juin 1944. Débarquement des Alliés en France. Du 1er au 3 août, les Allemands du poste de commandement installé dans les caves du musée prennent des dispositions pour monter un poste d’écoute dans les combles du musée. Le 5 août, ils démolissent les travaux commencés. Les allées et venues m’obligent à une surveillance continuelle. 

La bataille d’Angers, 8-9-10 août. Le 8, les Allemands font sauter le mât de trente mètres établi sur la terrasse du musée qui sert de support d’antenne pour le poste de commandement des sous-sols du musée. Dans la nuit du 9 au 10 août, la manutention, bâtiment proche du musée, est incendiée. Des obus tombent dans le jardin attenant au musée. Jusqu’au 10 août, jour de leur départ, les Allemands rassemblent des troupes de combat dans le jardin.

Le 10 août, l’école des beaux-arts, bâtiment tout proche du musée, est complètement détruite par le feu. Le musée est en danger d’être atteint par l’incendie. Le préfet vient dans l’après-midi du 10 constater la situation qui est tragique. L’absence de vent évite la propagation de l’incendie. À ce moment, les Américains arrivent dans la ville, dans la Doutre, c’est-à-dire au-delà de la Maine. Des éclats d’obus tombent dans le jardin de l’école des beaux-arts qui est en communication avec le musée et sur lequel j’exerce une surveillance active avec un groupe d’agents de la Défense passive. Le soir du 10 août, les Américains sont dans la ville.

Pendant cette bataille d’Angers, les œuvres restées dans le musée n’ont pas souffert. Quant à l’immeuble, toutes ses portes et ses fenêtres ont été détériorées, les vitres ont été brisées, les toitures ont été endommagées par des éclats d’obus. Jusqu’au 24 septembre, il est procédé à une restauration sommaire du local. Pendant cette période, je fais transporter dans les salles du musée d’histoire naturelle, au 1er étage du logis Barrault, les tableaux qui avaient été placés dans une salle des cours municipaux, cette salle devant être rendue libre. 

À partir du 24 septembre, jusqu’au 20 octobre, je me rends au dépôt de la Lorie, près de Segré pour en assurer la direction en l’absence de M. Richard, conservateur du musée d’Amiens. Le musée d’Angers reste sous la surveillance du concierge surveillant. 

En résumé, le bâtiment du musée est très détérioré, surtout dans sa partie haute. Les salles de peinture sont à remettre complètement en état. Il n’y a plus de moyens de chauffage. 

Les œuvres du musée sont dispersées : 

  • Au château d’Échuilly (135 tableaux et les cadres des dessins de David d’Angers)

  • Au dépôt de la Lorie (105 sculptures et les 530 médaillons en bronze de David d’Angers

  • Dans les sous-sols du musée de l’Évêché (162 tableaux)

  • Dans les salles du musée d’histoire naturelle (66 tableaux)

Au musée, il reste actuellement en place 19 grands tableaux qui n’ont pu être enlevés en raison de leur taille et dans les salles du rez-de-chaussée, le musée David d’Angers, moins les œuvres placées au dépôt de la Lorie. Nous ne possédons plus aucun local de réserve. Il reste à faire un inventaire détaillé des œuvres détériorées. Un projet de remise en état des locaux et de leur agrandissement est à l’étude. »

ACTUALITÉ DES ARCHIVES

Les Archives patrimoniales conservent une belle série de vues aériennes d’Angers dans le fonds Heurtier. Le comptable Bernard Heurtier, si passionné de photographie et d’aviation qu’il crée en 1961 une agence de photographie. Celle-ci se développe beaucoup autour de la photographie industrielle et aérienne. Nous venons de mettre en ligne les 1 064 vues aériennes qui concernent Angers. Vous pourrez les retrouver sur notre site d’archives, https://archives.angers.fr, Ouvre une nouvelle fenêtre

Elles s’échelonnent de 1962 à 1975 et couvrent tous les quartiers de la ville. C’est une mine d’informations. À titre d’exemple, voici la 18 Fi 1 qui illustre la date du jour concernant l’usine Bull. La route de Nantes coupe en biais le cliché. À sa droite, l’usine Bull. C’est encore un vaste chantier, car nous ne sommes que le 27 avril 1962. À l’arrière-plan gauche, le nouveau quartier de Belle-Beille, qui paraît minuscule. SB.

PHOTO MYSTÈRE

Un front bâti protégé par des grilles, légèrement enterré par la voie de circulation ? Dans quelle partie de la ville sommes-nous ? Les constructions semblent correspondre à un usage industriel ; mais deux pavillons présentent une architecture plus élaborée. Bonne réflexion et à dimanche prochain. SB

CA S’EST PASSÉ LE…

10 mai 1963 : La nouvelle usine Bull, route de Nantes, est inaugurée par le ministre de la Recherche scientifique, Gaston Palewski. 

Le PDG de l’entreprise, Joseph Calliès, en retrace les progrès : « Bull est née, il y a un peu plus de trente ans, de parents français. Ses éducateurs se sont souciés de lui faire faire de bonnes humanités, ce qui lui a permis, dès 1935, de lancer sur le marché une tabulatrice à cycles indépendants, la première de ce type au monde capable de lire 150 cartes perforées à la minute.

En 1951, Bull innovait en créant le Gamma 3, calculateur électronique à la technique révolutionnaire : pour la première fois des semi-conducteurs, diodes au germanium, étaient utilisés dans un calculateur à la place de tubes électroniques.

En 1959, Bull présentait, la première, un grand ensemble électronique à traiter l’information conçu en éléments, le Gamma 60, entièrement transistorisé […].

Au prochain SICOB, cette année, nous présenterons en fonctionnement sur des problèmes réels le Gamma 10, ensemble compact d’une extrême facilité d’utilisation, mettant à la portée des moyennes entreprises déjà rodées au traitement des cartes perforées toutes les caractéristiques des ensembles électroniques modernes : programme enregistré, traitement intégré, simultanéité de traitement. » SB.