Page histoire du Courrier de l'Ouest, 1er mars 2026
Sommaire de la page :
Les Biscottes l'Angevine : souvenirs de Jean-Pierre Wasse - 2
La plus ancienne liste électorale conservée aux Archives patrimoniales d'Angers
Photo mystère
1er mars 1957 : Inauguration de la nouvelle caserne des sapeurs-pompiers à l'Académie
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TÉMOIGNAGES D’ARCHIVES, PAROLES DE TÉMOINS
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers
LA BONNE ODEUR DES BISCOTTES L’ANGEVINE !
Interview d’un ancien ouvrier de l’entreprise, Jean-Pierre Wasse
DEUXIÈME PARTIE
« La biscotte a connu ses années d’euphorie dans les années soixante. Elle était énormément consommée, c’était même dans la tradition de la ménagère d’avoir son paquet de biscottes journalier. Si elle était appréciée, c‘est qu’elle était plus croustillante, moins dure, plus agréable à croquer.
Une biscotte, du beurre, des fraises et du sucre !
J’ai un souvenir de ma grand-mère Leget qui, quand on était enfant, nous mettait une biscotte, du beurre, des fraises et du sucre dessus. C’était vraiment extraordinaire. La biscotte agrémentait pas mal de desserts à l’occasion. Au départ, elle était vendue dans un sachet en papier imperméable, garanti pour la conservation. Ce sujet de conservation était très important, à l’air libre la biscotte prenait un goût et devenait moins croustillante. C’est pour cela que l’on faisait des boîtes à biscottes.
L’histoire de France en points fidélité
Les Biscottes l’Angevine avaient des points de fidélité sur chaque paquet. Tant de points, et vous aviez droit à un jeu de cartes ou à un tapis de jeu, à des couteaux sommeliers. Et aussi, ce qui a été une réussite et un bon souvenir de Mme Pananceau [l’épouse du patron de l’entreprise], qui était professeur d’histoire, elle avait conçu un album répertoriant en images l’histoire de France. Dans chaque paquet de biscottes, vous aviez un personnage historique.
Le représentant, aussi un animateur
Les distributions contre des points faisaient partie de notre travail, même si on avait la fonction d’être représentant. On était aussi animateur pour mettre encore plus en valeur les produits avec la complicité des boulangères. Les Biscottes l’Angevine ont toujours eu une vocation publicitaire régionale, mais dans les petites fêtes de village. Elles étaient toujours présentes pour animer. On nous trouvait tout de suite une place et c’était très chaleureux vis-à-vis du comité des fêtes. Il y avait les courses cyclistes, la fête du rillaud, la foire aux pommes de Mouliherne… Pendant les courses, on distribuait de petits échantillons de doublettes, enveloppées évidemment. Les gens se précipitaient comme sur des lingots d’or. Il y avait aussi des bons de réduction de 30, 50 centimes, des chapeaux publicitaires… On apportait une sono. Un jour, à la fête de Chavagnes-les-Eaux, le curé est venu gentiment pendant la messe nous dire : « Vous ne pouvez pas baisser un peu le son parce que je voudrais bien finir la messe. » On allait aussi dans les fermes vendre pour le boulanger des brioches, en même temps que des biscottes. C’était un temps très convivial. On était très près de la clientèle. La direction faisait confiance à ses représentants.
Comme véhicule de livraison, j’ai connu les fameux H Citroën qui étaient très rustiques, tous tôlés, enjolivés d’une très belle couleur jaune, avec slogans publicitaires et la petite dame l’Angevine et son paquet de biscottes. C’était un repère. « Tiens, voilà les Biscottes qui passent. »
Attention fragile
Le matin, le bonjour aux collègues était important. J’ai de très bons souvenirs de complicité entre nous. Et avant de partir sur la route, j’avais toutes les informations, savoir comment les biscottes avaient été faites, si elles étaient bien. Rue du Champ-de-Bataille, on montait l’escalier et c’était l’odeur, on sentait bien si elles avaient été un peu plus grillées. Celles-là n’étaient pas mises dans les paquets. Le matin, on chargeait nos camions et on faisait la vente laissée sur place, car la vente ne se faisait pas en deux temps : passage du représentant, puis livraison. Les biscottes, il n’y a rien de plus fragile, elles peuvent être fêlées par un simple petit choc. La façon de charger le camion, puis la livraison étaient très importantes. C’est pour cela qu’on avait non seulement la vente, mais la livraison, et même la facturation et l’encaissement. Cette méthode de travail était bien rassurante pour le client. On organisait son stockage. Dans les maisons de retraites, on était très proches des cuisiniers et on allait voir ce qui restait. Les cartons derrière, on les mettait devant.
Méthodes de travail
Il ne nous arrivait pas souvent de nous retrouver après le travail. Je rentrais tard le soir : mes journées commençaient vers 7 h 15 et je rentrais vers les 20 h. C’était cinq jours par semaine et de temps en temps le samedi pour les animations et quelquefois le dimanche pour les jours de fête. La hiérarchie était organisée assez naturellement, chacun avait son poste. Il y avait un directeur, mais il était lui aussi sur la chaîne de production, il était vraiment tout près des gens sur le terrain. Il contrôlait surtout la fermentation des biscottes pour que le pain qui cuisait ne pousse pas trop dans les moules et n’accroche pas. C’était dans ces fameuses étuves, au départ chauffées au charbon, avant l’arrivée du gaz. C’était là la subtilité, l’instinct, car il n’y avait pas de thermomètre. Le directeur voyait comment la pâte réagissait, comme le boulanger, selon la température ambiante, l’humidité, si le temps était à l’orage.
