Page histoire du Courrier de l'Ouest, 4 octobre 2026
Sommaire de la page :
Le cinématographe parlant à Segré vers 1910, souvenirs de Maurice Fouchard
Le grand festival de gymnastique organisé par le Ronceray, en 1939
Photo mystère
4 octobre 453 : Thalasius ordonné évêque d'Angers
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TÉMOIGNAGES D’ARCHIVES, PAROLES DE TÉMOINS
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers
LE CINÉMATOGRAPHE… PARLANT À SEGRÉ VERS 1910 !
2e partie des souvenirs de Maurice Fouchard (1902-1996), grand amateur de sciences et de techniques, qui découvre le cinéma…
« Tout au fond, un grand drap blanc était tenu au-dessus d’une estrade, au coin gauche de laquelle trônait un piano comme celui de notre mère. Des vents-coulis, par instants, caressaient et semblaient faire vivre le drap, l’écran, comme l’appelait mon père. En quelques minutes, les vides s’étaient comblés et il fallut nous serrer un peu entre nos parents pour loger les derniers séants retardataires. Alors le pianiste, dont les cheveux semblaient descendre jusque dans la barbe, installé sans qu’on n’y prît garde, plaqua quelques accords. Puis, entra le « conférencier-présentateur » :
Merci aux personnalités qui nous font l’honneur de notre modeste tribune et à tous les citoyens du Haut-Anjou venus ici ce soir. Mesdames et Messieurs, c’est pour vous faire profiter de la merveilleuse invention de deux Français valeureux, les frères Lumière, que nous venons à vous, non point comme des saltimbanques qui se produisent aux foires pour amuser le peuple…
Des mouvements divers agitaient le parterre et ses casquettes : le « peuple » allait réagir !
Distraire, c’est bien, c’est très bien (je vais tirer, comme tout le monde, à la Foire du Trône). Mais notre ambition est de vous apporter en plus les progrès de la science. Vous allez donc voir les images s’animer devant vous – comme si vous étiez à l’arrivée sur le quai du train. Là, vous n’entendrez que la talentueuse improvisation de notre artiste pianiste…
Il fit un temps d’arrêt que l’artiste mit à profit pour improviser une roulade de piano et il termine :
Mais, apothéose de la deuxième partie du programme, vous verrez et vous entendrez, comme si vous étiez au théâtre même… Mais je vous en laisse la surprise… grâce à un autre inventeur, américain celui-là ! Que la séance commence.
Et le pianiste enchaîna, tandis qu’on éteignait tous les quinquets et qu’au dernier, l’écran commença à s’éclairer avec le premier film… Je serais bien incapable de raconter tout ce que nous montra l’homme de bien qui nous apportait de Paris la « science en marche ». Faire revivre le temps passé tenait déjà du prodige. Mais doubler cette illusion de trucages qui faisaient voir des choses n’existant même pas, cela dépassait l’entendement. Et dans mon dos, j’entendais se dérouler le cliquetis de la manivelle actionnée par l’opérateur.
Enfin le grand moment était arrivé : le pianiste laissait pendre ses bras le long de sa chaise, l’air accablé. À droite de l’écran, sortant du pan de tenture cachant les coulisses, réapparut la grosse tête moustachue du discoureur du début. D’un geste de la main, il sembla, en même temps, souffler le dernier quinquet, donner le premier coup de baguette d’une musique invisible (que ma mère déclara être du grand opéra) et faire jaillir sur l’écran un personnage extraordinaire que l’on voyait gesticuler, et chanter !… comme si l’on y était. Ouvrant une bouche comme je n’en avais jamais vue d’aussi grande ! Sa frémissante moustache et sa barbiche de conquérant et les plumes d’un chapeau aussi grand que celui de ma mère et jusqu’au claquement de sa rapière sur ses bottes de cuir : c’était impressionnant, magnifique, sublime !
Ce fut un triomphe. Ce fut aussi le discoureur qui vint saluer et recueillir, au nom du ténor envolé de l’écran, les applaudissements frénétiques du parterre, et bien polis des fortunés des gradins. Aucune casquette, pourtant, ne quitta les crânes d’en bas pour s’envoler jusqu’aux pieds du triomphateur de la soirée. Les couvre-chefs des gens d’en haut étaient restés poliment sur leurs genoux. Quelques torticolis attrapés derrière les chapeaux des dames commençaient à redresser la tête. Et c’est dans l’euphorie et le brouhaha d’une belle fin de séance et d’une belle nuit fraîche de début de printemps que l’on se quitta, après saluts et compliments d’usage.
