La ronde des pierrots de Cointreau

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La ronde des pierrots de Cointreau
La fanfare Jeanne-d'Arc, une formation musicale oubliée
Photo mystère
26 avril 1487 : entrée du roi Charles VIII à Angers

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TÉMOIGNAGES D’ARCHIVES, PAROLES DE TÉMOINS
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers

LA RONDE DES PIERROTS DE COINTREAU

En 1875, à 26 ans, Édouard Cointreau (1849-1923) prend la direction de la distillerie créée en 1849 par son père Édouard-Jean, à l’origine marchand boulanger et son oncle Adolphe-Séraphin, confiseur. Il en développe immédiatement la production et met au point une liqueur blanche parfumée à l’orange, cristalline, pour se démarquer des curaçaos colorés, très nombreux. La nouvelle liqueur est d’abord longuement présentée dans les expositions, où elle reçoit quinze médailles, avant d’être déposée comme marque le 20 mai 1885, au tribunal de commerce d’Angers, sous le nom de « Triple-sec ». Le dépôt protège également le flacon qui lui est réservé : « un verre rouge de forme carrée, revêtu de deux étiquettes spéciales, d’une capsule métallique portant en relief « Triple sec blanc Cointreau » et d’un cachet en verre, adhérent au flacon : « Cointreau fils Angers ». 

Pour faire connaître mondialement le Triple-sec, il faut des images qui frappent. Édouard Cointreau a recours à la publicité. Il fait d’abord travailler, en 1895, l’illustrateur Albert Guillaume qui met en scène un personnage historique, le maréchal de Mac-Mahon sirotant un triple-sec devant le tableau de ses victoires en 1859 et s’écriant « Voilà le secret de l’éternelle jeunesse ». Cette image appelée à vieillir bien vite ne satisfait pas Édouard Cointreau.

En 1898, il s’adresse cette fois à Nicolas Tamagno. Le maître affichiste très connu de la Belle Époque a l’idée d’associer la liqueur cristalline à un pierrot blanc, une figure alors très en vogue, interprétée au théâtre par différents mimes, dont le mime Najac qui l’a directement inspirée. Un trait de génie. Autre trait de génie : Édouard Cointreau commande le premier film publicitaire de l’histoire et le pierrot y apparaît aussi. Dès lors, et pour six ou sept décennies, la liqueur et le pierrot ne font plus qu’un. Les années passant, il évolue au gré des réinterprétations que la firme demande à différents artistes : Maurice Mercier, Gustave-Henri Jossot, Carl Hap, Mars Trick, Charles Loupot, Zanardi… et surtout Jean-Adrien Mercier, connu pour ses nombreuses affiches publicitaires et de cinéma, grand illustrateur, petit-fils d’Édouard Cointreau. À partir de 1925, c’est lui surtout qui va, année après année, rénover la silhouette du pierrot jusqu’à ce qu’elle s’efface peu à peu dans les années 1960. On trouvera ci-dessous les principaux modèles de pierrot, pour les années 1898, 1938, 1949 et sa dernière réinterprétation en 1950. SB.

Dans une note pour le projet de musée Cointreau, en 1972, dressant la liste des documents qui devaient y figurer, Jean-Adrien Mercier revient sur l’origine du pierrot, un moment tombée dans l’oubli : 

« La photographie Nadar du pierrot mime Najac avec lorgnons qui a servi de modèle à Tamagno pour l’affiche du personnage type éditée par l’imprimeur Camis. Il s’agissait d’illustrer un produit blanc à base d’orange. Les curaçaos jusqu’alors étaient teintés. La vogue des curaçaos blancs fut le départ du Cointreau.
Tamagno mit donc son pierrot sur un fond orange. 
M. Edouard Cointreau portait des lorgnons et c’est là une malice de son ami Camis. 
Personne ne connaissait exactement l’origine du dessin qui a servi pendant environ soixante-dix ans. J’ai eu la chance de tomber sur la vente de tout un stock de photos Nadar en passant devant un libraire, rue [un blanc] devant le Sénat. J’ai un jour rencontré dans un atelier de litho le fils ou le neveu de Tamagno. »

