Premier ensemble de logements sociaux

Sommaire de la page : 

Une cité ouvrière modèle, rue Prosper-Bigeard
Photo mystère : le manoir de la Corne-de-Cerf
Enrichissement des Archives patrimoniales en 2024
16 mars 1960 : une Angevine au concours national Fée du Logis

Avec l'aimable autorisation de notre partenaire Le Courrier de l'Ouest, Ouvre une nouvelle fenêtre

 

CHRONIQUE 
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers

UNE CITÉ OUVRIÈRE MODÈLE

Rue Prosper-Bigeard, au Pré-Pigeon, le premier ensemble de logements sociaux est bâti au début des années 1920.
Il y a un siècle, on ne parlait pas d’HLM – habitation à loyer modéré – mais d’HBM – habitation à bon marché, appellation forgée par la loi Siegfried de 1894. Dans la vie courante, on employait plutôt le terme de « maison collective ». 

La première société d’habitations à bon marché d’Angers – Le Cottage Angevin - est fondée en juin 1910, sous forme d’une société anonyme coopérative. Ce n’est pas une œuvre de charité, ni une société financière. Le Cottage s’interdit tout gain commercial et ne distribue pas de bénéfices. Son but ? Permettre aux ouvriers, employés ou petits fonctionnaires d’accéder à la propriété individuelle. Pour 280 francs par an, on peut devenir en vingt ans propriétaire d’une maison de trois pièces avec jardin.

Six ans après l’échec de la Société des constructions ouvrières, l’affaire semble cette fois mieux engagée. En mai 1910, trente-quatre personnes ont souscrit 150 actions de 100 francs. Parmi elles, on remarque les entrepreneurs Henri Laboureau et Étienne Martin ; Édouard Cointreau ; Prosper Bigeard, directeur de la Compagnie du gaz ; René Philippe, ingénieur des ponts et chaussées ; Joseph Albert, conducteur adjoint aux ponts et chaussées. Lors de la constitution de la société en juin, René Philippe est élu président ; Bigeard, vice-président ; Albert, secrétaire. Les administrateurs comptent un inspecteur des finances, un médecin, l’ancien président de la Société des amis des arts Gilles-Deperrière, le négociant en vins Rosin, le directeur du journal « Le Pays Bleu » et fondateur de « L’Ouest » Eugène Foubert, l’entrepreneur Martin, l’ajusteur-mécanicien Mathé et un coupeur en chaussures, Poperen, dont un descendant sera ministre. Le 13 août 1910, la société est approuvée par arrêté du ministre du Travail et de la Prévoyance sociale. Une visite qu’elle organise à Nantes fin août convainc les indécis. 45 Angevins font le voyage pour s’informer sur le fonctionnement d’une « œuvre sœur », La Maisonnette, créée en 1903 dans le même objectif de fournir aux personnes modestes une maison agréable, saine et solide.

En 1913, la société a déjà construit une trentaine de maisons. 150 personnes y sont logées. Mais elle veut faire mieux : construire des logements salubres en location simple. Son dessein rencontre celui de la nouvelle municipalité radicale-socialiste du docteur Barot. Une cité ouvrière modèle est projetée en 1913 sous forme de cité-jardin : c’est l’actuelle rue Prosper-Bigeard, dans le quartier du Pré-Pigeon, le premier ensemble de logements sociaux d’Angers. L’entrepreneur Laboureau fournit, avec son associé Étienne Martin, un terrain de 1,7 hectare, à un prix sans concurrence. Le 27 décembre 1912, le conseil municipal vote une subvention de 2 000 francs pour aider le Cottage à profiter de ce concours philanthropique. Le terrain, en surplomb de la ville, dans une belle orientation plein sud, permettra d’y établir une cité ouvrière modèle, bien située à proximité des importantes industries du Pré-Pigeon et de l’usine à gaz, ainsi que du groupe scolaire Victor-Hugo. Le ministre du Commerce en personne, Louis Malvy, en pose la première pierre le 18 janvier 1914. Les hospices d’Angers, le bureau de bienfaisance, l’État (par la Caisse des dépôts) et la Ville participent au financement.

C’est au meilleur spécialiste des habitations à bon marché que le Cottage s’adresse pour en tracer les plans : Jean Walter, architecte du gouvernement, spécialiste des cités-jardins, administrateur de sociétés d’habitation à bon marché, lauréat du concours ouvert par la Ville de Paris pour l’emploi des 200 millions affectés à l’habitation ouvrière. Il conçoit une cité-jardin de 77 logements qui concilie habilement, dans une conception novatrice que l’on retrouvera plus tard, habitat individuel et collectif. Face à une ligne de petites maisons d’un style pittoresque, il prévoit un immeuble collectif de 44 appartements, le premier du genre à Angers. La guerre interrompt malheureusement les travaux, mais la cité est achevée en 1923-1924. En 1922-1923 déjà, l’annuaire Siraudeau indique six habitants à l’adresse « Cottage Angevin, 7 rue Laboureau ». Ce sont essentiellement des ouvriers spécialisés, chefs d’équipe, un manœuvre et un employé de bureau. 

