Le domaine du Hutreau

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Le domaine du Hutreau
Une boucherie très ancienne, place de la Laiterie
Photo mystère
29 juin 1833 : création du dépôt de Polonais de Maine-et-Loire

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CHRONIQUE 
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers

LE DOMAINE DU HUTREAU

Le Hutreau, aujourd'hui propriété de la Ville d'Angers, est un exemple des grands domaines nés au contact de la ville, d'abord domaine agricole appartenant à la bourgeoisie angevine, puis résidence d'agrément d'une haute société quelquefois parisienne.

Le premier propriétaire connu est en 1658 Marc Foussier de La Cassinerie, conseiller au présidial, issu d'une famille d'avocats. Les gens de justice étaient fort nombreux à Angers sous l'Ancien Régime, du fait de la présence d'importantes juridictions comme celle du présidial, intermédiaire entre les juridictions inférieures et le Parlement de Paris. 

À la fin du XVIIe siècle, le Hutreau passe de la bourgeoisie à une famille d'anoblis, les Garsanlan, maîtres en la chambre des comptes de Bretagne. En 1780, la veuve d'un grand négociant angevin, Marie Courballay, achète le domaine. Quoique possession de familles très aisées, le Hutreau reste un domaine à vocation agricole, non une résidence. Pour preuve une description de la maison en 1690 : le rez-de-chaussée est affecté au closier qui ne dispose que d'une salle basse à tout faire avec cheminée et four, d'une petite pièce qualifiée d'antichambre et d'une cave. Quand les propriétaires viennent à la campagne, ils habitent les deux pièces de l'étage auxquelles on accède par un escalier extérieur à marches d'ardoise, surmonté d'un pigeonnier. Tout de même, les Garsanlan font quelques aménagements et repoussent le closier dans la basse-cour pour disposer de toute la maison. Mais surtout, ils se préoccupent de faire fructifier les terres, plantent des châtaigniers, tracent une longue allée de lauriers et obtiennent en 1727 de planter de nouvelles vignes sur des terrains jusque-là en friche.

Au XIXe siècle, la fonction du domaine change. D'exploitation agricole, il devient lieu d'agrément et acquiert une fonction résidentielle qu'il n'avait jamais eue. De 1816 à 1872, les Grille, puis les Chatelin se succèdent au Hutreau. Tous sont négociants en mousselines, blanc et nouveautés. Comme leurs affaires sont prospères, ils agrandissent le domaine et surtout le régularisent en agrégeant un ensemble de terres autour de la maison. Le 12 octobre 1872, les Chatelin le cèdent à Armand-François-Rupert Laity, ancien sénateur du Second Empire et préfet des Basses-Pyrénées, personnage qui va donner au Hutreau son aspect définitif. La presse de l'époque et ses biographes le donnent comme un « ami personnel de l'empereur » : de fait on trouve dans son inventaire après décès mention de deux coffrets offerts par Napoléon III. En 1860, il est envoyé par l'empereur en Savoie pour préparer les populations à leur rattachement à la France, puis comme commissaire extraordinaire pour prendre possession du duché. Depuis la chute de l'Empire, Armand Laity dispose de tout son temps et le Hutreau va en profiter.

En 1872, la maison est démolie. On ne peut guère parler à son endroit de château puisqu'elle n'était imposée que pour soixante francs, à peine plus que pour une ferme. En moins de deux ans, l'architecte Charles Roques, auteur de l'église de la Madeleine, bâtit le château actuel, dans le style néo-Renaissance. Des communs, une buanderie et une serre sont édifiés peu après. Le parc est replanté dans le goût anglais, mais le tracé des allées du XVIIIe siècle est maintenu. Un chêne vert est repiqué à l'entrée en guise d'introduction au parc. Parce que le domaine manque d'eau sur sa hauteur rocheuse, on creuse un puits à plus de vingt mètres de profondeur. Une éolienne juchée sur une tour doit en pomper l'eau. La grille d'entrée sur la route de Sainte-Gemmes et la tour de l'éolienne sont au chiffre des propriétaires : le B de Bonet (sa deuxième épouse, décédée au Hutreau en 1875) et le L de Laity. 