ACTUALITÉ DES ARCHIVES

LA FANFARE JEANNE-D’ARC À ANGERS, UNE FORMATION MUSICALE OUBLIÉE

L’exposition « Fanfares et harmonies à Angers », présentée aux Archives patrimoniales jusqu’au 29 mai, remet en lumière une formation musicale oubliée : la fanfare, ou harmonie chorale Jeanne-d’Arc. Le début du XXe siècle est tout occupé d’une nouvelle sainte : Jeanne d’Arc, béatifiée le 11 avril 1909, canonisée le 16 mai 1920. Le 10 juillet de la même année, sa fête est fixée au deuxième dimanche de mai. À Angers, le 27 juin 1909, sa statue est érigée dans le square qui porte son nom à l’extrémité de l’avenue déjà ainsi baptisée en 1890. 

Quelques jours avant l’inauguration de la statue, le marquis de Becdelièvre fonde une fanfare qu’il place sous le patronage de cette « grande patriote », « libératrice de son pays ». Née de la fusion de l’Harmonie Saint-Laud et de la Chorale Jeanne-d’Arc, elle se fixe pour but de grouper des jeunes gens afin de leur donner le goût et la connaissance de la musique. 

François Félix Ouairy, professeur de musique, qui dirigeait jusqu’alors l’Harmonie Saint-Laud, en devient le chef ; Émile Théodule Lemerle, comptable à l’École supérieure d’agriculture, le sous-chef. Les statuts sont approuvés le 18 juin 1909, le règlement intérieur le 7 décembre. Une salle de répétition est mise à sa disposition par son fondateur, au 51 rue Bressigny.

Rapidement, la fanfare doit faire face à des tensions internes. Le manque d’assiduité et de discipline des musiciens indispose Émile Lemerle, au bord de donner sa démission en janvier 1911. En avril, Etienne Moncelet succède à Félix Ouairy qui a quitté Angers. La formation est en sous-effectif : la fanfare du IVe arrondissement vient à son secours en lui prêtant neuf musiciens en août 1911, pour le concours de Rochefort. 

Les 1er et 2 août 1914, alors que l’ordre de mobilisation est décrété, de nouvelles tensions voient le jour. Les musiciens mobilisés, sur le départ, viennent réclamer, avec insistance, leurs indemnités auprès du marquis de Becdelièvre.

En sommeil pendant la période du conflit, la fanfare cesse son activité au début de 1920. Le 11 décembre, un devis estimatif des instruments de musique appartenant au marquis est établi en vue de leur vente. C. Janin, SB.

PHOTO MYSTÈRE

Que reste-t-il de ce que montre ce cliché ? Rien, une fois de plus. Heureusement, il n’a que soixante ans et pourra parler à certains lecteurs ou à d’autres, amateurs d’histoire. Il documente un quartier qui a longtemps été un grand chantier. RDV dimanche prochain !

CA S’EST PASSÉ LE…

26 avril 1487 : le roi Charles VIII fait son entrée solennelle à Angers

Arrivé au château le 21 ou le 22 avril, le roi attend le 26 pour faire son entrée, suivant un programme un peu singulier. Il ne se rend pas à la cathédrale mais prête le serment accoutumé au château, devant « messieurs de l’Église d’Angers ». Il reçoit ensuite la municipalité qui lui fait présent d’un beau pot de jaspe, tandis que sa sœur Anne de Beaujeu est gratifiée de six tasses d’argent martelé à couvercle, toutes dorées, empruntées au doyen du chapitre cathédral pour qui les échevins en font refaire d’identiques chez un orfèvre de la ville, Jean Ogier. Le pot de jaspe eut l’heur de plaire au roi, puisqu’il le garda pour lui alors qu’il avait promis de donner à La Trémoille le don que lui ferait la ville. SB.