Page histoire du Courrier de l'Ouest, 8 juin 2025
Sommaire de la page :
La pendule, souvenir des abattoirs
De nouvelles photographies en ligne sur le site internet des Archives patrimoniales
Photo mystère
8 juin 1952 : la XXIIIe foire-exposition
Avec l'aimable autorisation de notre partenaire Le Courrier de l'Ouest, Ouvre une nouvelle fenêtre
CHRONIQUE
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers
LA PENDULE, SOUVENIR DES ABATTOIRS
À l’extrémité du quartier du Front-de-Maine, dominant le parc de Balzac, une grande pendule - telle une lépiote élevée - intrigue le passant. D’où vient-elle ? Pourquoi à cet endroit ? C’est un souvenir des abattoirs.
Le premier ouvre en 1847. Œuvre de l’architecte angevin Moll, il a son entrée sur le boulevard de Nantes (boulevard Gaston-Dumesnil). Auparavant, c'était en pleine ville que se faisaient les tueries, dans les boucheries regroupées aux alentours de la rue de l'Écorcherie (rue Plantagenêt actuelle). Cinquante ans après sa mise en service, ce premier abattoir est déjà insuffisant pour les soixante et onze bouchers d'Angers.
Dès 1884, le rapporteur du budget au conseil municipal le signale. Plusieurs projets d’agrandissement se succèdent, dont celui de 1894, dressé par l'architecte de la ville, Aïvas. Le jugeant peu en rapport avec le nombre croissant des habitants, la municipalité fait établir un deuxième projet. Cette fois, les constructions - prévues pour 150 boeufs, 600 moutons, 400 veaux, 275 porcs, soit l'approvisionnement d'une semaine - doivent remplacer le premier abattoir au fur et à mesure des ressources de la ville.
Abattoir modèle
Malheureusement, le Conseil général des Bâtiments civils, à Paris, juge que les plans témoignent « d’une complète inexpérience en matière de construction et d’hygiène » et repousse le projet. Finalement, la municipalité décide en 1903 d'ouvrir un concours sur la base du programme rédigé par Léon Mallet, directeur de l'abattoir et M. Foucher, vétérinaire principal de l'armée à la retraite, conseiller municipal depuis 1900.
Un architecte parisien, Jules Blitz, en sort vainqueur en avril 1904. Cependant, les évaluations portées au devis étant jugées trop faibles par le Conseil général des Bâtiments civils, il faut encore un délai de trois ans - le temps de dresser un nouveau devis mieux estimé - avant que les travaux ne commencent.
Le nouvel abattoir est inauguré le 30 octobre 1910. On vante aussitôt les qualités des nouveaux bâtiments qui intègrent tous les progrès accomplis à l'époque en matière d'hygiène, d'aération, de chauffage central pour la triperie et la charcuterie, à l'exception du frigorifique, ajouté quelques années plus tard. L'abattoir est cette fois orienté vers la Maine, pour permettre le prolongement du boulevard Henri-Arnauld et l’extension de la ville de ce côté. L’entrée est monumentalisée par les deux pavillons du directeur et de l'administration. Dans l'axe, une horloge préside aux allées et venues. L'abattoir d'Angers passe pendant quelque temps pour un modèle en France, tout comme celui du Havre vingt ans plus tôt.
Gracieuse pendule
C'est aussi un bâtiment élégant. Dans son discours d'inauguration, l'adjoint au maire Armand Boulanger loue l'architecte d'avoir su donner « par une décoration sobre à cet établissement le cachet d'élégance que la réputation artistique de notre cité rendait nécessaire ». Il signale le hall dont l’architecture « a provoqué l’admiration de tous les visiteurs », « le réservoir d’eau en ciment armé, masse imposante, appuyée solidement sur quatre colonnes dont la légèreté étonne, ravit et répond heureusement à la silhouette gracieuse du pylône supportant l’horloge ».
