Page histoire du Courrier de l'Ouest, 15 juin 2025
Sommaire de la page :
Cinq générations d'horloges publiques
Nouveaux documents iconographiques en ligne sur le site des Archives patrimoniales
Photo mystère
1er juin 1763 : inauguration de la salle de spectacles
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CHRONIQUE
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers
CINQ GÉNÉRATIONS D'HORLOGES COMMUNALES
La technique de construction des horloges mécaniques se développe aux XIIIe et XIVe siècles. Au siècle suivant, peu de grandes villes étaient dépourvues d’horloges publiques. À Paris, la première horloge publique est construite pour Charles V au Palais royal, par l’horloger allemand Henri de Vic, vers 1370. À Angers, l’horloge publique apparaît en 1384, due au talent de Pierre Merlin, « maistre horlogeur du roi Charles VI ». Faute de bâtiment municipal, l’horloge est placée sur un contrefort d’angle du transept nord de la cathédrale. Sa lanterne en charpente, abritant une cloche achetée au prieur de Lesvière, s’appuyait sur le pignon de la grande salle du palais épiscopal.
Elle devait être assez rudimentaire, pour qu’en 1450 les habitants demandent au chapitre cathédral de contribuer à l’installation d’une horloge dans l’une des tours de la cathédrale. Un refus leur est opposé. Avec la naissance du pouvoir municipal en 1475, le désir d’avoir des cloches bien à soi n’en est que plus vif, mais l’hôtel de ville manque encore. C’est pourquoi l’initiative d’installer un nouveau « beffroi » sur l’une des tours de la prison, près de la place des Halles (place Louis-Imbach), cœur de la ville, revient aux officiers des administrations royales d’Angers. La municipalité y contribue d’abord modestement en 1496, mais l’année suivante décide d’y mettre le prix, « en consideracion que quant messieurs de ladicte ville auront une maison de ville et lieu propice a mectre ladicte aurologe, qu’ilz la pourront prendre et la y mectre comme a eulx appartenans » (délibération du conseil municipal, BB 10). Le projet traîne quelque peu en longueur. C’est seulement en 1505 qu’un certain Lambert Demot réalise la « fonte de l’aurologe ». Il reçoit le métal nécessaire, dix livres pour son salaire et une maison située à la porte Saint-Aubin.
Mais voici qu’en 1527-1532 la municipalité fait construire un bel hôtel de ville place des Halles (actuel Muséum des sciences naturelles), doté d’une tour à son extrémité (rue Jules-Guitton). L’occasion est propice pour la création d’un beffroi, à l’image des beffrois du Nord incarnant les libertés municipales, d’autant plus que l’horloge de la ville « assise sur l’esglise d’Angiers » est trop loin pour être entendue. Quant à celle de la prison, les prisonniers y montent souvent et dégradent mouvement et contrepoids. On décide donc, le 27 novembre 1534, de transporter celle-ci sur la tour de l’hôtel de ville, rehaussée pour la circonstance de trois à quatre mètres et couronnée d’une lanterne en charpente. Quelque trente années plus tard disparaît la première horloge de ville, celle du palais épiscopal.
L’horloge est régulièrement entretenue et modernisée jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. En 1823, la mairie quitte le bâtiment de la place des Halles, dévolu aux cours de justice, pour s’installer dans l’ancien collège d’Anjou, face au nouveau boulevard. Elle emporte horloge et cloches. Le beffroi, trop délabré, ne lui survit pas. Le nouvel hôtel de ville en est dépourvu : aussi le maire propose-t-il dès 1821 d’y installer l’ancienne horloge. Le projet s’éternise… pendant quarante-six ans. Toute la difficulté provenait, apparemment, du poids trop important des cloches anciennes qui ne pouvaient être replacées sur le nouveau bâtiment sans travaux de restauration considérables. Et l’on ne se résolvait pas à acheter une nouvelle pendule.
