Page histoire du Courrier de l'Ouest, 30 mars 2025
Sommaire de la page :
Les ancêtres des parkings silos
Poids et mesures d'avant la Révolution
Photo mystère : le Grand Café du Boulevard
30 mars 1962 : l'adieu au cirque-théâtre
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CHRONIQUE
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers
LES ANCÊTRES DES PARKINGS SILOS
1921 : le Maine-et-Loire compte déjà 2 877 voitures automobiles. La circulation dans les rues d’Angers devient difficile… « Comment résoudre le problème ? » titre le journal « L’Ouest » en septembre 1924. Trois mesures sont proposées : un sens unique pour les rues étroites, la règlementation du stationnement et la création de « garages municipaux permanents » sur les principales places de la ville.
Des entreprises privées mettent en œuvre une autre solution, promise à un bel avenir : des parcs automobiles couverts, que l’on n’appelle pas encore parkings en silo. Le premier est dû à Dran, patron du Grand-Hôtel, place du Ralliement qui crée dès 1897 un garage spécial pour automobiles et vélocipèdes, rue Saint-Maurille. Une innovation reprise par le garage Gesbert, 28 boulevard de Saumur (du Maréchal-Foch) vers 1910, puis par le grand garage Malinge et Guillet du 23 rue Paul-Bert, la plus importante affaire automobile de l’Ouest, qui ouvre en 1922 un garage annexe rue Jean-Bodin, avec des box pour les voitures.
Ces parkings restent toutefois modestes et ne peuvent guère abriter qu’une cinquantaine de véhicules. En 1925, on prêtait à l’agence Citroën, également située boulevard de Saumur, au n° 48, l’intention de faire bâtir un grand garage pouvant abriter plusieurs centaines de voitures. Mais c’est un marchand de biens, Gripon – on le qualifierait aujourd’hui de promoteur immobilier – qui conçoit un vaste garage couplé avec une station-service, situé… 5 boulevard du Maréchal-Foch, décidément le boulevard de l’automobile des Années folles ! Peu avant son ouverture en juillet 1929, il se retire de l’affaire, la cédant à son entrepreneur, Auguste Durand, qui construit alors la Maison bleue, juste en face…
L’établissement ouvre au début de juillet 1929, à l’enseigne du Grand Garage d’Anjou. Sa belle façade Art déco n’arbore pas encore en grandes lettres la marque Renault. C’est Talbot qui est d’abord retenu. La station-service et le hall d’exposition sont bâtis sur l’ancienne cour de l’hôtel particulier du docteur Souvestre, un parking pour 250 voitures est aménagé à l’arrière, à la place du jardin, ouvrant sur la rue Hanneloup. Un atelier de réparations courantes est également installé sur cette rue. Les employés se donnent à fond sous la houlette de Durand père, puis de son fils Robert.
Juin 1930, selon les mots de Robert Durand lui-même, « sonne le départ d’une importante extension de l’affaire » : Renault remplace Talbot. Un second atelier pour l’entretien automobile est ouvert au 59 rue Saint-Léonard. L’année 1935 n’est pas moins importante, avec le rachat de l’ex-garage Malinge et Guillet, agence Renault, qui devient l’annexe réparation-vente des voitures d’occasion, tandis que station-service, vente des voitures neuves et parking restent sur le boulevard.
Le garage ne peut se maintenir pendant la guerre. Le gouvernement polonais en occupe une partie en 1939. L’armée allemande a tôt fait de le réquisitionner en 1940, à l’exception du magasin d’exposition transformé en Maison du prisonnier. Les Américains l’occupent quinze jours à la Libération, puis les locaux sont mis à disposition d’entreprises sinistrées - Lucas-Underberg, Brisset-Moncany - et de la direction régionale des services agricoles.
Après la guerre, le garage-parking se modernise, transformé en Station Bleue en 1952, surélevé d’un étage en 1955 pour offrir désormais 300 places au stationnement, sur trois niveaux. Nouvelle mue en 1962 : devenant le Central Parking, l’accent est mis sur cette fonction, en même temps que sur l’entretien des voitures, avec des appareils de plus en plus perfectionnés. En septembre 1962, le garage met à disposition, pour la première fois dans l’Ouest, un appareil automatique de lavage sous pression des châssis de voitures. 15 jets à 18 kg de pression ne laissent plus aucune place aux boues anciennes ! Toujours dans l’innovation, l’établissement devient en 1964 concessionnaire DAF, des voitures « nerveuses, rapides, 100 % automatiques ».