L’horloge effectivement, imaginée avec talent par Blitz, ajoute beaucoup à l'agrément des constructions. Juchée sur un pylône métallique dessiné par A. Ventrou, sous-inspecteur sanitaire aux abattoirs, d'une hauteur totale de 14,85 mètres, elle est contenue dans une caisse de bois courbe qui s'évase vers le haut pour former un gracieux chaperon, rappelant la forme des pagodes. Les quatre cadrans sont éclairés la nuit. Au-dessus, une armature en fer forgé retient le timbre de 80 kg formant cloche en bronze, à la manière d'un réveille-matin. Elle se remonte tous les huit jours et sonne heures et demies. Construite par les établissements Lussault à Tiffauges, c'est Coste-Chudeau, horloger 23 rue des Lices à Angers, qui l’installe en août 1909, pour 1 980 francs. Trois cadrans portent le nom de Lussault, le quatrième celui de l’horloger angevin.
De nouveaux abattoirs - la troisième génération - sont mis en service en février 1970, boulevard du Doyenné. Le percement du boulevard du Bon-Pasteur et l'aménagement consécutif de la voirie autour du pont de la Basse-Chaîne entraînent la démolition d'un des pavillons d'entrée de l'ancien l'abattoir. L'horloge se trouve décentrée, isolée sur la droite. À partir de 1993, le nouveau quartier du Front de Maine remplace peu à peu la friche industrielle qu'était devenu l'abattoir. Le 5 mars 2001, l’horloge est remontée avenue Yolande-d’Aragon. Elle est déplacée une deuxième fois le 9 novembre 2020, à l’entrée du parc de Balzac, à cause de la nouvelle ligne de tramway. Face au parc et à la Maine, elle rappelle, seule, la présence des anciennes activités alimentaires du quartier. Et son allure, si cocasse, réjouit.
ACTUALITÉ DES ARCHIVES
DE NOUVELLES PHOTOGRAPHIES EN LIGNE SUR LE SITE INTERNET DES ARCHIVES PATRIMONIALES
Ce sont 53 photographies sur le vieil Angers, achetées en salle des ventes le 15 juin 2021. Les clichés sont soit des tirages originaux des années 1880-1900, soit des retirages de clichés plus anciens, tel celui de la maison Michel, place du Pilori, marqué « Tiré sur un vieux cliché de Lebiez, prêté par M. Michel, juin 1890 ». L’ensemble paraît avoir été réuni par un collectionneur, par achats à des photographes ou par dons. Les clichés de l’hôtel de la Besnardière ont ainsi été achetés à Cerveau, mais l’un d’eux est un « cadeau de Dubut » fait en 1897. On retrouve mention de M. Michel sur deux photographies données par lui représentant l’hôtel Duguesclin. Ce n’était autre qu’Auguste Michel, le célèbre conservateur du musée archéologique Saint-Jean (1881-1918), avec qui notre collectionneur devait être lié.
Les clichés ont été réalisés, pour autant qu’ils portent des marques, par une dizaine de photographes, essentiellement angevins – H. Thillier, Morry, Edmond Cauville, Charles-Pierre Seureau, Luttin, Dubut, E. Fürst – à l’exception du parisien Paul Robert. L’intérêt de ce fonds est de nous faire connaître de nombreux bâtiments aujourd’hui démolis - le logis des Bains, l’hôtel de Vertus, la maison de la Chapelle d’Alicot… - et des rues entières qui ont disparu. La démolition des halles (sur l’actuelle place Louis-Imbach), souvent photographiée par ailleurs, figure naturellement dans la collection. Le vieil Angers y est donc à l’honneur, mais trois ou quatre clichés concernent aussi des constructions contemporaines, rue Saint-Maurille et, pour le jardin des Plantes, les nouvelles grilles de 1893. SB.
A retrouver sur https://archives.angers.fr, Ouvre une nouvelle fenêtre
PHOTO MYSTÈRE
La reconstruction du faubourg Saint-Michel – un quartier de logements insalubres pour beaucoup alignés le long de cours étroites – est la plus importante opération d’urbanisme jamais entreprise en centre-ville, plus que ne le sera celle du nouveau quartier Saint-Nicolas, dans la Doutre. Elle commence en 1958, au nord du quartier, entre la prison, le jardin des Plantes et la rue du Faubourg-Saint-Michel. En 1964, les immeubles du côté nord du nouveau boulevard Saint-Michel sont achevés. Puis est entrepris l’îlot Savary, entre l’avenue Pasteur, la rue Pierre-Lise et le boulevard Saint-Michel. Le grand immeuble visible sur la photographie date de 1966. En façade des nouveaux boulevards, la Ville a tenu à conserver le plus longtemps possible les anciens immeubles, pour préserver les commerces, comme on le voit sur ce cliché. SB.
