Saint-Aubin, royale abbaye

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Saint-Aubin, royale abbaye
 Exposition “Cavalcades et chars fleuris” aux Archives patrimoniales
Photo mystère : rue de la Poissonnerie
6 juillet 1986 : une technologie de l'an 2000 à l'Office de Tourisme

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CHRONIQUE 
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers

SAINT-AUBIN, ROYALE ABBAYE

Saint-Aubin, probablement la plus ancienne abbaye de l’Anjou, n’est à l’origine qu’un simple caveau aménagé à l’extrémité méridionale du cimetière paléochrétien d’Angers pour recevoir le corps de l’évêque d’Angers Aubin (529-550). Sur ordre du roi mérovingien Childebert (511-558), l’évêque de Paris, Germain (552-576), fait entreprendre la construction d’une basilique afin d’y transférer le corps d’Aubin. La translation se déroule sans doute peu après 558. Elle est relatée par Venance Fortunat, évêque de Poitiers, auteur d’une Vie de saint Aubin vers 567-576. 

Au moment où Fortunat écrit, la fête de saint Aubin est déjà bien établie au 1er mars, jour de sa mort. Ce qui est confirmé par Grégoire de Tours (v. 538-594) qui rapporte un miracle obtenu un 1er mars dans la basilique Saint-Aubin, grâce à l’intercession de saint Martin et de saint Aubin. L’association d’Aubin à Martin, saint des rois mérovingiens, dont la basilique se trouvait à proximité de celle de Saint-Aubin, est un signe supplémentaire du caractère royal de Saint-Aubin d’Angers. Autre indice : sa localisation devant la sortie est de la ville, le long de l’ancien axe principal romain retracé obliquement pour rejoindre au plus court la voie de Tours (rue Bressigny). Saint-Aubin se trouvait donc en position d’accueil de tout visiteur arrivant en ville, à commencer par rois et princes pour leur entrée solennelle. 

Très vite, une communauté de clercs assure la garde du sanctuaire et l’accueil des pèlerins. L’acte le plus ancien figurant dans le cartulaire de Saint-Aubin émane de Charlemagne. Le texte de 769 confirme les biens reconnus à l’abbaye par son père Pépin et fixe à cinquante le nombre de frères de la communauté. Le monastère tient une place importante dans l’Anjou carolingien. C’est un bien royal. Louis le Pieux y séjourne à deux reprises en 818. Il y possède un palais. Son épouse Ermengarde y décède. 

Au Xe siècle, l’abbaye est aux mains des comtes d’Anjou. En 966, Geoffroy Grisegonelle substitue des moines aux chanoines. Dans une charte de 972, l’évêque d’Angers rappelle sa qualité d’abbaye royale et confirme ses privilèges, en particulier l’usage voulant que l’évêque de la ville soit ordonné dans cette église. À la fin du siècle, l’abbaye décide d’établir un bourg le long de la rue Saint-Aubin. Pour ménager son enclos, la grande rue sortant de la ville et se dirigeant vers Tours est rabattue vers la rue Saint-Aubin : c’est l’origine de la rue Courte (écourtée), actuelle rue du Musée. 

L’abbaye connaît son apogée aux XIe-XIIe siècles, tant au plan spirituel, architectural qu’intellectuel et artistique. Les moines sont au nombre de 105 en 1082. Tous les bâtiments sont reconstruits après l’incendie de la ville en 1032, et encore renouvelés au XIIe siècle à partir de l’abbatiat de Robert de La Tour-Landry (1127-1154). Preuve de richesse, on n’hésite pas à rebâtir des bâtiments encore neufs, mais sans doute trop austères, pour les mettre au goût du jour. Le plan du monastère est traditionnel : église au nord, chapitre et dortoir à l’est, réfectoire et cuisine (de plan circulaire) au sud, caves et greniers à l’ouest. Dans l’abbatiale, le plein-cintre règne partout. Mais surtout, l’architecture est décorée avec une fantaisie et une profusion étonnantes. Sculpture, souvent d’inspiration aquitaine, et peinture sont liées. Ce qu’illustre la façade encore conservée de la salle capitulaire sur le cloître, ainsi qualifiée lors de sa redécouverte en 1836 : « Toutes les formes bizarres, monstrueuses, fantastiques, extravagantes, semblaient s’être épuisées dans cette architecture. »

Dans le même temps, le scriptorium – atelier de production de manuscrits – est très actif. L’écolâtre Marbode finit d’ailleurs ses jours à l’abbaye. En 1790, la bibliothèque de Saint-Aubin comporte environ deux mille ouvrages, moins que celles du Mont Saint-Michel ou de Saint-Martial de Limoges, mais autant que bien des bibliothèques réputées.

