A la Stella, le sport au féminin

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La société sportive féminine Stella Sports, née en 1921
Menu humoristique offert à la rédaction du "Petit Courrier" et à ses typographes
Photo mystère : l'épicerie à l'angle des rues Hanneloup et Tarin
30 novembre 2000 : Le Val de Loire au patrimoine mondial de l'Unesco

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CHRONIQUE 
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers

À LA STELLA, LE SPORT AU FÉMININ

Le sport intéresse d’abord les hommes. Dans la seconde moitié du XIXe siècle se développent l’équitation, les sports nautiques, la natation, le cyclisme, l’aviation, l’automobilisme, le tennis, les jeux de ballon… Ce sont surtout des loisirs d’une classe aisée disposant de temps et d’argent. Le cyclisme démocratise la pratique sportive et il n’est pas étonnant d’y rencontrer pour la première fois des femmes. 

La grande fête vélocipédique annuelle du Véloce-Club au jardin du Mail prévoit pour la première fois en 1885 deux courses, tricycles et bicycles, « spécialement réservées aux dames ». Voilà qui promet un intérêt tout particulier, note « Le Petit Courrier » du 4 juillet. Seulement les esprits ne sont pas prêts. C’est une « innovation digne du domaine du barnum », cingle la revue pourtant parisienne « Le Sport vélocipédique » ; une « exhibition de cocottes » de nature à déconsidérer la vélocipédie toute entière, affirme le champion angevin Fernand Charron. Le maire Alexis Maillé s’emploie à interdire les deux courses tandis que le commissaire central de police fait caviarder les affiches…

Dix ans plus tard, l’état d’esprit a évolué. Cette fois la course de dames a bien lieu. C’est une attraction de la fête vélocipédique du 16 septembre 1895, organisée par la commission des fêtes de l’exposition nationale d’Angers. Il n’y a que quatre partantes, mais dans ses félicitations le député-maire Guignard réserve un mot spécial aux « dames qui ont bien voulu prêter leur concours ». Elles sont six le soir, lors de la course costumée aux lanternes vénitiennes. La mention de femmes dans des activités sportives reste exceptionnelle. Il faut attendre 1908 pour voir un premier club féminin se former : le Sportswomen, rattaché au Racing Club angevin, qui inaugure un entraînement au basket-ball le 25 octobre. Création éphémère qui tourne court.

Après la guerre, il en va autrement. Une société sportive féminine voit le jour le 14 avril 1921 sur proposition d’E. Filiâtre, ancien champion de France de cross-country, président de la Ligue d’athlétisme de l’Atlantique et de Louis Pichereau, président du comité régional de l’Atlantique de la Fédération française de natation. Un comité provisoire de femmes (et d’hommes) y souscrit. Le club est dénommé Stella-Sports. Son conseil d’administration, présidé par Mlle Dominé, directrice du collège de jeunes filles, est entièrement féminin à l’exception du poste de secrétaire, attribué à Louis Pichereau et des fonctions de directeur sportif qui reviennent à E. Filiâtre. Le banquier Paul Fortin met à disposition son beau terrain de la rue Saint-Lazare, le stade du Crédit de l’Ouest. 

Pourquoi créer une société sportive féminine ? « Les femmes françaises doivent devenir encore plus aptes à leur rôle capital, assure E. Filiâtre : celui de mère. » Dans une lettre ouverte sur les sports féminins (« L’Ouest », 14 juin 1922), le docteur Louis Barot, fidèle soutien de Stella-Sports précise l’objectif général : « De la valeur physique de la femme dépend le sort de la race de demain et le sort de la patrie… Il nous faut des femmes fortes physiquement et organiquement, parce qu’il nous faut des femmes fortes moralement et que l’un suit l’autre… ». La guerre et ses conséquences sont bien présentes. 

Quels sports féminins pratiquer ? Des jeux « astucieusement choisis et adaptés aux femmes », écrit le docteur Barot : la culture physique en tout premier lieu, les danses rythmiques (réglées par le grand maître à danser Letournel) où la grâce féminine trouvera à s’exprimer, l’athlétisme, le tennis, la natation, les jeux de ballon, le tir à l’arc, le hockey… Dans les jeux de ballon, l’hazena (handall) surtout est privilégié, moins difficile que le football. Les coups de tête, de pied, de genou, tous les mouvements brutaux en sont exclus. Victor Dauphin encourage particulièrement la pratique du hockey, « un de ces exercices sportifs qui demande de la vitesse, de l’entrain, de l’adresse et beaucoup plus d’intelligence que l’on croit. Il convient parfaitement à la femme parce qu’il n’exige pas d’efforts exagérés pour elle » (« Le Petit Courrier » : « La femme et le sport », 1er mars 1926). Chaque activité a sa tenue que les jeunes sportives peuvent se procurer chez Robert Bouvet, à Athlétic-Sport, rue du Mail : maillot blanc, foulard et culotte noires pour le ballon ; maillot et courte jupe plissée blancs pour le hockey ; tunique blanche pour les danses et sur le tout, une étoile noire sur le blanc ou blanche sur le noir portant un S brodé. L’étoile traduit le nom de l’association et symbolise l’espoir de la voir grandir.

