Page histoire du Courrier de l'Ouest, 7 octobre 2018
Sommaire de la page :
Angers, capitale de l'industrie foraine
La voiture de la Boucherie chevaline Labro
La photographie : le square de Contades
Octobre 2005 : 10 000 abonnés à l'ONPL
Le livre à signaler : “Saint-Jean, l'Apocalypse illustrée par la tapisserie d'Angers”
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CHRONIQUE
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers
ANGERS CAPITALE DE L’INDUSTRIE FORAINE
Arrivé pour un service militaire de cinq ans au 6e régiment de pontonnier d'Angers, Gustave Bayol - né près d’Avignon le 16 décembre 1859 - a déjà un métier dans les mains : il est menuisier, comme son père. Il a suivi des cours à l'École des Beaux-Arts d'Avignon. Les obligations militaires remplies, il se marie en 1884 et ouvre un atelier de sculpture au 13 bis rue Parcheminerie, puis route de Paris.
Pour le carnaval de 1887, donné au profit des pauvres, Bayol imagine un somptueux « char de la sculpture ». Les Archives municipales en possèdent le dessin préparatoire. À l'exécution, les deux cygnes sont remplacés par un Pégase aux grandes ailes. Les fêtes passées, il sollicite l'autorisation municipale de l'exploiter pour promener les petits enfants au jardin du Mail. Autorisation accordée pour trois ans. Les promenades finies, l'artiste sculpteur… le transforme en lit conjugal. Sa fille Mireille y naît en 1902.
En 1887, l'en-tête de lettre de Bayol n'indique encore que « statues religieuses et profanes, ornementation, plâtre, bois, pierre, marbre, meubles et bâtisses, bustes, médailles d'après nature, décorations intérieures, gravure, etc. » Mais voici qu'une veille de foire Saint-Martin, peut-être vers 1887-1889, un forain s'adresse à lui pour renouveler les sujets de son manège. Une vocation naît… et les premiers chevaux sortent de son atelier, sculptés dans les tilleuls provenant de Châteaubriant (près de la Baumette). D'autres commandes arrivent, Bayol embauche des ouvriers et ouvre une classe d'apprentissage de la sculpture dans son entreprise. Il y accueille Léon Morice, sourd et muet, qui acquiert par la suite un grand renom en Anjou pour ses sculptures sur bois et fait appel pour les décorations au peintre Fernand Lutscher. Pour la mécanique, il s'associe avec un industriel spécialisé, Charles Detay. Bayol pourra donc produire ses propres manèges. En 1898 est créée la Société angevine des industries foraines en commandite par actions, au capital de 200 000 francs-or.
L'entreprise s'est tellement développée qu'elle déménage dans de nouveaux locaux, route de Paris. On peut encore admirer, au 215 bis avenue Pasteur, la décoration de style art nouveau que Bayol conçut lui-même pour sa nouvelle habitation. Sa sève inventive n'a pas de limite. Il renouvelle totalement l'art forain, lançant d'autres sujets que les chevaux : cochons pleins d'humour, vaches et taureaux, pigeons, chats, lapins, chèvres, maquereaux… et même des chinois. Vers 1909, il réalise le grand carrousel-salon, propriété Demeyer à partir de 1927 : un manège enveloppé d'une magnifique décoration peinte et sculptée, avec façade inspirée du palais de l'Électricité de l'exposition universelle de 1900. Cette superbe oeuvre a longtemps fait la fierté de l'Écomusée de Haute-Alsace à Ungersheim.
Le maître-sculpteur s'empresse aussi d'intégrer à ses manèges les derniers progrès techniques - bicyclettes, aéroplanes – mais, fatigué, il vend en 1910 son entreprise à l'un de ses dessinateurs, Chailloux qui s'associe au chef-menuisier Coquereau et au sculpteur Maréchal. En 1918 cependant, Bayol se lance dans la fabrication des jouets, au 34 de la rue David-d'Angers. C'est le dernier atelier de l’artiste qui meurt en 1931. Angers compte alors deux entreprises de constructions foraines, celle de Coquereau et celle d'Henri De Vos, qui toutes deux exportent partout leur production. On peut y ajouter la maison Martin, peintre spécialisé dans la décoration foraine. La Deuxième Guerre mondiale porte un coup à l'industrie des manèges, quoique celle-ci renaisse avec le normand Chéreau, qui poursuit - sur un mode moderne - la tradition de Bayol, mais son entreprise fait faillite en 1965. Ainsi se terminent quatre-vingts ans de construction foraine angevine…, dont subsiste à peine le souvenir.
ACTUALITÉ DES ARCHIVES
La Boucherie chevaline Labro
Il est souvent difficile de trouver des documents pour retracer l’histoire d’un commerce. La boucherie hippique du 23 place de la République était très connue. Fondée en 1878, elle a subsisté jusqu’à la démolition du quartier de la République, achevée en 1978. Si elle n’a pas laissé d’archives, excepté quelques cartes postales et photographies, il en reste encore un témoignage substantiel, une Citroën de 1929 transformée en véhicule utilitaire par le boucher Louis Labro. Restaurée par un collectionneur, le fourgon arbore la mention « Boucherie chevaline Labro, 23 pl. de la République – 20 rue St-Lazare – Tél. 7-94 – Angers ».
LA PHOTOGRAPHIE
L'hôtel de Contades
Au début du XIIIe siècle, les hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem - d’où le premier nom de la rue David-d’Angers, la rue de l’Hôpital - installent une commanderie à cet endroit. Après la Révolution, des hôtels particuliers la remplacent dans la première moitié du XIXe siècle, celui de Contades étant l’un des principaux. Son architecture n’était pas spécialement remarquable. L’ornement principal, on le voit bien sur ce cliché, était son hêtre pourpre de toute rareté à Angers (fagus sylvatica purpurea). En 1951, certes en pleine crise du logement, on n’hésite pas à le sacrifier, avec l’appui de Christine Brisset : « Je défends des constructions. Nous manquons de logements » dit-elle. Et pour simplifier l’affaire, l’arbre a été abattu à 6 heures du matin, sans tambour ni trompette. Le square de Contades, première opération importante suivant le système de copropriété, pouvait voir le jour…
