Page histoire du Courrier de l'Ouest, 23 mars 2025
Sommaire de la page :
Projets pour un centre de congrès
Victoire Adélaïde Mahieu, engagée pour l'éducation et l'enfance pauvre
Photo mystère
23 mars 1945 : décès de Louis Imbach au camp de Mauthausen
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CHRONIQUE
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers
PROJETS POUR UN CENTRE DE CONGRÈS
Depuis 1983, Angers possède un Centre de congrès idéalement situé en bordure du jardin des Plantes et entièrement rénové en 2018-2019. Cet équipement était désiré depuis… 1920. Un abonné du Petit Courrier réclame alors « un hôtel du Sport et de l’Art ». « Ce qui manque à Angers, dit-il, c’est une vaste salle bien aménagée pour 2 000 personnes. » Il préconise que les sociétés culturelles, à l’image des sociétés mutualistes et des syndicats ouvriers, qui ont, les unes l’hôtel de la Mutualité et les autres la Bourse du travail, forment une société immobilière et il suggère les anciens terrains de l’institution Saint-Julien (emplacement de l’hôtel des postes, rue Franklin-Roosevelt) pour y faire élever une véritable maison d’œuvres, tel l’hôtel des Sociétés savantes à Paris rue Danton.
La question est reprise à partir de 1932 par l’association la Tribune angevine, qui veut dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Pierre Brisset, secrétaire de la chambre de commerce, en est la cheville ouvrière. Parmi les sujets, naturellement, le palais des fêtes et des expositions. Les années passent et malgré des débats sous des titres volontairement agressifs - « Angers, capitale de l’Ouest ? ou chef-lieu de canton ? » - rien n’aboutit. « Des idées neuves furent remuées à la pelle, résume Pierre Brisset en 1955, et chacun s’en fut coucher, persuadé que de grandes réalisations allaient voir le jour. Hélas, nos vœux, pauvres mots, n’eurent aucun lendemain. » Certes au début de 1954, le maire Victor Chatenay inscrit au plan quinquennal de son nouveau mandat la transformation du Grand-Cercle, boulevard du Maréchal-Foch, en centre culturel.
C’est toutefois la Tribune angevine qui produit le premier projet, réalisé par un architecte bénévole, dans le cadre de la grande enquête du Courrier de l’Ouest de novembre 1954 : « Ce qui manque à l’Athènes de l’Ouest. Une salle des fêtes qui soit aussi une maison des arts ». Un grand hall, d’importants escaliers de desserte, trois ou quatre salles de conférences, un large foyer et une salle de 1 600 places à fauteuils amovibles pour expositions – congrès – concerts et banquets, des bureaux et salles de commissions de congrès, des locaux pour les sociétés culturelles et l’Office de tourisme : c’est à peu près le programme d’un vaste centre de congrès. Pour faire suite à cette enquête, la Tribune organise un débat de synthèse le 25 février 1955 et en publie les conclusions. Le centre culturel en remplacement du Grand-Cercle figure en tête des priorités, avant la piscine d’hiver, la gare routière et des halles modernes. L’adjoint aux finances de la Ville, Marcel Lebreton, indique lors d’un débat qu’un palais des fêtes entre aussi dans l’aménagement économique de la cité.
En 1957, la municipalité fait sonder le sol de la place La Rochefoucauld dans l’intention d’y bâtir un parc des expositions et des congrès. Ce serait un édifice de 300 m de long sur 30 m de large, rien que cela, supporté par des piliers prenant assise sur les cales de la Maine, ménageant la possibilité d’une circulation et l’installation de tribunes couvertes pour les spectacles nautiques. Mais le sous-sol, constitué de remblais, est trop meuble. On revient à l’emplacement du Grand-Cercle. Le conseil municipal du 12 juillet 1957 approuve un avant-projet de nouveau Grand-Cercle avec salle de conférences de mille personnes, de nombreuses salles annexes pour les sociétés culturelles, des locaux pour le syndicat d’initiative, les expositions et un parking. Pour rentabiliser le projet, la Ville veut y annexer logements et hôtel de tourisme : c’est encore trop cher. En janvier 1958, elle décide de s’en remettre à une société immobilière privée qui aura l’obligation de réaliser les équipements moyennant remise gratuite du terrain et une subvention. La Tribune angevine est fermement opposée à la cession du terrain : « Il est inestimable. La municipalité, indique Pierre Brisset, n’hésite pas à dépenser des centaines de millions pour le sport : subvention au SCO, érection de tribunes au stade Bessonneau, création d’un stade municipal sportif. Le football, c’est très joli, mais il faudrait aussi songer aux activités intellectuelles et artistiques. »
Le concours d’architecture est lancé très rapidement. André Wogenscky, disciple de Le Corbusier, le remporte avec son grand bâtiment de plus de 40 m de hauteur en béton, aluminium et verre. Les équipements culturels sont distribués du sous-sol au 2e étage et sur la rue Saint-Blaise. Les étages supérieurs sont réservés aux unités d’habitation inspirées des Cités radieuses de Marseille et Rezé. En 2e position dans le concours viennent les Angevins Laurent Aignoux et Yves Rolland, père de l’architecte Frédéric Rolland, auteur de la rénovation de l’actuel Centre de congrès. La réalisation du projet Wogenscky est confiée au Comité interprofessionnel du logement (CIL) en septembre 1958.
