René Gasnier, pionnier de l'aviation en Anjou

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René Gasnier, pionnier de l'aviation en Anjou
La Défense passive sou l'Occupation
Photo mystère : le jardin des Beaux-Arts
13 avril 1994 : délinquance, le Ralliement moins sûr que Belle-Beille

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CHRONIQUE 
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers

RENÉ GASNIER PIONNIER DE L’AVIATION EN ANJOU

Le 9 octobre 1890, pour la première fois, un plus lourd que l’air décolle : l’Éole, de Clément Ader, à Armainvilliers. En 1903, le 17 décembre, les frères Wright réussissent le premier vol dirigé, en Caroline du Nord, puis Santos-Dumont, le 13 septembre 1906, près de Paris. Suivent Farman, Delagrange, Caudron, Blériot… et René Gasnier.

Né le 24 mars 1874 à Quimperlé où son père était magistrat, René Gasnier est très tôt attiré par tous les sports mécaniques. Déjà, il n’a qu’un désir : s’élever dans les airs. Il commence par sillonner l’Anjou sur un tricycle à vapeur, fait le tour du monde sur un trois-mâts… De la mer, il en vient à l’air, se trouve parmi les fondateurs de l’Aéro-Club de France, achète un ballon en 1904, est breveté pilote aéronaute en mai 1905. 

La Manche en ballon

Dès lors, entre 1905 et 1907, René Gasnier participe à de nombreuses courses, se classant presque toujours parmi les lauréats. En avril 1907, il franchit la Manche en ballon, dans le sens Angleterre-France, exploit éclipsé par la traversée de Blériot en avion deux ans plus tard. En octobre 1907, il termine septième de la prestigieuse course américaine de ballons, la coupe Gordon-Benett. Fasciné par la modernité américaine, il donne le récit de son voyage dans un livre à succès, « Villes américaines ». 

Pour contribuer au développement de l’aérostation, quelques amis se regroupent le 1er mai 1907 et fondent le premier aéro-club de province, l’Aéro-Club angevin, transformé le 2 janvier 1908, sur proposition de Louis Cointreau, en Aéro-Club de l’Ouest. Maurice de Farcy en est le président, Maurice Giffard le vice-président. La présidence d’honneur est offerte à René Gasnier. 

Mais déjà ce dernier ne pense plus « ballon » : il construit son premier aéroplane. Sans avoir la formation d’un ingénieur - on ne sait rien de précis sur ses études - c’est un homme de planche à dessin qui sait traduire ses épures dans le bois et l’acier. Pas une pièce qui ne soit vérifiée par lui et ajustée de ses mains : il est lui-même son meilleur ouvrier et son pilote d’essai. 

Faucher les marguerites…

Le 7 juillet 1908, « Le Patriote de l’Ouest » annonce que René Gasnier vient de terminer son aéroplane et donne quelques renseignements techniques sur l’appareil : biplan en forme de V, de 10 m d’envergure ; poids de 400 kg ; moteur Antoinette de 50 CV. Le journal conclut : « M. René Gasnier, qui, très connu dans les milieux aéronautiques parisiens, est un favorisé de la fortune, travaille […] dans le plus grand secret à son nouvel aéroplane dont il a fait au moins quarante modèles en petit, avant d’arriver à celui qu’il essaiera très prochainement. »

Les premières expériences débutent le 4 août dans la Grand Prée de la Haie-Longue, près de Rochefort-sur-Loire. Au sixième essai, le 9 septembre, le miracle arrive : « J’allai me placer, raconte son frère Pierre en 1961, à deux cents mètres du point de départ et me couchai sur l’herbe pour bien vérifier si les roues allaient quitter le sol. […] Nous sommes angoissés […]. Je vois l’appareil se soulever par petits bonds, puis s’élever aisément à deux ou trois mètres environ en passant devant moi. J’en éprouve une telle joie que je saute en l’air en levant les bras. »

Victoire !

Chaque vol apporte ses mises au point. Au neuvième essai, le 17 septembre, l’appareil s’élève jusqu’à cinq à huit mètres de hauteur, selon les témoins, mais est subitement précipité au sol par la rupture d’un fil d’acier du croisillonnage. Le lendemain, le reporter du « Patriote de l’Ouest » titre : « L’aviation en Anjou. Victoire ! L’aéroplane de René Gasnier est réduit en miettes, mais notre concitoyen peut se classer désormais parmi les meilleurs aviateurs français. » Le pilote s’en tire avec de légères contusions. Il reconstruit aussitôt son appareil avec diverses améliorations. C’est le René-Gasnier n° III qui est exposé au musée régional de l’Air. Mais a-t-il volé sur cet avion ? L’automne venant, la Grand Prée est menacée par les inondations et René Gasnier songe à se faire le propagateur de l’aéronautique par d’autres moyens : conférences, formation de pilotes militaires à Pau, réunions aéronautiques. 

