Page histoire du Courrier de l'Ouest, 27 mai 2018
Sommaire de la page :
Le jeu de Mail ou les débuts d'un jardin
Jumelage Angers-Wigan : des voeux renouvelés
La photographie : la place du Ralliement avant la reconstruction du théâtre
25 mai 1906 : la grande exposition nationale d'Angers inaugurée
Le livre à signaler : “Grappes de haïkus”
Avec l'aimable autorisation de notre partenaire Le Courrier de l'Ouest, Ouvre une nouvelle fenêtre
CHRONIQUE
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers
QUAND UN JEU DONNE NAISSANCE A UN JARDIN : LE MAIL
C'était là une prairie aux portes de la ville et déjà le lieu ordinaire des promenades. Voilà qu'en 1616 les membres du conseil de ville font l'amère remarque qu'il n'y a « aultre exercice public en cettedicte ville que celuy de la paulme dont les fraitz sont si grands et l'action si violante que plusieurs personnes de diverses qualitez, ne s'i pouvant exercer, s'adonnent à beaucoup de desbauches dont ilz se retireroient voluntiers s'ilz avoient quelque honeste exercice auquel ilz se peussent occupper avec moins de despance […] » (Archives municipales, BB 63, f° 52).
Les échevins décident donc d’y créer un jeu de mail, sorte de jeu de croquet, où deux équipes de joueurs doivent manoeuvrer une boule de buis, à l'aide d'un maillet, pour l'envoyer chacune dans une direction opposée par une « passe ». Un vaste espace bien égal - si possible ombragé - est nécessaire, d'où de coûteux aménagements. Or se présente un riche marchand de draps de soie, Charles Gohier, pour en faire tous les frais, à la condition de pouvoir exploiter le jeu pendant quinze ans. Contrat est passé avec lui le 28 novembre 1616 pour la plantation de quatre rangées d’ormeaux, traçant une large allée centrale pour le jeu et deux contre-allées pour la promenade, préfiguration de l’avenue Jeanne-d'Arc. Elles seront séparées des prés environnants par un fossé. Le 30 avril 1617 le jeu est solennellement inauguré en présence du gouverneur d'Anjou, mais sa vogue est plus qu'éphémère. Dès les années 1630, personne ne se présente plus pour y jouer.
C'est alors que le Mail devient ce qu'il est encore : une promenade. Le changement de dessein est radical. En 1672, on ne se préoccupe plus du jeu, on l’augmente d’un Avant-Mail en 1672 (actuels arbres du côté de la rue du Quinconce). De l'autre côté, le couvent des minimes interdit tout pendant symétrique. En 1704-1705, le Grand Mail est entièrement replanté avec des ormes provenant d'Orléans et son entrée ornée d'arcs monumentaux.
En 1796, l’avant-mail est doublé grâce à la démolition du couvent des minimes. En avant, vers le boulevard percé à partir de 1809, est créé un Champ de Mars. Quant au Grand Mail, dont les ormes ont servi à la construction navale en 1794, il est replanté en 1796-1797. À partir de 1823, l’endroit acquiert encore plus d'importance : il sert de perspective naturelle au nouvel hôtel de ville installé dans l'ancien collège d'Anjou. En 1855, le Champ de Mars est creusé d'un réservoir souterrain pour l'alimentation de la ville en eau de Loire. L’année suivante, il est couronné d’une superbe fontaine jaillissante en fonte de Haute-Marne.
Le jardin temporaire dessiné autour de la fontaine pour la sixième exposition de l'industrie en 1858 connaît un tel succès que la création définitive d'un jardin de fleurs est décidée. Il est ouvert le 15 mai 1859, grâce au concours de l’architecte Bibard, qui dessine les plans, et de l’horticulteur André Leroy, qui offre les plantations. Le succès est immédiat. Tous les Angevins s'y donnent rendez-vous. Le jardin est l'objet de tous les soins : un nouveau kiosque est élevé en 1877, deux statues sont offertes par le sculpteur Chemellier (1888-1891). A. Hérault, bienfaiteur de la ville, donne quatre lions de fonte destinés à « veiller » sur la fontaine.
Mais à quelques pas de cet endroit si bien peigné, l'allée du Mail offre un contraste saisissant. Elle est encore bordée de profonds fossés où pousse une flore indésirable. Ils sont comblés en 1887, l'allée est replantée en platanes quatre ans après. Baptisée avenue Jeanne-d'Arc en 1890, ses 625 mètres de long sont prolongés en 1897 jusqu'au chemin de fer sur des terrains offerts par l'industriel Julien Bessonneau. Le square de platanes qui la termine, orné d'une statue de Jeanne d'Arc en 1909, met un terme à l'histoire commencée en 1616.
ACTUALITÉ DES ARCHIVES
Le 10 septembre 1988, Angers signait une charte de jumelage avec la ville anglaise de Wigan. C’était la concrétisation d’échanges déjà fructueux engagés sur le plan éducatif par Michel Leterme, directeur de l’Institut municipal. Le protocole de jumelage spécifiait que les villes, « désireuses de contribuer au renforcement des liens séculaires entre le peuple français et le peuple anglais et d’officialiser les relations d’amitié qu’elles entretiennent déjà […], se proposent de développer ensemble les échanges et la coopération dans les domaines culturel, artistique, scientifique, technique, économique, social, éducatif, sportif et touristique ».
Le 17 mai dernier, le 30e anniversaire du jumelage a été célébré et une charte de renouvellement des vœux signée par les maires des deux villes. Le nouveau document a été versé aux Archives municipales, qui conservent toutes les chartes de jumelage depuis le premier en 1964, avec Osnabrück et Haarlem.
LA PHOTOGRAPHIE
La place du Ralliement, créée au début de la Révolution, a mis près d’un siècle pour prendre son aspect définitif. Dans la nuit du 4 au 5 décembre 1865, le premier théâtre édifié entre 1821 et 1824 est incendié accidentellement. Nous sommes ici juste avant sa reconstruction, ce qui laisse la vue dégagée vers la cathédrale.
ÇA S’EST PASSÉ LE…
25 mai 1906
Jour faste ! Jour d’inauguration de la grande « exposition nationale » d’Angers au champ de Mars (actuelle place du Général-Leclerc) et au jardin du Mail. Les journaux annoncent que le préfet, le nouveau député René Gauvin élu le 6 mai, le général commandant la place, le maire… ont terminé leur promenade par le village noir, « qui n’est pas une des moindres attractions de l’exposition ». C’était alors la mode des villages sénégalais, soudanais ou congolais. Les Archives municipales conservent la grande affiche en couleur de l’exposition, présentée par une Angevine en coiffe. Cette manifestation de 1906 est la dernière du modèle des expositions « agricoles, industrielles et artistiques » avant le renouvellement du genre en 1924, avec les foires-expositions.