Une poignée de jeunes filles seulement s’inscrivent à Stella-Sports. En juin 1922, elles ne sont encore que quarante. Le mouvement sportif féminin ne s’amplifie qu’à la fin des années trente, avec la création de sociétés catholiques de caractère plus populaire, à cotisation faible et disciplines proposées peu onéreuses. La première société – les Ursulaires - a vu le jour en juillet 1938 seulement, suivie par les Abeilles du Ronceray en juin 1939, puis par la Relève. Toutes trois se sont affiliées au Rayon sportif féminin diocésain de l’Anjou, créé en 1938.

Avant la Seconde Guerre mondiale, le sport féminin reste peu développé, qu’il soit catholique ou laïque. Malgré de nombreux appels dans la presse, invitant toutes les jeunes filles des écoles, bureaux, magasins ou ateliers à « venir le dimanche matin se rendre compte de ce que sont les sports féminins, judicieusement appliqués et la culture physique rationnelle », Stella-Sports ne réussit guère à augmenter ses effectifs. À la fin des années trente, en 1938, une deuxième société se crée : Femina-Club, présidée par Mlle Cambell, première femme chirurgien-dentiste à Angers et future résistante. Les activités qu’elle propose sont classiques : course à pied, hockey, basket, natation et gymnastique.

ACTUALITÉ DES ARCHIVES

Le 26 juin 1904, c’est bombance au « Petit Courrier ». L’administration offre à la rédaction et aux typographes de l’imprimerie Roulière un splendide déjeuner. Mais pourquoi rappeler ce fait divers qui paraît simplement anecdotique ?
C’est que le menu est un peu particulier… :

« Potage à l’antimoine
Matelotte de plomb fondu
Filet de bœuf sauce madère au régule
Côtelettes aux pommes cylindriques
Petits pois en bobine
Dindonneau rôti sur clicherie
Salade en feuilles maculées
Crème à la colle de pâte
Petits gâteaux sur flans
Fruits de la rotative

Café national et républicain »

Un menu humoristique composé par Anatole-Joseph Verrier, de même que la chanson figurant au verso : « C’est nous qui sommes les rotatifs », à chanter sur l’air de la Chanson du colonel et de La Femme à papa.

En voici le refrain : 

« C’est nous qui sommes les rotatifs,
Les actifs, accélératifs ;
Tournez, cylindr’ expéditifs.
Accourez tous, plumitifs,
Annonciers très productifs,
Honneur et gloire à vous les administratifs. »

A.-J. Verrier (1841-1920) est surtout connu pour sa grande œuvre, le « Glossaire des patois et des parlers de l’Anjou », composé en collaboration avec René Onillon, instituteur au Longeron, publication à laquelle l’Académie décerne en 1908 son prix Saintour, réservé aux ouvrages ayant pour objet l’étude de la langue française. Verrier était lui-même professeur de 8e au lycée David-d’Angers. Il avait le don de l’enseignement et de l’écriture, une facilité qui lui permettait de donner à foison articles, pièces de théâtre, chansons, poèmes… On lui doit la chanson (une polka chantée), qui était devenue populaire, « Vive l’Anjou ! » SB.

Merci à Yves Durand qui vient de donner ce document aux Archives patrimoniales d’Angers.

PHOTO MYSTÈRE

Bien situé dans un angle, non loin de la place du Lycée, l’endroit héberge depuis longtemps un commerce d’alimentation. C’était une charcuterie en 1906, une crèmerie-fruiterie en 1920, une épicerie après la Deuxième Guerre mondiale, déjà aux mains de Henri Légault en 1952, dont on voit sur ce cliché le nom inscrit au-dessus de l’entrée du magasin. L’enseigne Spar l’a remplacé pendant plus de trente ans jusqu’à sa fermeture il y a un an. L’immeuble d’angle a été reconstruit en 1991. La rue Tarin avait été percée au début des années 1850. Devenue voie communale en 1856 et baptisée rue Saint-Joseph, elle est dédiée en 1881 à Jean Tarin, pour rappeler le souvenir de cet érudit angevin né à Beaufort en 1590, devenu recteur de l’université de Paris. SB.