Premiers voyages en automobile

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Premiers voyages en automobile
En 1921, un budget difficile à boucler pour la Ville d'Angers
Photo mystère : l'avenue Besnardière
11 mai 1982 : le commerce du muscle chez Bykadoroff

Avec l'aimable autorisation de notre partenaire Le Courrier de l'Ouest, Ouvre une nouvelle fenêtre

 

CHRONIQUE 
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers

PREMIERS VOYAGES EN AUTOMOBILE

Quelques dates avant d’évoquer des souvenirs…

1894 : L’entrepreneur René Lihoreau, filateur de laine dans la Doutre, fait rouler la première voiture à Angers, une Panhard et Levassor.

1896 : Une deuxième voiture circule dans la ville, achetée par le fabricant de cycles Pierre Clément*.

1er septembre 1897 : Un arrêté municipal réglemente pour la première fois la circulation automobile à Angers. 
« Article premier. Les automobiles circulant sur la voie publique seront pourvues d’un appareil avertisseur suffisamment sonore… Elles seront de plus munies d’une clochette… à mouvement continu. A la chute du jour, chaque automobile sera pourvue à l’avant d’une lanterne…
Art. 2 - Les automobiles devront être pourvues d’une plaque indiquant le nom et le domicile du propriétaire…
Art. 3 - Les conducteurs d’automobiles devront tenir leur droite… »

1899 : Début de l'immatriculation des véhicules en Maine-et-Loire. La première voiture enregistrée est celle du distillateur Lucien Frémy. Tout conducteur devra être pourvu d’un « certificat de capacité valable pour la conduite ».

1904 : Premiers essais de goudronnage des routes à Angers (route des Ponts-de-Cé).

La carrière de l'automobile était lancée ! Mais les débuts prenaient des allures épiques. Jugeons-en plutôt d'après ces souvenirs recueillis en 1995 auprès d’une nonagénaire angevine, Marie-Louise Couée :

« En 1916 mon père décida une expédition à Rouen pour se ravitailler en cotonnades. Les trains, réquisitionnés pour les transports de troupes, étaient difficilement accessibles aux civils. Héroïquement, papa décida d’utiliser la fidèle « Clément-Bayard », qui n’avait jamais fait un tel parcours ! Et nous fûmes, maman et nous deux [Marie-Louise et sa sœur], de l’expédition. Mais pour être sûr de s’en tirer, papa eut recours au mécanicien du garage, technicien averti, mais réputé pour les « vitesses folles » qu’il pratiquait au volant - ce qui lui avait valu le surnom de « Crache la Mort » ! 

En dehors des vaches qui batifolaient en liberté sur les routes et s’affolaient au bruit d’un moteur, les voies n’étaient guère encombrées, et grâce à « Crache la Mort » nous dûmes bien pousser quelques pointes aux alentours du soixante à l’heure ! Un record…

Ces récits de voyages en auto me remettent en mémoire ces premières voitures de mon père. La Clément-Bayard n° 1 date de 1909 ainsi que le certificat d’aptitude à conduire les voitures à pétrole, ancêtre de l’actuel permis de conduire. Grandes roues, petits pneus, marchepied de deux marches, on était haut perchés, capote de toile à déplier en cas de pluie. Volant vertical et cuivres à profusion : deux lanternes, deux gros phares, « corne » avertisseur de cuivre (renforcée d’une sirène actionnée au pied, la corne l’étant par une grosse poire de caoutchouc). La carrosserie était d’un beau rouge, ainsi que le superbe cuir des sièges.

Nous, les enfants, prenions place à tour de rôle au pied du volant avec mission de compter les gouttes d’huile qui tombaient une à une des graisseurs - petits tubes alignés sur un plateau vertical sous le tableau de bord - et qui assuraient la lubrification du moteur. Si l’écoulement s’arrêtait, nous alertions le chauffeur : on démontait le tube et on le débouchait avec une fine aiguille à tricoter !

La Bayard n° 2 était plus perfectionnée, sans exclure les pannes quasi courantes : gicleurs du carburateur bouchés (mon père avait toujours un bout de fil de fer extra-fin dans la poche de son gilet) - les bougies encrassées, les vis platinées dont il fallait vérifier l’écartement... sans parler de très classiques pannes de pneus.

Pas de roue de rechange : on démontait le pneu, on sortait la chambre à air, on lui collait une rustine, et on regonflait, la boîte à outils comportant évidemment l’indispensable pompe à air ! Quant aux énormes phares de cuivre - soigneusement protégés par des housses, ils ne servaient pas souvent. Leur alimentation par acétylène, avec un savant dosage de carbure, rendant leur usage compliqué.

Les freins n’offraient pas toute sécurité. Je me rappelle qu’un jour où ils avaient mal fonctionné, nous bousculâmes chaises et tables à la terrasse d’un petit bistrot, au coin du quai et de la rue Baudrière. Heureusement, il n’y avait pas de consommateurs ! Il fallait être vraiment optimiste et avoir foi dans le progrès pour persévérer en ce mode de locomotion moderne ! 