Les travaux de gros œuvre de l’hôtel de ville enfin achevés en 1854, le « placement de l’horloge » revient à l’ordre du jour. Divers plans sont tracés, mais on trouve plus commode de faire peindre un faux cadran en trompe-l’œil sur la façade, en attendant ! Le journal « L’Union de l’Ouest » rapporte l’anecdote de cet Anglais qui vint régler sa montre sur le cadran peint, marquant irrévocablement midi un quart… Enfin les arguments d’un Angevin mécontent semblent porter : « Je ne crois pas, écrit-il au maire le 7 janvier 1867, qu’il existe dans toute l’étendue de l’Empire une ville, même de dix mille âmes, aussi pauvre en horloges publiques que notre belle cité ». Piqué au vif, le conseil municipal du 19 février suivant vote 3 720 francs pour l’installation d’une pendule : « L’administration a reçu de nombreuses demandes… ». Contrat est passé avec l’horloger de la rue Bressigny, Delalande, pour fourniture d’une horloge à quarts se remontant tous les jours, avec cadran en glace transparente éclairé au gaz et quatre cloches. Elle est posée durant l’été 1867 dans un petit beffroi de pierre.
Ce modeste campanile, sorte de borne de cheminée, construction « grotesque qui fait sourire les étrangers » selon le service d’Architecture, chagrinait édiles municipaux et Angevins. On aurait bien voulu le remplacer par un beffroi mieux en rapport avec l’importance des fonctions municipales, mais il aurait fallu renouveler entièrement l’hôtel de ville lui-même. Très dégradé, le campanile n’est réédifié – presque à l’identique - qu’en 1928 et pourvu d’une pendule électrique Brillié. L’ancienne horloge est reprise pour 2 450 francs. Ce n’est donc pas celle actuellement exposée galerie des Ursules.
La rénovation entière de l’hôtel de ville en 1980 provoque la suppression de l’horloge, au regret général, de sorte qu’en 1983, le nouvel hôtel de ville est doté d’une pendule, non prévue à l’origine, signée Bodet, de Trémentines : la cinquième génération d’horloges communales.
ACTUALITÉ DES ARCHIVES
NOUVEAUX DOCUMENTS ICOGRAPHIQUES SUR LE SITE INTERNET DES ARCHIVES PATRIMONIALES
Les fonds iconographiques - classés sous la rubrique Fi (documents figurés) - des Archives patrimoniales sont riches de nombreuses sous-séries. Il y a huit jours, nous parlions d’un nouveau fonds concernant le vieil Angers (101 Fi). Deux autres ensembles viennent d’être complétés par de nouvelles numérisations mises en ligne : les dessins, gravures, aquarelles… (2 Fi) et les photographies de grand format (11 Fi).
On trouvera par exemple en 2 Fi des projets d’affiches publicitaires pour l’entreprise de construction mécanique (charrues) Beauvais-Robin, les dessins du « Voyage pittoresque » de Dagnan sur Angers en 1829, des calques montrant la fontaine du Mail, le portrait de François-Yves Besnard, fameux pour ses « Souvenirs d’un nonagénaire », signé par Guillaume Bodinier, un projet de plafond pour le Grand Cercle…
Ont été numérisés en 11 Fi des clichés sur la 5e fête nationale des Vins de France en 1937, des chars de corsos fleuris, les stands Bessonneau à l’Exposition universelle de Paris 1900, un souvenir de l’inspection générale 1887 du 2e régiment d’artillerie-pontonniers, un ensemble de photographies sur l’école normale de garçons, le projet d’une tour dans le quartier Saint-Samson… SB.
PHOTO MYSTÈRE
La rue n’est pas très large, mais un tramway y circule. À droite, un grand portail s’ouvre sur un jardin très arboré. Et c’est à peu près tout ce que l’on peut énumérer comme indices, mais ce sera suffisant pour vous, lecteurs affûtés… RDV dimanche prochain. SB.
ÇA S’EST PASSÉ LE…
1er juin 1763 : Inauguration de la salle de spectacles
C’est le premier théâtre d’Angers. Il est aménagé au bas de la place des Halles (Louis-Imbach) dans un ancien jeu de paume, comme souvent alors, par deux marchands, Jean Thoribet et Roch Charrier. Le gouverneur de la province leur accorde le privilège d’exploiter cette salle pendant douze ans, c’est-à-dire qu’ils peuvent la louer aux directeurs de comédies ayant reçu du même gouverneur l’autorisation de donner des représentations théâtrales dans la ville. Le théâtre est inauguré le 1er juin par la troupe dite des Petits Barons, avec un spectacle assuré par le comédien Baron, ses deux enfants et sa troupe. La salle est peut-être bien décorée de superbes peintures par Dubois, il n’en reste pas moins qu’elle est surtout très dangereuse par son étroitesse : on n’y peut entrer ou en sortir que par une unique porte et les circulations intérieures sont très resserrées. Ce défaut était commun à toutes les salles construites dans des jeux de paume, jeu dont la pratique s’éteignait. SB.
