Les premières écoles maternelles

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Les premières écoles maternelles
Ouverture de la concession Citroën en 1924 boulevard de Saumur
Photo mystère
8 novembre 1822 : Le préfet se renseigne sur les cafés de la ville : 

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CHRONIQUE 
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers

PREMIÈRES ÉCOLES POUR L’ENFANCE

À partir du XVIIIe siècle, une plus grande importance est accordée à l’enfant. Les petites écoles se développent. À la fin du siècle, le pédagogue suisse Pestalozzi présente le résultat de ses expériences éducatives. Dans les années 1810, des salles d’asile ou écoles de la première enfance pour les enfants de familles pauvres voient le jour en Suisse, Allemagne, Angleterre et aux États-Unis. Il s’en fonde à Paris en 1825. 

Angers ne reste pas à l’écart de ce mouvement. Dès 1832, une association charitable de souscripteurs pour l’établissement de salles d’asile voit le jour. Parmi les administrateurs figurent Grégoire Bordillon et certains de ses amis républicains : : Freslon (futur ministre de l’Instruction publique en 1848), le docteur Lefrançois, Adville (maître de pension, propagateur de l’enseignement mutuel), Contencin (capitaine d’artillerie au château), Leclerc-Guillory (négociant, fondateur de la Caisse d’épargne d’Angers)… La souscription est ouverte chez le notaire Mars-Larivière à Angers et chez l’imprimeur Ernest Le Sourd. En même temps, un comité de dames se réunit autour de l’épouse du préfet Hyacinthe Barthélemy. A son départ en 1834, elle est remplacée par l’épouse du nouveau préfet Gauja. Par la suite, les « Annuaires statistiques de Maine-et-Loire » donnent la composition du comité.

C’est Rey, conseiller à la cour d’appel d’Angers, « homme d’un esprit élevé », qui présente le projet à la municipalité. Après deux examens détaillés, le conseil vote 1 000 F pour un essai dans le quartier le plus populeux de la ville. La maison du Saint-Esprit, rue Saint-Nicolas, est mise à disposition. Les locaux sont modestes et vétustes, mais c’est un premier pas, à l’origine de l’école maternelle Descartes. L’asile du Saint-Esprit ouvre en 1833, sous la direction de Victoire-Adélaïde Mahieu (1787-1863), originaire du Calvados : début d’un engagement passionné en faveur de l’éducation des jeunes enfants. 

En 1835, l’allocation de mille francs inscrite au budget de la Ville est doublée, la fondation d’une deuxième salle étant envisagée. Après la Doutre, c’est le faubourg Saint-Michel qui est retenu à cause de son importante population. L’association des souscripteurs fondateurs des salles d’asile d’Angers achète en juin 1835 un terrain à l’angle de la rue de Bouillou (actuelle rue Bardoul) et du passage qui conduit aux buttes des carrières abandonnées. L’adjudication des travaux ne tarde pas et l’asile Saint-Michel peut ouvrir en août 1836. Les bâtiments sont cette fois spécialement conçus pour leur destination. La salle de classe, très vaste – plus de 150 m2 – peut accueillir au moins 250 enfants. Elle est éclairée par 14 fenêtres élevées de 4,30 m au-dessus du sol. Le préau couvert mesure 8 m sur 15,20 m. Il y a cour, jardin, salle pour former les moniteurs, laverie, calorifère, logement pour la directrice. On comprend que Victoire Mahieu en demande la direction et c’est elle qui fait l’ouverture.

Victoire Mahieu en fait un établissement modèle, titre accordé par le ministère en 1857. L’enseignement est réglementé à plusieurs reprises : par ordonnance royale du 22 décembre 1837, renouvelée par un règlement général du 22 mars 1855. Un règlement particulier est adopté à Angers le 4 mai 1857. Chants, exercices d’imitation, catéchisme, enseignement de l’Ancien et du Nouveau Testament, calcul verbal, exercices moraux, explication des poids et mesures, exercices de dessin linéaire alternaient au cours d’une journée qui commençait à 10 h et s’achevait à 17 h. Mais les enfants étaient accueillis à partir de 7 h en été, de 8 h en hiver et pouvaient rester, en récréation, puis en travail manuel jusqu’à 18 h en hiver et 19 h en été. L’apprentissage de la lecture était en principe assez limité. On utilisait des pupitres à lettres mobiles pour composer des mots. Pour l’écriture, il s’agissait d’imiter des lettres sur ardoise. Les salles d’asile ont répandu l’enseignement par l’image, promu celui du chant, les travaux manuels (surtout textile à Angers), les exercices corporels et jeux variés.

