Page histoire du Courrier de l'Ouest, 8 juillet 2018
Sommaire de la page :
Premiers feux d'artifice
Plans inédits d'Angers en ligne
La photographie : Les Banchais
8 juillet 1965 : naissance du quartier de la Roseraie
Le livre à signaler : “Rouget le braco”, de Ferdinand Hervé-Bazin, réédité
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CHRONIQUE
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers
PAS DE FÊTES SANS FEUX D’ARTIFICE
Depuis la découverte d’une minute d’un contrat passé par devant le notaire Macé Marays (1), on peut faire remonter - du moins provisoirement - le premier feu d’artifice angevin à 1568. Utilisé par les Chinois dès le VIIIe ou le IXe siècle pour embellir leurs fêtes, le feu « artificiel » arrive en Europe par l’intermédiaire des Italiens. Avant l’avènement de la chimie moderne, les feux d’artifice offrent essentiellement du jaune et du blanc. Un imposant décor en bois - des palais, des temples… - en constitue la base : les feux sont donc conçus par des peintres, les artilleurs ne venant qu’en soutien technique. À Angers, la Maine en est le principal décor, complété selon le cas par un dragon monstrueux, un fort, des embarcations empruntées aux bateliers pour simuler un combat naval.
Le 6 juin 1568, le peintre Adam Vandelant et Poursainct Landry s’engagent à construire pour le 17 juin suivant une « serpante » en bois et toile de la grandeur d’un fûtreau, peint de diverses couleurs. « Et feront sortyr par la gueulle et aultres endroictz de ladicte serpante feu artificiel et sang quant on frapera sur ladicte serpante ». Ils conduiront la « serpante » et devront l’éclairer de dix fusées au moins, tandis qu’ils en fourniront cinquante autres pour agrémenter le spectacle. « Et feront lesdicts Poursaintz et de Vandelant petards et aultre feu articificiel [sic] durant le temps d’une heure et demye et jusques adce que ladicte beste soyt convaincue. » Les acteurs du combat revêtiront de superbes habits à l’antique en « toille argentee et doree », à grands pans et franges, des « chappeaulx a la judaïcque » et seront armés de coutelas en bois argenté.
En 1614, lorsque le jeune Louis XIII fait son entrée dans la ville avec sa mère, la régente Marie de Médicis, la Ville leur fait l’honneur, le 10 août, de feux d’artifice dont le pont des Treilles et ses moulins forment le décor naturel. Le registre des délibérations municipales donne un court compte rendu de la fête : « Fut pareillement faict des feux d’artiffice après ledict combat naval en présance de leursdictes majestez, lesquels feux furent dressez sur une muraille d’un des moulins de dessus les arches des Treilles […], dans lesquelz feux l’on voioit des escriptures parroistre où l’on remarquoit « Vive le roy Louis treziesme ».
Les échevins font de nouveau les frais d’un feu d’artifice le 16 octobre 1619, lorsque Marie de Médicis vient prendre possession du gouvernement de l’Anjou, dont son fils l’avait investie. On peut ensuite citer ce feu d’artifice offert à Charles Louet, maire de la ville, par ses concitoyens le 30 mai 1630. Cette fois, il s’agit de l’attaque d’un fort édifié sur la rivière. Au témoignage de Louvet, il y eut plus de cinquante mille personnes pour voir le combat et le feu d’artifice qui suivit : « […] fuzées et grenades qui ont esté faictz et tirez en l’air dudit fort, lequel fort paroissoit estre tout en feu, qui estoit chose belle à voir […] et s’en sont tous ceulx qui ont tout veu allez bien contans et ont faict de grandes louaiges de ce qu’ilz ont veu… ».
Cette dépense n’a cependant pas été du goût de tout le monde, si l’on en juge par le billet trouvé le 6 juin à la porte Saint-Michel, près de l’hôtel de ville… : « Messieurs d’Angers, a quoy servent tant de réjouissances publicques, sur quoy fondées […]. » Ces feux d’artifice « ont plustost représenté le naturel de leurs autheurs, jettant beaucoup de fumée et peu de clarté, faisant beaucoup de bruit et poinct d’effect, ny de fruit. […] Telles gens se plaisent plus aux éclipces qu’aulx raions du soleil, se sont des hyènes qui imitent la voix des bons cytoiens pour les dévorer, qui cherchent le bien publicq pour y trouver le particuillier. »
(1) Par l’historien-archiviste Richard Ravalet, au cours de ses recherches sur la bourgeoisie angevine au XVIe siècle.
ACTUALITÉ DES ARCHIVES
De nouveaux documents ont été mis en ligne tout récemment sur le site internet des Archives municipales. La série de plans - de quartiers, de voies, de bâtiments – s’est augmentée des 1 074 documents numérisés en 2017. Les fiches de description sont pour le moment succinctes, mais vous pouvez y retrouver de nombreux lieux et bâtiments : hôtel de ville, hôtel de Chemellier, école de médecine, cirque-théâtre, groupe scolaire Victor-Hugo, restaurant universitaire du jardin des Beaux-Arts, projets de rues dans le quartier La Fayette-Condorcet-Chanzy… Ces plans sont totalement inédits. L’un d’eux, de 1856, est une véritable découverte : il montre les changements à apporter au Champ de Mars, avec la construction d’un palais de justice et ceux à effectuer au Mail, avec l’aménagement d’un jardin à l’arrière de la fontaine qui venait juste d’être installée. C’est le premier projet de jardin à cet endroit.
LA PHOTOGRAPHIE
À la limite de la ville, le « village » des Banchais formait un hameau de quelques maisons, déjà perdu en pleine campagne. Une « Boschittus villa », c’est-à-dire un domaine des bosquets, est attestée à la fin du Xe siècle, rappelant les bois se trouvant alors à l’est d’Angers. On aperçoit sur le cliché une croix, qui pouvait remonter au XVe siècle. Toute une série de croix marquaient à Angers les limites de la banlieue, soit une lieue autour de la ville. Sa copie se trouve aujourd’hui un peu plus loin, derrière le Super U. Au fond à droite, une enseigne publicitaire « La Meuse » rappelle combien les cafés étaient autrefois répandus dans tous les quartiers, y compris dans les hameaux. Les maisons de droite remontaient au XVIe siècle, sinon même au siècle précédent. Il faut en parler au passé car tout a été rasé entre début 2008 (partie droite) et 2011 (maisons à gauche).
ÇA S’EST PASSÉ LE…
8 juillet 1965 : la naissance du quartier de la Roseraie
C’est l’acte de naissance d’un nouveau quartier, celui de la Roseraie, dont le nom est emprunté au jardin de la Roseraie ouvert en 1949 avenue Maurice-Tardat. L’arrêté ministériel daté de ce jour, publié au Journal Officiel du 6 août, crée la « zone à urbaniser en priorité d’Angers-Sud ». Cette deuxième ZUP, après celle de Monplaisir (arrêtés de 1960 et 1962), doit être, après son achèvement, la première par sa superficie et le nombre de ses habitants. Alors que la ZUP Nord de Monplaisir est prévue sur 80 hectares pour 2 650 logements, la ZUP Sud couvrira 155 hectares et comptera 4 800 logements, pour une population de quelque 25 000 habitants. Les travaux commencent par la construction d’un collège d’enseignement secondaire, le CES Jean-Mermoz, en mars 1966. En décembre, c’est le lancement des travaux d’urbanisme en présence du ministre de l’Équipement Edgar Pisani, conseiller général de Maine-et-Loire et maire de Montreuil-Bellay.