Cependant, la nouvelle municipalité Millot, élue en 1959, s’efforce par tous les moyens de retarder la construction, sans que l’on discerne très bien ses intentions. Le Grand-Cercle est démoli en janvier 1961, mais son terrain reste désespérément vague, masqué par une affreuse palissade de bois. Quand, le 29 juin 1962, la municipalité reçoit du ministre de la Culture André Malraux l’assurance d’obtenir de l’État une maison de la culture, elle abandonne le projet du Grand-Cercle, dont le terrain est vendu à la Société anonyme d’extension hôtelière et immobilière du Louvre. Mais une maison de la culture n’est pas un centre de congrès. Et la maison de la culture ne vit jamais le jour.
ACTUALITÉ DES ARCHIVES
VICTOIRE-ADÉLAÏDE MAHIEU, UNE FEMME À NE PAS OUBLIER
Voici une femme qui s’est dévouée pour l’éducation et la protection de l’enfance pauvre à Angers dans les années 1830-1860.
Victoire-Adélaïde Mahieu de Longval est née à Castilly dans le Calvados le 14 décembre 1787. Son père était maître en chirurgie. Des revers de fortune l’obligent à travailler. En 1833, elle est nommée directrice de la première école maternelle ouverte à Angers, rue du Saint-Esprit, dans la Doutre. On parlait alors de « salle d’asile ». Lorsqu’une deuxième salle d’asile est ouverte – la salle Saint-Michel, rue de Bouillou (Bardoul) - cette fois dans des bâtiments spécialement construits pour cet usage, elle en obtient la direction (août 1836).
Sous son impulsion, l’asile Saint-Michel prospère. En 1843, elle reçoit une médaille d’argent du ministère de l’Instruction publique. Dix ans plus tard, une deuxième médaille lui est attribuée « en récompense du zèle déployé par elle pour la propagation de la vaccine dans le cours de l’année 1851 ». Le recteur de l’académie lui remet en 1856 la médaille d’honneur que l’impératrice décerne pour encourager les efforts faits pour la propagation des salles d’asile. Le 30 septembre 1857, le ministère confère à l’asile Saint-Michel le titre de salle d’asile modèle. Mlle Mahieu avait dû fournir un tableau de l’emploi du temps des enfants, un plan de la salle et un état détaillé des recettes et dépenses. Le journal des salles d’asile, L’Ami de l’Enfance, commente cette distinction. En août 1861, un deuxième poste de sous-directrice est créé pour faciliter la tâche de Victoire Mahieu, malade et fatiguée. Elle décède à 75 ans dans son domicile au-dessus de la salle d’asile, le 14 juillet 1863.
En 1907 encore, elle n’est pas oubliée. Le 21 janvier, un conseiller municipal demande que le nom de rue Bardoul, donné à la rue de Bouillou, soit changé en rue « Adèle Mayeux » (erreur pour Victoire Mahieu), « en souvenir de la créatrice et bienfaitrice de l’école qui possède sa photographie, gracieusement offerte par un de nos honorables concitoyens habitant du quartier. » Cette femme « donna toute sa vie l’exemple d’un désintéressement auquel l’on doit rendre hommage. À cette heure, beaucoup de nos concitoyens ont connu cette belle figure : son souvenir est impérissable. […] Son nom doit être vénéré et perpétué dans ce quartier prolétarien, il est synonyme de charité, dévouement. » La proposition n’est pas adoptée, le conseil municipal décide seulement d’une plaque commémorative à placer à l’entrée de l’école maternelle. En 2021 enfin, une voie reçoit son nom, dans le quartier des Justices, près de la rue Emmanuel-Camus.
Malheureusement, l’actuelle école Bardoul ne conserve plus sa photographie. Qui pourra en retrouver une ? SB.
PHOTO MYSTÈRE
Encore une intéressante photographie issue de la collection de l’Angevin Robert Brisset (1913-1984), né au 7 place du Château. Il a parcouru la ville pendant plusieurs dizaines d’années, un appareil photo à la main. Il s’est arrêté ici à un endroit qui fut essentiel dans la vie d’Angers et sans doute trouverez-vous pour beaucoup d’entre vous peu mystérieuse cette photo mystère. RDV dimanche prochain ! SB.
ÇA S’EST PASSÉ LE…
23 mars 1945 : Décès de Louis Imbach au camp de Mauthausen.
C’est seulement en juin que l’on apprend la mort du conseiller municipal Louis Imbach, au camp de Mauthausen, le 23 mars. Le Courrier de l’Ouest des 9-10 juin annonce : « Une nouvelle victime de la brutalité allemande ». Son fils Paul donne le récit de sa mort qu’il vient d’apprendre du meilleur ami de son père, Dauriac, revenu de cet enfer : « Ils étaient dans une nudité complète et le froid de janvier-février a éprouvé beaucoup papa. Ils étaient obligés, par une température de 28° sous zéro, à faire leurs ablutions au dehors, les pieds collaient au sol par le froid ! Ils n’avaient rien à manger ; pendant 80 jours, ils sont restés sans avoir une miette de pain, on leur donnait des feuilles de betterave et du trèfle. » Le 23 mars, Louis Imbach dit à Dauriac : « Je sens que cela ne va pas ». Celui-ci le prend au creux de son bras pour reposer sa tête. « Il s’est endormi, puis à minuit, M. Dauriac qui avait une de ses mains dans la sienne a senti un frémissement léger, il s’est éteint comme un pauvre petit oiseau. » SB.