À la fin du Moyen Âge, la règle s’assouplit. Les titulaires d’offices claustraux – prieur, sous-prieur, aumônier, sacristain… – veulent chacun leur logis et jardin particuliers. Après 1535, l’abbaye tombe en commende. De grands personnages ajoutent à leur titulature le titre d’abbé de Saint-Aubin et surtout à leur cassette les revenus de l’abbaye, dont ils ne songent qu’à tirer le maximum. Une réforme de la vie monastique s’imposait depuis longtemps. L’évêque Henri Arnauld (1649-1692) s’y emploie, avec difficulté. En 1660, il finit par obtenir l’union du monastère à la congrégation des bénédictins de Saint-Maur, projet remontant à 1619. Cette réforme revivifie l’abbaye et provoque un renouvellement presque complet des bâtiments (1688-1730), à l’exception de l’église, du cloître et de l’aile ouest. La nouvelle reconstruction est suffisamment somptueuse pour qu’à la Révolution Saint-Aubin paraisse le lieu le plus idoine pour abriter les nouvelles administrations du département, puis de la préfecture à partir de 1800.

ACTUALITÉ DES ARCHIVES

Vitrines des Archives
Nouvelle exposition : « Cavalcades et chars fleuris à Angers ».

Les cavalcades et défilés de chars fleuris font partie des fêtes de rue très populaires qui animaient autrefois la ville d’Angers : fêtes de la Mi-Carême et fêtes des Fleurs à la fin du XIXe siècle et jusque dans les années 1930, puis fêtes du faubourg Saint-Michel et corsos fleuris après la seconde guerre mondiale. Ces cortèges, composés de chars et voitures décorés, de fanfares et de groupes costumés, offrent un divertissement gratuit à la population. Les reines d’Angers ou des quartiers, fières de leur élection, y tiennent le premier rôle, trônant sur leurs attelages. Décorés en fleurs naturelles ou artificielles, les chars demandent un long temps de préparation aux bénévoles. Sur un thème commun comme pour les fêtes de Saint-Michel, ou de façon libre, les créateurs rivalisent d’imagination pour confectionner des sujets originaux, spectaculaires, drôles ou poétiques. 

Si le défilé des voitures et chars fleuris est le point d’orgue de ces journées de festivités, chaque programme propose des animations spécifiques : des batailles de fleurs, des bals, des spectacles, des feux d’artifices ou des tombolas. Certaines activités payantes permettent de compléter les recettes des comités d’organisation. Car ces cavalcades sont les héritières des fêtes de charité du milieu du XIXe siècle. La fête de la Mi-Carême a été « instituée pour donner de l’élan au commerce et pour permettre de faire de nouvelles aumônes, les caisses de toutes les œuvres s’épuisant rapidement au cours de l’hiver ». La fête des fleurs et surtout les fêtes du faubourg Saint-Michel reprennent cet esprit de bienfaisance. C. Janin.

PHOTO MYSTÈRE

La rue de la Poissonnerie que l’on voit ici à son extrémité vers la rue Baudrière, était l’une des plus commerçantes de la ville. Jusqu’au XIIIe siècle, les foires d’Angers se tenaient à proximité, sur les Grands Ponts et aux environs. La poissonnerie s’y trouvait et concentrait une bonne part de ce marché. Dans sa « Description de la ville d’Angers » publiée en 1778, Péan de La Tuillerie écrit encore que « quoique de médiocre largeur, elle est des plus fréquentées de tout Angers ». En 1771, les frères Coullion de La Douve, négociants, y ont fait construire à l’angle de la rue Baudrière la grande maison que l’on voit à droite, avec son rez-de-chaussée à arcades reliant boutiques et entresol. Le parti choisi est calqué sur l’architecture nantaise conçue par l’architecte Ceineray à partir des années 1760. Elle a malheureusement été démolie à la fin de 1979. SB