L'Institut municipal

Page histoire du Courrier de l'Ouest, 23 septembre 2018

Sommaire de la page : 

L'Institut municipal
Un cantique pour les francs-maçons, chanté en 1804
La photographie : l'école des beaux-arts
Septembre 2000 : référendum sur le quinquennat
Le livre à signaler : “Rimiaux et Poèmes”, de Berthe Moulin

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CHRONIQUE 
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers

CULTURE POUR TOUS À L’INSTITUT MUNICIPAL

L’établissement puise ses racines dans l’école préparatoire à l’enseignement supérieur des sciences et des lettres, créée à la demande de la municipalité par décret impérial du 7 juillet 1855et ouverte le 7 février 1856 dans l’ancien petit séminaire (rue du Musée, actuelle place Saint-Éloi). Angers n’avait plus d’université depuis la Révolution et venait d’être piquée au vif par la création d’une école préparatoire chez sa rivale, Nantes.

C’est aussitôt le succès, mais l’ardeur retombe vite. Jugeant inutile une école sans élèves, la municipalité la supprime au 1er octobre 1885 et fédère l’enseignement des arts au sein de l’école régionale des beaux-arts. Les autres cours - chimie, physique, histoire naturelle et botanique, histoire, littérature – sont réunis sous le nom de Cours municipaux, ouverts le 23 octobre 1885, toujours rue du Musée. Ils sont destinés aux jeunes gens désireux de compléter leur instruction par des cours du soir ; aux personnes qui souhaitent se tenir au courant des dernières découvertes ; aux commerçants et industriels qui doivent pratiquer les langues étrangères. Les cours gratuits d’allemand et d’anglais créés à l’école Bodinier en 1879 y sont transférés en 1893. 

Rayons X au laboratoire…

Si les auditeurs se montrent empressés, c’est surtout grâce aux conférences sur des sujets d’actualité instaurées en 1891 et aux laboratoires de physique et de chimie, très outillés. Au printemps 1896, Bleunard fait profiter les Cours des expériences sur les rayons cathodiques menées à Angers par César Sarazin, après la toute récente découverte des rayons X. Commentaire du maire Jean Joxé : « En somme, il faut, pour plaire au public, de l’utilité et de l’actualité ». 

Malheureusement, la fréquentation retombe après la première guerre mondiale. Le faible budget fond avec l’inflation, malgré l’ingéniosité légendaire du directeur, Préaubert, pour pallier le manque de crédits ! Faute de pouvoir entretenir les laboratoires, les cours de physique (1926) et de chimie (1938) sont supprimés et les instruments scientifiques donnés au collège Joachim-du-Bellay en 1935. Une relance est tentée en 1927, avec notamment des cours de technique automobile… Le succès ne dure pas et le conseil municipal de juin 1936 faillit supprimer les Cours. Il faut dire que le bâtiment qui les abrite est une quasi-ruine, en partie démoli en 1937 pour créer la place Saint-Éloi. À la rentrée de décembre 1938, les Cours sont transférés 3 rue des Ursules. Quatre ans plus tard, ils regagnent la place Saint-Éloi, dans le bâtiment réaménagé où ils se trouvent encore actuellement. 

La municipalité nommée par le gouvernement de Vichy accorde beaucoup d’importance aux cours gratuits, pour façonner de nouvelles générations à son idée. À l’automne 1941, ils sont rebaptisés « Institut municipal angevin d’études philosophiques, littéraires et sociales » et même, deux ans plus tard, « Institut d’Anjou ».

Partie prenante de la vie culturelle

Après 1944, les Cours municipaux gardent leur titre plus gratifiant d’Institut, l’idée régionaliste et l’enseignement de l’histoire de l’art, repris par René Letellier, sous la direction duquel l’établissement débute une phase ascendante. L’activité n’est plus limitée aux seuls cours et conférences. Des voyages de découverte du patrimoine architectural sont organisés. Le cours de littérature connaît des soirées mémorables. En mars 1951, Jacques Bonnot présente une soirée d’audition des grands acteurs du XXe siècle, de Sarah Bernhardt à Barrault et Dullin. Ludmilla Pitoëff vient lire la tragédie de Cocteau, « Orphée », le 21 mai 1951. 

À partir de 1967, avec la création d’un laboratoire de langues, l’Institut municipal fonde sa croissance sur la diffusion des langues étrangères. Sa présence est un élément favorable à l’installation de nouvelles entreprises étrangères. On doit aussi à son directeur Michel Leterme le jumelage Angers-Wigan, fruit des liens noués en 1978 avec les cours d’adultes de Tyldesley, dans le district de Wigan. Depuis 1980, l’Institut n’a eu de cesse d’élargir le champ de ses formations. Paris mis à part, peu de villes françaises peuvent se vanter d’offrir de telles possibilités, et dans cet esprit d’université populaire. 

Depuis fin juillet 2024, le siège de l'Institut municipal se trouve à l'hôtel de Livois, rue Émile-Bordier, en face de l'église Notre-Dame.

ACTUALITÉ DES ARCHIVES

Un cantique pour les francs-maçons

Dans la série J des archives privées aux Archives patrimoniales figure un rare document sur la franc-maçonnerie angevine : un « Cantique chanté le 20e jour du onzième mois de l’an de la V. L. 5804 », c’est-à-dire le 2 décembre 1804, « en loge de banquet à la R. L. Saint-Jean du Père de Famille » à Angers, pour célébrer le Sacre de Napoléon Ier. Sur l’air du Chant du départ, il est dû à la plume de l’imprimeur Auguste Mame, lui-même secrétaire-adjoint de la loge du Tendre Accueil d’Angers. Tous les francs-maçons d’Angers ont entonné : « Il a mérité la couronne / C’est un Héros, c’est un Maçon !! »

LA PHOTOGRAPHIE

L'école des Beaux-Arts, au jardin des Beaux-Arts

Ce cliché, qui met bien en valeur l’École régionale des Beaux-Arts, a été pris vers 1942 depuis la terrasse du musée. Le 16 juillet 1912, un rapport de la municipalité Barot dressait un bilan sans concession de l’établissement : « Cette école, dont l’utilité incontestable est affirmée par une population scolaire de plus de 700 élèves, offre le type le plus lamentable des œuvres abandonnées. Ses cours sont disséminés en trois points : rue du Musée, place des Halles et boulevard Descazeaux. Ses ressources sont minimes…, ses locaux exigus, bas, sales et presque malsains… La réorganisation de cette école, demandée puis plus de vingt années, doit se faire ». Les plans d’un nouveau bâtiment regroupant tous les cours sont dressés par l’architecte municipal René Brot en 1923. L’école est construite dans l’ancien jardin fruitier, lui-même transféré rue Desmazières. Elle ne présentait qu’un rez-de-chaussée. Inaugurée le 16 janvier 1927, elle est incendiée en 1944 par les Allemands juste avant leur départ. Le restaurant universitaire la remplace en 1957.