Quelques modifications ont été introduites au plan initial. 57 logements seulement voient le jour : ils ont été agrandis d’une chambre supplémentaire. C’est qu’il faut loger des familles nombreuses, de quatre enfants pour le moins. Autre changement, l’immeuble collectif* reçoit un toit en terrasse, une grande première aussi pour Angers. Lorsque Prosper Bigeard meurt en 1926, Le Cottage Angevin attribue son nom à la rue qui dessert cette belle réalisation.

*Malheureusement démoli en 1998, remplacé par la résidence Les Elfes d’Angers Habitat.

ACTUALITÉ DES ARCHIVES

LES ARCHIVES PATRIMONIALES EN 2024

Chaque année, le service des Archives patrimoniales de la Ville d’Angers, comme tous les services d’archives en France, dresse un bilan de son activité : collecte, classement, conservation, numérisation, offre culturelle... Soulignons quelques points pour 2024. En collecte, ce sont les documents sur l’économie angevine qui sont entrés en plus grand nombre : entreprise de monuments funéraires Sabin-Haye, fabrique de meubles Ernest Guilleux, garage Peugeot, charcuterie Marionneau, entreprise La Canne à Pêche. L’histoire du sport est aussi bien représentée : l’année 2024 était dédiée à la Grande Collecte des archives du sport. Concernant la jeunesse, un album de clichés pris en 1906 à l’école maternelle de la rue Parcheminerie constitue une rareté. D’autres documents très intéressants sont à signaler : deux registres (comptes et livre des sociétaires) de l’amicale des Petits Jardiniers de la Doutre (1937-1965) ; des archives scolaires de l’école Saint-Maurice, de Saint-Julien, Saint-Maurille et de la Baronnerie données par un particulier, avec des modèles réalisés à l’atelier d’ajustage ; les dossiers de l’association culturelle Ecclats (2014-2023)… Plusieurs albums sur le monastère de l’Esvière ont été numérisés, grâce à un prêt fort heureusement fait juste avant l’incendie d’août 2024, qui a emporté la totalité des archives.

Les campagnes de numérisation permettent d’enrichir sans cesse notre site internet (https://archives.angers.fr, Ouvre une nouvelle fenêtre) qui est double : portail historique (avec notamment les chroniques, l’almanach, le dictionnaire des rues…), archives en ligne. 18 835 documents ont été publiés dans cette seconde partie en 2024 : délibérations du conseil municipal (2024), actes de naissance (1923), recensements de population (1926-1946), listes électorales (1923-1939), 1 679 cartes postales, 3 170 photographies, 741 chromolithographies, 682 images pieuses et mortuaires… de sorte que les archives en ligne sont riches de 463 405 vues de documents numérisés. La fréquentation du site est en augmentation sensible. Nous ne disposons pas de statistiques pour la partie de consultation des archives en ligne, mais pour le portail historique, les visites sont passées de 53 894 en 2023 à 71 988.

1 081 personnes ont été accueillies physiquement aux différentes activités que nous proposons : visite des expositions, Journées européennes du Patrimoine, conférences et cours de paléographie. Trois expositions sont présentées chaque année en salle de lecture. En 2024 : L’eau et l’hygiène corporelle, le vélo à Angers, le vin d’Anjou. Actuellement, nous vous convions à découvrir la défense passive, qui organisait la protection des habitants pendant la Seconde Guerre mondiale. Et vous pouvez retrouver les publications des Archives patrimoniales dans « Vivre à Angers », « Le Courrier de l’Ouest », sur internet ou en librairie avec deux ouvrages récents : « Les premières fois à Angers » (2022), « Angers, mémoire d’une ville », album de 252 photographies pour beaucoup inédites publié en novembre dernier. SB.

PHOTO MYSTÈRE

Ce manoir porte un nom qui évoque une petite herbe que l’on mange en salade, encore cultivée dans la vallée de la Loire, vers Mazé, en 1842. La première mention de la closerie de la Corne-de-Cerf remonte à un aveu de 1482, rendu à l’abbaye Saint-Nicolas dont elle dépendait. C’était une petite exploitation agricole alors propriété de Jehan de La Rivière, bourgeois et échevin d’Angers (il est mentionné de 1479 à 1494). Il se pourrait que la construction actuelle lui soit due. En 1626-27, les violentes épidémies de peste obligent à réquisitionner la Corne-de-Cerf et d’autres bâtiments proches pour héberger les malades. Plusieurs familles de marchands ou de la bourgeoisie occupant de hautes charges en sont propriétaires aux XVIIe-XXe siècles. Les fermiers, qui habitaient le logis, sont restés plus fidèlement à demeure, ainsi la famille Courant, de 1830 à 1969. À cette date, la Ville achète la propriété dans le cadre de l’aménagement du lac de Maine. En novembre 1993, la Maison de la Nature et de l’Environnement s’installe dans les lieux, entièrement restaurés. SB