Avec l’industriel Julien Bessonneau fils, il se multiplie pour organiser le premier meeting aérien de l’Anjou, du 3 au 6 juin 1910. La journée fait date. C’est la première course de ville à ville (Angers-Saumur). Les 16 et 17 juin 1912, nouvelle manifestation d’importance : le circuit d’Anjou, Angers-Saumur-Cholet-Angers, Grand Prix de l’Aéro-Club de France. Malgré des nuages qui font « songer à la chevauchée des Walkyries », suivant l’expression de l’écrivain Colette, envoyée spéciale du journal « Le Matin », Roland Garros remporte le Grand Prix. 

Avant de décéder à l’âge de 39 ans, le 3 octobre 1913, René Gasnier tient encore à venir signer lui-même - le 9 septembre - l’acte de cession du terrain qu’il donne à la Ville pour construire une station d’atterrissage : le premier terrain d’aviation de l’Anjou, à Avrillé. Le 1er janvier 1913, il avait reçu la croix de chevalier de la Légion d’honneur, pour avoir « puissamment contribué […] au développement de la locomotion aérienne ». 

ACTUALITÉ DES ARCHIVES

La Défense passive sous l’Occupation : une nouvelle exposition aux Archives patrimoniales

À travers les documents exposés en vitrines, les archives patrimoniales abordent un volet méconnu de la guerre 1939-1945 : la Défense passive, c’est-à-dire la protection des populations civiles et du patrimoine industriel et culturel contre les attaques aériennes. En effet, le développement de l’aviation militaire et de la puissance des bombardements dans les années 1930 présentent désormais un danger pour les populations sur tout le territoire. La Défense passive, instituée en 1935 et renforcée en 1938, est chargée de mettre en œuvre des mesures préventives de protection de la population et d’organiser les secours en cas d’attaque. Son originalité réside dans le fait qu’elle est composée de professionnels requis comme la police municipale, les sapeurs-pompiers et les services de santé, mais aussi de nombreux volontaires, chefs d’îlots, agents de patrouille, agents de transmission…. Les missions préventives de la Défense passive consistent d’abord à sensibiliser et à informer une population qui semble peu concernée. L’organisation du guet, de l’alerte et des mesures de camouflage se fait en relation avec les occupants, vigilants. Pour mettre à l’abri les Angevins, la Défense passive aménage les caves dans les nombreux immeubles désignés et répartis dans toute la ville. Ce réseau d’abris est bientôt complété par la construction de tranchées couvertes sur les places publiques, dans les usines ou les cours d’écoles. Lorsqu’un bombardement a effectivement lieu, comme celui du 28 mai 1944, d’autres services se mettent en action pour l’extinction des incendies, la détection des personnes ensevelies sous les décombres, les transports et secours aux victimes dans les postes d’urgence des secteurs et à l’hôpital, la désinfection, la surveillance des zones sinistrées contre les pillages et le déblaiement par les entreprises de travaux publics des immeubles détruits. En 1943, 2 307 personnes sont nécessaires pour assurer tous les postes. C. Janin.

PHOTO MYSTÈRE

Sur ce cliché, les arbres ont près de 50 ans. Ils ont été plantés lors du réaménagement de 1927, après le départ du jardin fruitier rue Desmazières. Ce n’est que l’un des nombreux réaménagements que cet espace a connus ! Ses différents noms en témoignent : jardin de l’abbaye Saint-Aubin, du logis Barrault, de Toussaint, du séminaire, du muséum, jardin fruitier et pour finir, jardin des Beaux-Arts. De 1838 à 1927 s’est tenu là le jardin fruitier, créé par la Société d’agriculture, sciences et arts d’Angers et plus spécialement par sa section appelée Comice horticole, devenue la Société d’horticulture d’Angers en 1864. Deux excellentes poires notamment y ont été obtenues, en 1847 la Beurré Millet et en 1849, la Doyenné du Comice, comme le rappelle une plaque apposée en 1955. Le terrain étant épuisé pour les cultures arboricoles, il est transformé en jardin d’agrément, par les plans de l’ingénieur de la Voirie municipale, Jean-Baptiste Dupic. L’espace sert alors pour diverses fêtes et manifestations. Les compagnons du Masque au Genêt de René Rabault y jouent en juin 1947 « Le Chemin de la croix » de Paul Claudel. Des projets de théâtre de verdure y sont étudiés en 1948 et 1956, d’orangerie en 1950, de piscine même en 1956 sur la partie de l’ancienne abbaye Toussaint. C’est finalement un restaurant universitaire qui s’ouvre dans le jardin, en 1957. On l’aperçoit ici sur la gauche du cliché. Il est aujourd’hui converti en centre patrimonial : le RU-Repaire urbain, regroupant les Archives patrimoniales, Angers Patrimoine et l’Artothèque. SB.