Tout change et les situations les mieux établies sont remises en cause par les difficultés économiques des années 1970. Robert Durand met donc un terme au Central Parking le 31 décembre 1975. Les lieux sont libérés en mai 1976, rachetés par la Caisse d’Épargne pour y bâtir son nouveau siège, ouvert au public le 22 octobre 1980.
ACTUALITÉ DES ARCHIVES
POIDS ET MESURES D'AVANT LE SYSTÈME MÉTRIQUE
L’exposition « 550 ans, la création de la municipalité d’Angers, 1475-2025 », visible au RU-Repaire urbain jusqu’au 7 juin 2025, est l’occasion de faire un peu de métrologie… c’est-à-dire d’étudier les poids et mesures en cours avant la Révolution. Car le système métrique actuel ne remonte qu’à la fin de la Révolution française. Le gouvernement républicain avait promis « une loi, un poids et une mesure ». Les diverses mesures devaient être liées entre elles et chacune divisée ou multipliée avec une échelle décimale. Le mètre serait utilisé pour la longueur, le gramme pour le poids, le litre pour le volume. Le nouveau système métrique, officiellement adopté en France le 10 décembre 1799, ne réussit à s’imposer que grâce à la généralisation de l’alphabétisation, à partir du règne de Louis-Philippe.
Avant 1799, c’est le chaos dans les mesures, chaque pays, chaque province a son système. Certaines mesures sont fondées sur le corps humain. Le pied de roi en Anjou, soit 12 pouces, équivaut à 0,3248 m. Pour des mesures plus petites, on parle de doigt. Plus grandes, ce sont l’aune, pour les tissus (1,188 m), souvent liée à la largeur des métiers à tisser locaux ; la toise de 6 pieds (1,949 m) ; la perche commune (20 pieds, 6,496 m) ; la lieue commune (4,445 m). La lieue d’Anjou est plus longue : 4,677 m.
En superficie, on mesure en arpent, septerée, journal (un journal équivaut à 0,5273 ha) et boisselée. À Angers celle-ci vaut 0,0659 ha, mais seulement 0,0549 ha en Saumurois.
En matière de poids, on connaît la livre (489,50 g), le quarteron (1/4 de livre), l’once (1/16e de livre). Pour les grains, on utilise le boisseau (16,972 litres) et le septier (203,67 litres). Les mesures pour le vin sont très importantes en Anjou : pinte (0,952 litre), chopine (1/2 pinte) et pipe (500 pintes, soit 475,6 litres). Les comptes municipaux mentionnent très fréquemment des pipes de vin. On offre alors volontiers une ou plusieurs pipes aux grands personnages qui passent à Angers. Ce qui constitue un fort beau présent.
L’exposition montre deux poids-étalons du début du XVIe siècle qui servaient à vérifier les poids des commerçants. L’un pèse 50 livres. Il est timbré de deux fleurs de lys et d’une hermine. On peut donc le dater des années 1492-1513. L’autre, de 25 livres, porte seulement les armes de France à trois fleurs de lys entourées du collier de l’ordre de Saint-Michel. Dans la même vitrine est exposé un boisseau-étalon pour les grains, en bronze. Il remonte à la fin des années 1520, car il porte une inscription qui indique sa réalisation en exécution d’une sentence de Jean Cadu, juge ordinaire d’Anjou et maire d’Angers. SB.
PHOTO MYSTÈRE
C’était le Grand Café du Boulevard, à l’emplacement de l’actuel magasin Damart. L’espace à gauche du cliché est encore vide, après la démolition du Grand-Cercle et avant la construction de l’ensemble immobilier comprenant un hôtel 4 étoiles, 100 appartements et des magasins. Le café avait été ouvert en 1872 par un certain Jean Rouillard, quelques années après l’ouverture de la rue d’Alsace. Le boulevard se développait et les commerces aussi. Au Grand Café, on pouvait entendre un orchestre, profiter des spectacles de Paris, des chansonniers de Montmartre, des soirées « chatnoiresques » et même du cinéma. En 1950, Élie Laurendeau, principal garçon du café, en fonction depuis 1910, assure au « Courrier de l’Ouest » : « C’est un établissement sérieux qui fait partie de la vie même de la cité : on n’envisage pas Angers sans le Café du Boulevard. » Et pourtant il a disparu en 1968. Autres temps, autres mœurs ! SB.
