L'épicerie Pelé

Sommaire de la page : 

Une épicerie mythique : la maison Pelé
Quel est cet objet mystère ?
La photographie : la rue du Musée et la place Saint-Éloi
6 mai 1907 : que d'eau, que d'eau !
Le livre à signaler : “Un autre regard sur Angers et l'Anjou”, l'Anjou vu par les instagramers

Avec l'aimable autorisation de notre partenaire Le Courrier de l'Ouest, Ouvre une nouvelle fenêtre

 

CHRONIQUE 
Par Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers

UNE ÉPICERIE MYTHIQUE : LA MAISON PELÉ

L’épicerie « la plus importante de France en province », développée par Alfred Pelé place du Ralliement, laisse encore aujourd’hui rêveur : articles par milliers, plats de traiteur, pâtisserie fine, livraisons à domicile même pour des commandes de quelques sous…

Rien de particulier ne prédisposait Alfred Pelé au commerce. Ses parents étaient fermiers en Loir-et-Cher, où il naît en 1859. À dix-sept ans, il se rend à Paris, où la tradition familiale lui attribue des débuts chez Félix Potin. On le retrouve ensuite au Mans, puis à Angers, vers la fin de l’année 1884, où il reprend l’épicerie Mauboussin, place du Ralliement, fondée en 1858. 

Ses propres laboratoires

Il met aussitôt en œuvre les principes de vente des grands magasins et, comme on n’est jamais si bien servi que par soi-même, ouvre des laboratoires où il fabrique ses propres produits... désignés dès 1893 par une marque déposée. En 1897, il invente un « Véritable triple-sec Saint-Julien ». C’est une liqueur blanche, à base d’oranges amères distillées, une sorte d’imitation du triple-sec Cointreau, vendue dans une bouteille similaire ! 

Cafés, charcuterie, vins sont les plus grandes spécialités de la maison. La brûlerie de café se trouvait à l’angle de la rue de la Roë (actuelle boulangerie-pâtisserie). Elle débitait 500 kg par jour en 1913. Le nombre de porcs transformés chaque année n’est pas moins impressionnant : 1 664 en 1914… Quant aux vins, Alfred Pelé devient rapidement lui-même propriétaire-viticulteur de 500 hectares : à Mûrs-Érigné où il produit d’excellents vins de pinot blanc, en Tunisie et en Algérie. En 1903, la vente de vins atteint 500 000 litres, en majeure partie des vins fins.

Plus de cinq mille personnes par jour

Comme l’annonce l’album Bijou, souvenir de l’exposition d’Angers de 1895, la maison Pelé « est la première en France qui ait su réunir dans ses magasins tout ce qui concerne l’alimentation ». L’immeuble situé entre la rue des Deux-Haies et la rue de la Roë est entièrement colonisé en novembre 1901. La boucherie est au 40 rue de la Roë, la poissonnerie au 42 (actuel salon de coiffure). À son ouverture, celle-ci fait sensation car les poissons sont conservés dans l’eau courante. 

Pelé étend ses tentacules à l’angle de la rue Saint-Laud et de la rue Claveau (immeuble marqué AP), descend encore dans la rue Claveau pour inaugurer d’immenses chais en 1912 (actuel cinéma Les 400 Coups). En 1905, il a fallu ouvrir une succursale rue de la Gare. Ses camionnettes de livraison - des automobiles dès le début du XXe siècle – et ses triporteurs, aux rayures de couleur jaune paille et violet, sillonnent la ville en tous sens. Le chiffre d’affaires progresse constamment : 270 701 francs en 1885, 2 400 000 francs en 1906. Plus de cinq mille personnes fréquentent quotidiennement le magasin. 

Rançon d’un labeur inouï ? Alfred Pelé décède le 22 juin 1917 à cinquante-huit ans seulement, subitement frappé d’une congestion. Il s’était retiré des affaires au début de l’année 1914. Bottin et Chaud prennent le relais pour près de quarante années, jusqu’à la fermeture en 1951. 

ACTUALITÉ DES ARCHIVES

Objet mystère !

Les Archives municipales conservent de nombreux témoignages de la vie quotidienne angevine. Saurez-vous reconnaître celui-ci, qui est en liège, marqué « Liqueur Cointreau triple-sec » ? De quand le datez-vous ?

LA PHOTOGRAPHIE

La rue du Musée

Le grand portail ouvrait sur la cour de l’école des beaux-arts, qui a occupé les lieux près de quatre-vingts ans jusqu’en 1926. La place Saint-Éloi est en effet de création récente – 1937 – formée par la démolition de l’îlot de maisons (à gauche du cliché), qui a mis en valeur l’ancien petit séminaire, construit au début du XVIIIe siècle, actuel bâtiment de l’Institut municipal. Au début du XXe siècle, on avait même pensé reconstruire l’école des beaux-arts entre la rue du Musée et une nouvelle rue créée à l’arrière, à partir de la place Sainte-Croix.