Durant tout le trajet de retour, je n’arrêtai pas mes questions.
Arrête ! Arrête donc !, m’intima ma mère. Tu fatigues ton père.
Je te dirai tout demain. C’est promis ! m’affirma-t-il.
Ce ne fut que le lendemain soir, mon petit frère déjà couché, qu’il me dit tout – sachant tout ! – sur Nicéphore Niepce, l’inventeur de la photographie ; sur les frères Lumière qui, avec beaucoup d’images successives, l’ont animée ; et sur le prestidigitateur, illusionniste Georges Méliès qui donnait à voir des choses qui n’existaient même pas !
Mais c’est à un Français, Charles Cros, en même temps qu’à l’Américain Thomas Edison, que l’on devait la machine parlante – le phonographe – qui nous avait permis d’entendre la voix du ténor que l’on voyait sur l’écran. Et mon père avait conclu, avant de tourner le robinet d’extinction du bec de gaz de la cuisine :
Bientôt, grâce à Edison, c’est à l’électricité que nous serons éclairés.
Cette nouvelle « leçon de choses » de mon père m’ouvrait plein d’horizons enchantés. De cette époque, peut-être, datent mes rêves d’enfant, sachant voler avec ses seuls bras étendus, mais toujours menacé d’être décroché par les mains avides des gens d’en bas qui, eux, ne savaient pas voler ! »
ACTUALITÉ DES ARCHIVES
Voici la plaquette d’une fête organisée par une société de gymnastique aujourd’hui oubliée, Le Ronceray. Ses activités n’étaient pas seulement sportives, mais celles plus générales d’un patronage. Fondée en 1908, elle était très ambitieuse si l’on en juge par le nombre de ses sections : gymnastique, fanfare, basket, escrime, préparation et natation, contrôle médical, œuvre de vacances et de congés pour les enfants, théâtre, bibliothèque, cercles d’études (équipes sociales), chorale. Un bulletin périodique était publié, « L’Écho du Ronceray ». Le siège se trouvait dans la Doutre, ce qui n’étonnera pas étant donné son nom. 5 rue de la Harpe et 48 boulevard Henri-Arnauld, ses locaux étaient bien aménagés, d’accès facile et de « séjour agréable pour les enfants et jeunes gens » indique ce document. La société avait aussi monté un cinéma, à partir de 1918.
Elle participait à un grand nombre de manifestations angevines. Le 14 juillet 1921, on la voit défiler au milieu des différentes sociétés analogues : l’Intrépide, l’Avant-Garde, la Vaillante, Jean-Macé, la Société de gymnastique et de préparation militaire. Elle organisait elle-même des fêtes périodiques, une soirée gymnique et artistique annuelle où elle invitait de grands champions, comme en 1937 Antoine Schlindwein.
Le 14 juillet 1939, c’est à un « Grand festival de gymnastique et de musique » qu’elle convie. 17 sociétés de tout le département y participent, 1 200 gymnastes et musiciens, 200 clairons et 75 tambours. Le matin, il y a messe à l’église de la Trinité et salut au monument aux morts à l’occasion de la fête de Jeanne d’Arc. L’après-midi, un grand défilé conduit de la place La Rochefoucauld au vélodrome Montesquieu où se déroulent les épreuves des concours : lutte à la corde, éducation physique, pyramides, course relais, barre fixe, barres parallèles, exercices sur plateau, ballets, sauts périlleux au tremplin… À 18 h, c’est l’apothéose. On entonne le chant fédéral, sur l’air de la Sidi-Brahim, hymne des chasseurs à pied et alpins de l’armée française. SB
PHOTO MYSTÈRE
Cet intéressant cliché est livré à votre sagacité. Quelques indices importants : une rue qui monte, bordée de belles constructions d’hôtels particuliers et… l’abside d’un bâtiment religieux. Bonne réflexion et à dimanche prochain.
ÇA S’EST PASSÉ LE…
4 octobre 453
Thalasius est désigné évêque d’Angers par une assemblée de six évêques, cinq de la province de IIIe Lyonnaise (de la Bretagne à Tours) et celui de Bourges. Elle est présidée par l’archevêque de Tours. Il est ordonné ce 4 octobre, succédant à saint Maurille. C’est le premier évêque attesté par plusieurs documents contemporains incontestables. On lui doit un abrégé de droit canonique par lequel on connaît les décisions et décrets des conciles de la province ecclésiastique de Tours. SB.
