Jean Guichard, un fou de théâtre

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Jean Guichard, un fou de théâtre
En 1888, un duel terrible dans le quartier du Pré-Pigeon
Photo mystère : le faubourg Saint-Michel
27 avril 2003 : 2 000 manifestants avec José Bové en marge du G8 à Paris

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CHRONIQUE 
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers

JEAN GUICHARD, UN FOU DE THÉÂTRE

Décédé en 2017, Jean Guichard a créé le Théâtre des Pays de la Loire, devenu Centre dramatique national en 1972.

Au théâtre, disait le créateur du premier centre dramatique national d’Angers, « la joie de tout donner égale la joie de tout recevoir ». 

Né à Guenrouët (Loire-Inférieure), Jean Guichard (1924-2017) reçoit la vocation du théâtre comme un choc, à l’âge de cinq ans, en voyant sur scène un de ses camarades, lors d’un spectacle organisé par les commerçants du bourg. C’est dit, « je ferai du théâtre ». Il entre au conservatoire de Nantes en 1944 où il se trouve avec Jean Rochefort. Ce dernier part très vite pour Paris, tandis que Jean Guichard préfère rester là où sont ses racines. Quatre années s’écoulent et il fonde sa première compagnie : la Baraque à Théâtre. Le lever de rideau a lieu salle Colbert à Nantes le 23 octobre 1948 avec Le Malade imaginaire de Molière, un auteur qui restera toute sa vie son préféré. Le succès est au rendez-vous, où pointe ce qui sera le fil conducteur de son action : la décentralisation théâtrale auprès des publics qui en sont les plus éloignés. 

En 1954, il adopte le nom de Compagnie d’art dramatique de Nantes. Sa mise en scène de L’Avare est la rencontre entre un personnage et un comédien. Au cours de sa carrière, il incarne Harpagon près de 1 500 fois. Sa première mise en scène de la pièce attire l’attention du grand homme de théâtre qu’est Pierre-Aimé Touchard, inspecteur général des spectacles. En 1958, il reçoit sa première subvention de l’État. Deux ans plus tard, la troupe est nommée compagnie permanente nationale par André Malraux, ministre des Affaires culturelles. Jean Guichard se retrouve chargé par Émile Biasini, directeur des théâtres et maisons de la culture, de travailler à la préfiguration d’une maison de la culture dont la construction a été décidée par la Ville de Nantes. Mais le changement de municipalité l’incite à s’installer à Angers en 1968, où il est bien accueilli par le maire Jean Turc, son adjoint à la culture Pierre Rouillard et Jean Bauer, président de l’Association Maison de la Culture d’Angers (AMCA). Il lui est toutefois demandé d’œuvrer principalement dans les communes du département pour ne pas entraver la mission du Théâtre Musical d’Angers (TMA) et de l’AMCA. Ce qui ne gêne pas Jean Guichard, soucieux de porter le théâtre dans les plus petites villes de Maine-et-Loire. La compagnie est rebaptisée Théâtre des Pays de la Loire. Angers lui sert de base pour rayonner dans toute la région et au-delà vers la Touraine et le Poitou grâce à un chapiteau-théâtre modulable, de 600 à 800 places. En 1972, le TPL est élevé au rang de centre dramatique national.

Réussite parfaite de Jean Guichard. Il dispose désormais d’un financement national de 650 000 francs annuels sur trois ans. « Avoir trois années devant moi, c’est nouveau, se félicite-t-il, mon rêve se réalise. » Ces contrats avec l’État sont reconduits et les subventions augmentées de trois ans en trois ans jusqu’en 1985. Une stabilité qui permet à Jean Guichard de travailler en profondeur, de faire connaître le classique et le contemporain, de porter les spectacles dans tous les milieux et tous les âges. À partir de 1973, compte tenu des résultats, Pierre Rouillard encourage le centre dramatique à travailler à Angers. Il s’installe sur les places, aux anciens haras, à Bellefontaine ou dans le quartier de la Roseraie. Il accueille aussi expositions ou autres manifestations organisées par la municipalité. Pour les interventions dans les établissements scolaires, Jean Guichard réunit un collectif artistique de cinq comédiens, mensualisés, ce qui permet la gratuité des animations. Au conservatoire à partir de 1979, il dirige la classe d’art dramatique et en profite pour intégrer ses élèves dans ses spectacles. Au parc Bellefontaine voisin est lancée, sous le grand chapiteau, l’opération « Théâtre du XXe siècle ». Jean Guichard, qui a l’habitude de définir son théâtre comme un « collectif de comédiens », confie à cinq comédiens différents la mise en scène de cinq pièces. En 1980, le centre dramatique national est accueilli à Paris, au Théâtre national de Chaillot, du 13 novembre au 20 décembre, pour la représentation de La Promenade du dimanche de Georges Michel. C’est un lieu mythique pour Jean Guichard, qui se souvient des représentations du Théâtre national populaire de Jean Vilar dans les années cinquante. Plusieurs spectacles sont ensuite donnés au théâtre de Vincennes.