Quand je suis entré à l’Angevine, en 1972, même nous, les représentants, n’avions pas de téléphone. Il n’y en avait qu’un seul pour la secrétaire. Son bureau était un lieu de rencontre, tout à fait convivial. En attendant pour téléphoner, on y discutait. Mais nous avions peu à téléphoner. Chez les clients, on marquait notre prochain passage sur les agendas que l’on offrait tous les ans.
Le déménagement aux Ponts-de-Cé en 1981 a permis d’évoluer, mais je garde de très bons souvenirs de la rue du Champ-de-Bataille. »
Propos recueillis par Maud Fravega, association Mémoires vives, 3 mai 2006. Archives patrimoniales Angers, 34 J 3.
ACTUALITÉ DES ARCHIVES
La plus ancienne liste électorale conservée aux Archives patrimoniales d’Angers.
C’est un petit cahier imprimé intitulé « Table alphabétique par section des citoyens du canton d’Angers ayant droit de voter dans les assemblées primaires qui auront lieu le premier germinal prochain, de l’an 5 [21 mars 1797] de la République ».
Avec la Constitution de septembre 1791 apparaissent les premières listes électorales. Le droit de vote est alors limité aux hommes de plus de 25 ans acquittant un cens (impôt direct). Le suffrage universel masculin est exceptionnellement appliqué pour l’élection de la Convention en 1792, mais le Directoire rétablit le suffrage censitaire. Le suffrage est indirect, car les assemblées primaires élisent des assemblées du second degré, où les électeurs disposent de revenus plus élevés, qui élisent les députés.
Ce que montre l’introduction du document :
« L’administration municipale du canton d’Angers, en rendant publique la liste des citoyens qui auront droit de voter dans les prochaines assemblées primaires, a voulu non seulement éclairer ses concitoyens sur le choix de ceux qui mériteront leur confiance, mais encore mettre à portée ceux qui n’y sont pas compris et qui réunissent les conditions requises par la Constitution, pour être admis à voter, de se faire inscrire avant l’ouverture des assemblées. […] Tous les citoyens domiciliés depuis un an dans ce canton, âgés de vingt un ans et qui paient une contribution directe dans quelque partie que ce soit de la République, et […] tous ceux qui ont fait une ou plusieurs campagnes pour l’établissement de la République, sans condition de paiement d’impositions, étant admis à voter, doivent se faire inscrire à la municipalité […]. Il faut aussi observer […] qu’un débiteur failli ou son héritier immédiat […] ne peuvent pas être admis à voter. Ce sont les assemblées primaires qui doivent les surveiller et les en exclure s’ils s’y présentent et c’est par la méditation de la liste des citoyens que chacun parviendra à les connaître. »
La table alphabétique électorale indique pour chacun sa profession. Les premiers inscrits, lettre A de la section A, sont notaire, serrurier, libraire, menuisier, cabaretier, marchand, cloutier, voiturier, boucher, potier d’étain, homme de loi… Aucune mention n’est indiquée pour les propriétaires rentiers. SB.
PHOTO MYSTÈRE
C’est une rue d’apparence modeste, les bâtiments alentour y sont des plus variés, sans parti pris urbanistique. Sur la droite, un gros chantier de canalisation paraît en cours. Des panneaux publicitaires fleurissent d’un côté comme de l’autre, y compris devant la belle construction de gauche. Voyez-vous dans quel endroit de la ville a été pris ce cliché, il y a plus de cinquante ans ? RDV dimanche prochain ! SB.
CA S’EST PASSÉ LE…
1er mars 1957 : Inauguration de la nouvelle caserne des sapeurs-pompiers à l’Académie
En 1913, Angers se dote d’une caserne de sapeurs-pompiers, construite rue Jules-Dauban. Elle est malheureusement entièrement détruite lors du terrible bombardement de la Pentecôte 1944, dans la nuit du 28 au 29 mai. Tout le matériel est anéanti. Après la guerre, les sapeurs-pompiers sont hébergés au 20 bis rue de Brissac en attendant la reconstruction de leur caserne qui ne débute qu’en 1953. Ce sont les bâtiments de l’ancienne Académie d’équitation et ancien lycée Chevrollier qui sont retenus, place de l’Académie. Eux-mêmes ont subi les bombardements de 1944. La reconstruction, sur les plans d’André Mornet, architecte de la Ville, est intégrale. La nouvelle caserne est inaugurée le 1er mars 1957, « au terme de douze années de démarches, de travaux, d’attente et parfois d’impatience », comme l’écrit le journaliste du « Courrier de l’Ouest ». Les travaux ont coûté 200 millions de francs et le matériel, 60 millions. Alors que les verres se levaient pour clôturer la cérémonie, l’alarme retentit et plusieurs sapeurs-pompiers démarrent en trombe dans la jeep de premier secours, comme dans un scénario bien huilé. SB.
