Page histoire du Courrier de l'Ouest, 3 juin 2018
Sommaire de la page :
Le parc Hébert de La Rousselière
Une facture à en-tête de la quincaillerie Nau
La photographie : l'hôtel de France
3 juin 1945 : “Le coin de l'exilé”
Le livre à signaler : “Angers par-dessus les toits”, par Daniel Garandeau
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CHRONIQUE
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers
LE PARC HÉBERT-DE-LA-ROUSSELIÈRE
Entre le quartier de Monplaisir et les Kalouguine, le parc Hébert-de-La-Rousselière, divisé en deux par la voie ferrée, est l’héritier du vieux manoir de la Gagnerie, propriété d’une dynastie de notaires, puis de médecins.
La Gagnerie, avec ses dépendances, formait un plan en U ouvrant sur le chemin de Nozay. Ce chemin rural débouchait au nord, à peu de distance, sur le chemin de Monplaisir (actuel boulevard), à l’angle d’une autre demeure bourgeoise, Monplaisir, qui a donné son nom au quartier. L’ouverture de la ligne de chemin de fer Le Mans-Angers en 1863 a creusé une profonde tranchée au beau milieu du clos de la Gagnerie, transformant le rectangle en deux triangles.
Ce petit domaine, acquis par les Hébert de La Rousselière en 1798, n’aurait guère eu d’histoire sans la personnalité de son dernier propriétaire, le docteur Joseph Hébert de La Rousselière (1887-1979). Héritier d’une lignée de notaires de la rue Lionnaise, fils de médecin, il était autant passionné par les arbres que par la médecine… 36 rue Lionnaise, il reprend la clientèle de son père et ses habitudes de générosité qui l’avaient fait surnommer « le médecin des pauvres ». Mais sitôt arrivé dans sa demeure de la Gagnerie, dont il fait sa résidence principale à partir de 1944, il travaille à ses plantations. Sa passion le porte à la tête de la Société d’horticulture d’Angers et de Maine-et-Loire pendant vingt et un ans (1942-1963). Aujourd’hui, son oeuvre essentielle reste son livre sur l’Histoire des jardins d’Angers, publié en 1947.
À la Gagnerie, c’est un petit arboretum – un « amusement horticole » disait le docteur Hébert - qu’il crée en 1932 sur le modèle de celui de la Maulévrie, réunissant une collection remarquable d’arbres rares sur les 7 000 m2 entourant la maison, à l’ouest de la voie ferrée. À l’est, il complète le bois avec des chênes, des tilleuls, une allée de cyprès… Il avait cherché à profiter des conditions d’exposition favorables pour acclimater des espèces méditerranéennes. Ce parc avait beaucoup de charme : il s’en dégageait une atmosphère particulière.
Visitons-le en 1952. « On reste confondu d’admiration devant tant de merveilles, si judicieusement ordonnées. [...] Des sentiers ont été adroitement aménagés, de petits carrefours, tons verts et bruns, font rêver. » Chaque spécimen est soigneusement étiqueté. « Voilà l’abisia, arbre japonais, genre du mimosa, et encore le curieux arbre qui dort, dont les feuilles se ferment quand vient la nuit […] Le jardin est magnifique. Il y pousse les plus belles variétés de fleurs qui soient, dont des dahlias aux chevelures qui semblent sortir d’un indéfrisable… Plusieurs d’entre eux, des « inédits », seront présentés à l’exposition de septembre […] Mon guide, devant un jardinet aquatique, parfaitement irrigué, me fait faire connaissance avec le lotus du Nil, qu’il a réussi à acclimater. […] Voilà, empierré comme il se doit, un jardin unique de cactées et plantes grasses, […] et voici, surprenante, éblouissante de netteté, une charmille de quelque cent mètres de long. Quel entretien il faut pour la maintenir en impeccable état. […] » (Le Courrier de l’Ouest, article de Roger Moisdon, 26 juillet 1952).
Que sont devenues ces fragiles merveilles ? Sans héritier, le docteur Hébert a fait don de la Gagnerie à la Ville en 1964 - avec réserve d’usufruit sa vie durant - et vendu ses autres terres, nécessaires pour l’édification du nouveau quartier de Monplaisir. Après son décès, le 14 janvier 1979, le domaine est resté un espace vert, mais l’arboretum et le manoir n’ont pu être conservés.
ACTUALITÉ DES ARCHIVES
Rien de tel pour essayer de pénétrer un peu l’histoire des anciennes activités commerciales et industrielles que de collecter les factures à en-tête. Un ensemble d’entre elles vient de rentrer aux Archives municipales. Certaines sont illustrées, soit par la représentation des bâtiments ou de la devanture, soit par celle des produits vendus. Celle-ci de 1866, particulièrement rare, provient de la quincaillerie Nau, et montre un immense magasin, sans doute un peu idéalisé, mais les locaux étaient réellement vastes. Fondée par Jules Nau et René Bricard vers 1840, elle est à l’origine de la célèbre entreprise Petiteau-Moreau-Guinel qui fabriqua des voitures d’enfants et des jouets jusqu’en 1954.
LA PHOTOGRAPHIE
L’Hôtel de France, le plus imposant des hôtels de la place de la Gare, a été bâti à l’initiative de l’entrepreneur en menuiserie Jules-Louis Vaidie, sur l’un des terrains de l’ancienne caserne de la Visitation. L’hôtel actuel présente une façade d’une grande homogénéité, mais il a en fait été élevé en deux campagnes de travaux, ce que trahit la carte postale ! La première partie est élevée en 1906-1908. Pierre-Auguste Bouyer y transfère alors son Hôtel de France depuis la rue voisine Denis-Papin. La dent creuse est comblée entre 1910 et 1912 par la deuxième partie de la construction. L’immeuble reste propriété des Vaidie jusqu’à son achat par la famille Bouyer en 1964.