En 1985, au prétexte de son âge et de changement, le ministère de la Culture ne renouvelle pas son contrat. Le centre dramatique d’Angers est mis en sommeil jusqu’à la création le 1er janvier 1986 du Nouveau Théâtre d’Angers qui réunit le centre dramatique et la Maison de la culture d’Angers en préfiguration. Mais Olivier Guichard, président de la région des Pays de la Loire, donne à Jean Guichard les moyens de continuer son oeuvre culturelle. Ainsi naît dès 1985 le Théâtre régional des Pays de la Loire qui poursuit sa mission de décentralisation théâtrale en milieu rural.

Pour en savoir plus, lire : Jean Guichard, 70 ans de théâtre sans relâche !, Avrillé, édition Annie Guichard, 2022, 152 p.

ACTUALITÉ DES ARCHIVES

LE DRAME DU PRÉ-PIGEON

Ce plan levé en 1836 pour l’exploitation des déchets de carrières d’ardoise du Pigeon permet de situer le drame que nous relatons ci-dessous d’après « Le Petit Courrier » du 1er janvier 1888. Au nord du faubourg Saint-Michel, entre les rues de Bouillou (Bardoul), Boreau et la route de Paris (avenue Pasteur), s’étendaient de vastes friches ardoisières, comme on les voit à Trélazé, sur le bord desquelles se sont établies l’usine à gaz en 1843 et la prison en 1856. Un dessin de Jules Cesbron-Lavau, conservé au musée des Beaux-Arts, illustre quant à lui parfaitement la scène.

« Tout au fond du faubourg Saint-Michel, derrière la prison, existe un quartier peu connu de bon nombre de nos lecteurs, et qui porte le nom pittoresque de quartier de la ville en bois. C’est une sorte de cour des Miracles où logent, en famille, les truands modernes, c’est-à-dire les culs-de-jatte, mendiants, manchots ou bancals, avaleurs de sabres et autres variétés de lutteurs forains. » 

Là campe Pasquale Notariato, dans une roulotte. Revenant d’une course, en l’absence de sa femme, il trouve un voleur, armé d’une tenaille, en train de défoncer sa voiture. À sa vue, le voleur, un Espagnol du nom de Pedro Lestanos, prend la fuite. Notariato saisit une hache et rejoint son voleur alors qu’un mur avait barré la route au fugitif.  Un véritable duel s’engage entre l’Espagnol et l’Italien. Notariato assène des coups de hache, l’Espagnol riposte par des coups de tenailles et tire son couteau de sa poche : duel terrible, arrêté à temps par les agents de police, car Lestanos avait reçu trois coups de hache sur la tête. Les deux blessés sont conduits au bureau de police, laissant sur leur chemin une trace rouge qui aurait permis de les suivre à la piste. Leur état est tel qu’ils sont immédiatement évacués vers l’hôpital. 

Et le journal de conclure : « Lestanos est, paraît-il, maquignon ; il arrive de Limoges pour chercher du travail à Angers, mais il semble qu’à Angers comme à Limoges l’industrie des maquignons est dans le marasme, puisque l’Espagnol cherchait une autre voie. Son essai n’a pas été heureux. » SB.

PHOTO MYSTÈRE

Ces modestes immeubles appartenaient au faubourg Saint-Michel, qui avait un air encore un peu rural au milieu du XXe siècle. La 4 CV semble vouloir poursuivre sa route tout droit, rue Pierre-Lise. Celle-ci est traversée par la rue Savary, ouverte dans la seconde moitié du XIXe siècle pour mettre en relation directe les prisons et le palais de justice. À l’angle des rues Savary et Pierre-Lise se trouvait la manufacture de toiles imperméables Desbois-Richard, fondée en 1849 et continuée au XXe siècle par les familles Bordereau et Goxe. En 1938, ses publicités annonçaient : « Bâches, stores, tentes, spécialité de bâches foraines en blanc, vert, bleu, tango, cachou et rouge grand teint. Tentes-salons et constructions provisoires en location pour expositions, mariages, fêtes. Tentes de camping. »

Le quartier est complètement rebâti dans les années 1960. Toutes les voies sont redressées et élargies. La rue Pierre-Lise prend la taille d’un boulevard. SB.