On était encore loin des perfectionnements actuels lorsque je pris mon permis de conduire. C’était en 1929, à Paris. Nous, femmes n’étions pas nombreuses au volant ! J’avais conclu un forfait pour quatre leçons et présentation à l’examen avec un garage du cours de Vincennes. Puis je fus convoquée place de l’Alma, avec un groupe des usines Renault, seule femme. L’examinateur, plutôt revêche, nous chargeait par trois dans une torpédo pas très reluisante ! Le premier qui passa roula trop vite : recalé. Le second, prévenu, roula trop lentement : recalé. N° 3, j’eus la chance de trouver la bonne moyenne, mais en tournant à droite sur une avenue, je n’avais pas prévenu : il n’y avait ni clignotants, ni index de direction, il fallait faire signe avec le bras à la portière... même en tournant à droite ! Heureusement, un démarrage en côte de toute beauté dans la montée du Trocadéro compensa ma faute, et je reçus le carton rose du permis ! Mais après mon apprentissage sommaire, j’avais bien l’impression d’être encore un danger public ! »

*Sur les débuts de l’automobile, lire l’ouvrage de Frédéric Nibart, Angers et l’automobile, Angers, 2024

ACTUALITÉ DES ARCHIVES

UN BUDGET DIFFICILE À BOUCLER EN 1921

Alors que traditionnellement le budget primitif était adopté un ou deux mois avant l’année à laquelle il s’appliquait, les difficultés rencontrées pour établir le budget de 1921 ont retardé son examen jusqu’au 28 février 1921. 

Le docteur Labesse s’y étonne qu’on n’ait pu trouver aucune somme pour lutter contre les foyers de tuberculose. À quoi le maire, Victor Bernier, répond : « J’ai été obligé de réduire les crédits, même dans les parties essentielles. » Même après les premières coupes, il manquait encore 600 000 francs pour boucler le budget. « Il m’a donc fallu rogner de tous côtés et ne prévoir que le strict nécessaire. Nous n’avons pas le pouvoir d’augmenter les impôts. »

Le conseiller municipal Bellanger insiste en faveur de l’amélioration des quartiers insalubres : « Dans nos visites, ce que nous avons vu de plus déplorable, c’est surtout dans la rue Petite-Fontaine, rue Toussaint, Victor-Hugo, Tertre Saint-Jean. Rue Petite-Fontaine, dans un couloir, se trouve une fosse d’aisances dont le dessus est complètement défoncé, et cela précisément en face d’un commerçant. Les mouches sortent de cette fosse, les pattes enduites de microbes, pour se rendre chez le commerçant qui vend de l’alimentation. On a demandé de démolir cet immeuble et on ne peut le faire à cause de la loi qui interdit la destruction d’immeubles à habitations. »

À quoi le maire répond : « Le gouvernement prévoit de bonnes choses, mais il oublie de nous donner des ressources pour les exécuter. Nos impôts n’ont pas été doublés alors que nos charges ont triplé. Par conséquent, il nous est très difficile d’obtenir un bon résultat. Là où avant la guerre nous faisions 1 000 francs de bitumage, aujourd’hui, il faut compter 10 000 francs. Un pavé mis en place nous revient à 1,60 F. Que faire ? Un emprunt ? Le Crédit foncier ne peut pas nous prêter ou alors à un taux trop élevé. »

Pour clore la discussion, Victor Bernier déclare que le budget ne peut supporter aucun crédit nouveau. L’électricité, le gaz et le chômage en étant très gourmands. SB.

PHOTO MYSTÈRE

Le cliché est ainsi légendé par R. Brisset : « Société assainissement et vidange !! » C’est donc ce qui a intéressé notre « reporter » angevin. À l’extrémité de l’avenue Besnardière, non loin de l’actuel immeuble de la chambre d’agriculture, se trouvait en effet une usine capitale pour Angers qui transformait le produit des fosses d’aisance en poudrette pour l’agriculture. Après de laborieuses négociations, l’arrêté préfectoral du 6 février 1906 autorise son installation, mais il faut encore un an pour que la Ville y consente par son arrêté du 27 avril 1907, la question des prix et redevances ayant été finalement réglée. La Société angevine d’assainissement et d’engrais, dont le siège est Paris, met en service son usine en 1908, sur le modèle de celle de Bordeaux, qui a donné toute satisfaction. Les matières de vidanges sont traitées en vase clos. Le hall de déchargement se trouve 2 avenue Besnardière. Une canalisation en fonte sous la promenade des Fours-à-Chaux les transporte jusqu’à l’usine du chemin bas d’Écouflant, où elles sont transformées en sulfate d’ammoniaque et matières résiduaires entièrement aseptisées, tant par mélange avec de la chaux que par une température dépassant 100 degrés. C’est ce qu’on appelait à Angers « l’usine à merde ». SB.