La création des salles d’asile est un succès éducatif, mais pas financier. L’accueil des enfants est gratuit et les souscripteurs ne sont pas assez nombreux pour éviter un déficit de fonctionnement. Aussi, à la demande de l’association, la Ville prend-elle entièrement en charge leur fonctionnement à partir de 1838. Elle ouvre d’autres salles : Saint-Joseph en 1840, Saint-Maurice en 1848, rue Parcheminerie en 1871. Bientôt celles-ci prennent le nom d’écoles maternelles.

ACTUALITÉ DES ARCHIVES

L’OUVERTURE DE LA CONCESSION CITROËN À ANGERS

Il y a peu de temps a ressurgi en salle des ventes à Nantes tout un album de clichés des succursales Citroën en France. Il n’était pas question d’acheter l’ensemble, mais nous avons pu obtenir copie des documents concernant Angers. La succursale Citroën angevine date de 1924. Elle est ouverte au 48 boulevard de Saumur (du Maréchal-Foch), mais n’est inaugurée qu’après l’achèvement complet des travaux de construction, menés par l’architecte de la firme, Ravaze, qui vient de réaliser la succursale de Nantes. Les petits plats sont dans les grands pour le cocktail du jour J, le 22 décembre 1925 et le gâteau prend la forme… de la tour Eiffel ! Le nom de Citroën y resplendit en effet depuis le 4 juillet. L’heure est véritablement à Citroën en 1924-1925. La caravane des modèles Citroën séjourne par deux fois à Angers, en janvier, puis en octobre 1924, tandis qu’à la cavalcade de la Mi-Carême 1925 paradent les Citroënettes, reproductions de la type C à l’échelle 1/3 et à pédales pour les enfants. SB.

Je remercie Étienne Vacquet de m’avoir signalé cette vente.

PHOTO MYSTÈRE

Voici un endroit de la ville qui a beaucoup évolué. Il était assez densément bâti, mais depuis est tout à fait « aéré »… Un indice sur la photographie vous aidera à reconnaître le lieu. Quant à la date, nous sommes en 1965. À dimanche prochain ! SB.

ÇA S’EST PASSÉ LE…

8 novembre 1822 : le préfet demande des renseignements sur les cafés de la ville

23 cafés – ce qui est peu pour une ville de 30 000 habitants - sont répertoriés et classés, du plus chic aux cafés fréquentés par des ouvriers… Le café était encore de l’ordre de la nouveauté. Les classes sociales y étaient très marquées. L’objectif était aussi de connaître les différents lieux pouvant servir aux réunions politiques.

Les trois premiers sont indiqués sous la même enseigne de Grand Café. Ils sont situés rue Saint-Aubin et rue Parcheminerie, fréquentés par des « jeunes gens appartenant à la classe aisée sans opinions bien prononcées » ou « imbus d’idées libérales » (on est sous la Restauration). Le Café de la Comédie, place des Halles (Louis-Imbach) – le théâtre de la place du Ralliement n’ouvre qu’en 1825 - « n’est fréquenté que les jours de spectacle et par les spectateurs de la classe aisée ». 

Suivent dans la liste le Café de France, quai Royal, où se rendent propriétaires et commerçants partisans du système libéral, de même que quelques étrangers, par le voisinage des bureaux de diligence ; le Café des Arts, rue Bourgeoise (bas de la rue Baudrière) qui n’est fréquenté que les jours de foire et de marché. 

À la Porte Saint-Aubin – les remparts sont démolis mais l’enseigne est restée – comme au Café de la Promenade, boulevard Monsieur (entre les rues Saint-Aubin et David-d’Angers), on sert à des ouvriers et l’on y vend aussi du vin. La plupart des autres cafés sont fréquentés par des ouvriers. SB.