Le nouveau château a belle allure. Les pièces de réception, salle à manger, grand et petit salons, jardin d'hiver sont disposées de part et d'autre d’un très vaste vestibule à colonnes et pilastres. Représentons-nous - grâce à l'inventaire après décès d'Armand Laity - le grand salon dans sa splendeur Louis XV, excellent spécimen des arts décoratifs de la deuxième moitié du XIXe siècle : sur la cheminée en marbre blanc, une pendule, deux grands candélabres et des flambeaux en bronze doré. Appuyées aux boiseries, deux consoles en bois doré supportant des lampes en porcelaine de Chine et du Japon, très à la mode sous le second Empire. Trois canapés, un divan en soie capitonnée, huit fauteuils, quatre chaises occupent le centre de la pièce sur un grand tapis d'Aubusson. Jardinière en bois de rose, casier à musique, tricoteuse se glissent entre les sièges. Aux fenêtres, huit grands rideaux avec galeries et lambrequins découpés. Aujourd'hui que depuis longtemps les meubles ont été vendus, seules survivent boiseries et dessus-de-porte peints où batifolent des angelots joufflus.

Armand Laity meurt sans enfants en 1889 à Bagnères-de-Bigorre, dans le département dont il fut préfet pendant trois ans. Divers propriétaires se succèdent alors au Hutreau, à un rythme assez rapide jusqu'à ce qu'en 1932 une société anonyme immobilière, constituée pour l'occasion, l'achète et le loue aux ursulines pour y établir un pensionnat. Dix ans plus tard, les cours sont suspendus, le Hutreau réquisitionné par l'armée allemande. De 1946 à 1952, une maison familiale de vacances, dirigée par Daniel Astié, y est installée par le Mouvement populaire des familles. Afin d’utiliser le château en dehors de la saison estivale, une maison de repos pour les jeunes travailleurs s'ouvre en 1949.

En 1952, la maison familiale de vacances est transférée à Saint-Gilles-Croix-de-Vie et la maison de repos ferme ses portes. Le Hutreau est vide, pour peu de temps… Dès le 23 novembre 1952, la congrégation espagnole des clarétains y crée un séminaire, mais elle part pour le Canada en 1971. C'est alors que la Ville d'Angers prend la décision d'acheter le domaine afin d'en faire un centre de loisirs. L'acte d'acquisition est daté du 24 février 1972. L’endroit est aussi très apprécié comme lieu de promenade.

ACTUALITÉ DES ARCHIVES

UNE BOUCHERIE TRÈS ANCIENNE, PLACE DE LA LAITERIE

Deux photographies et une carte postale de la boucherie Ballain ont été données aux Archives patrimoniales par une descendante de la famille, Françoise Ballain : occasion de découvrir un commerce dont nous n’avions pas de clichés. 

La boucherie se trouvait 9 place de la Laiterie, d’abord tenue par les Frémy, une dynastie de bouchers qui remonte au moins à 1840, et sans doute bien au-delà, puisque l’on trouve au recensement de la population de 1769 un Jean Frémy, boucher, non loin de là, rue Saint-Nicolas. 

Les Ballain – Henri et son épouse Émilie Guilleux - prennent la succession des Frémy vers 1903. Le 1er décembre 1925, Henri Ballain cesse son commerce au profit de Georges Gaillard qui exploitait auparavant une boucherie à Paris. À compter du 1er septembre 1931, il rebaptise son commerce « Boucherie du Ronceray ». L’enseigne subsiste jusqu’en 2008. Un cabinet d’expertise comptable la remplace. SB.

PHOTO MYSTÈRE

Est-ce une zone commerciale ? On a plutôt l’impression d’un magasin isolé. L’enseigne évoquera peut-être des souvenirs : « Anjou Discount – Électro-ménager – meubles – cadeaux ». La voie au premier plan est zébrée d’un refuge aux bandes jaunes, ce qui laisse à penser que des travaux sont en cours. RDV dimanche prochain ! SB.

ÇA S’EST PASSÉ LE…

29 juin 1833 : Création du dépôt de Polonais de Maine-et-Loire

Le soulèvement de la Pologne contre le régime tsariste en novembre 1830 est durement réprimé après une guerre de huit mois. La chute de Varsovie en septembre 1831 est suivie par une répression féroce qui provoque un exode massif des Polonais. La « Grande Émigration » se dirige surtout vers la France. La Fayette préside le Comité central en faveur des Polonais. Victor Hugo écrit que « deux nations entre toutes ont joué dans la civilisation un rôle désintéressé : la France et la Pologne ». À Angers, un dépôt de Polonais est créé. Le 3 janvier 1833, 4 018 réfugiés polonais se trouvaient répartis en France dans neuf dépôts. Pour éviter des troubles, le ministre de l’Intérieur disperse les réfugiés dans 136 villes de province. En septembre 1833, le Maine-et-Loire accueille 127 réfugiés. Le département est en quatrième position derrière Bourges (860 réfugiés), Bergerac (184) et Paris (144). Lors du soulèvement de Cracovie en 1846, les Angevins – à l’initiative du bibliothécaire François Grille - lancent une souscription en faveur de la Pologne. SB.